Sea of Thieves: vide, vain, indécent

Ah, la piraterie ! Le grand large ! Le flot des vagues berçant l’équipage en perpétuelle quête d’aventure, de gloire ! La piraterie ! Il suffit de ce mot seul pour éveiller chez chacun tout un imaginaire bien rempli. Que l’heureux flibustier qui sommeille en nous se réjouisse, un triple A débarque sur ce thème si propice aux histoires, aux fantasmes, aux légendes.

Eh bien, en fait, non.

Rangez vos fantasmes, vos légendes, remballez vos aventures extraordinaires, réprimer votre envie du large, de mystère, d’inconnu. Bienvenue dans Sea of Thieves, et en effet, on va parler de voleurs. Ptet pas des même par contre…

Avant de plonger plus en avant dans l’argumentation, rappelons en toutes lettres deux informations essentielles: Sea of Thieves est sorti, il n’est pas en bêta, c’est la 1.0, et il coûte 70 euros. Oui, sur PC aussi.

Maintenant que vous avez ça en tête, allons-y.

Dans SoT, il n’y a aucune histoire. Quand on lance le jeu, on a le droit à une cinématique interminable, ennuyeuse et absolument pas engageante avant de choisir le skin de notre personnage. Puis, tout de suite, on choisit entre deux bateaux, ce qui n’est en fait même pas un choix, puisque l’un ou l’autre navire nous sera imposé selon le nombre de joueurs dans le groupe. Attention, quand je dis 2 bateaux, je ne parle pas de type de bateau. Je ne parle pas de navires de départs, de navires parmi tant d’autres. Non, quand je dis 2 bateaux, c’est parce qu’il n’y a que 2 bateaux dans tout le jeu : un petit et un grand.

Puis on apparaît dans une taverne. Quelques indications à l’écran nous présentent les quelques touches essentielles, et voilà, vous pouvez maintenant faire ce que bon vous semble. Vous n’êtes personne, vous n’avez pas de nom, pas d’histoire, pas de passé, pas de caractéristiques, pas d’identité, vous n’avez pas de voix : vous n’êtes personne, seulement un avatar vide de toute personnalité, projeté dans un monde fictif intemporel, un monde qui n’est porteur d’aucun sens, d’aucune profondeur, d’aucune volonté. Pas de réels dialogues, pas de doublages, seulement deux trois personnages fixes qui servent de porte-quêtes, ou tentant de vous expliquer le concept du jeu. Le concept, d’ailleurs…

Vous avez des « quêtes », ou plutôt des missions, reparties en 3 types, servant chacune une  « « faction » »  ( pas de panique, c’est un bien grand mot pour ce que c’est en réalité). On vous demandera de trouver un coffre, tuer un ennemi ( il n’y a que des squelettes identiques de toute façon), ou bien transporter une marchandise, comme des cochons ou des poules. Accomplir ces tâches vous fera gagner de l’or, qui vous permettra de décorer votre bateau, acheter des armes ( reparties sur 3 types également) ou customiser votre personnage.

Voilà.

Dans SoT, vous n’avez pas de chez vous, pas de pied-à-terre, pas d’île à revendiquer. Vous n’avez pas de nouveau bateau à découvrir, à vous procurer, à armer, à renommer pour que votre équipage devienne glorieux au fil de ses aventures. Non, dans SoT, il n’y a que deux bateaux, que tous les autres joueurs possèdent. Dans SoT, vous ne pouvez pas vous approcher d’un autre navire pour commercer, proposer une escorte, simplement discuter, avant de soudainement hisser le drapeau noir, lancer des grappins et partir à l’abordage contre l’équipage naïf qui regretterait alors de vous avoir accorder sa confiance. Non, puisque tous les joueurs sont condamnes à avoir le même navire que les autres, avec tous des pavillons blancs, sans que vous puissiez le changer, sans qu’il se change selon vos actions. Vous êtes tous des personnages vides et sans profondeur, qui tire à vue sur les autres joueurs, qui comme vous, errent en peine sur la map, en quête d’amusement.

Oui, on peut tuer en boucle les capitaines squelettes, sans histoire, sans raison, sans différence, sans impact. On peut le faire au terme d’un combat cruellement inintéressant et qui ressemblera à tous les autres combats du jeu. Car le système de combat est si ennuyeux, si raté qu’on aura l’impression de jouer à un jeu développé en 3 semaines par 3 dev amateurs dans une cave humide.

Et si les squelettes font mal, il suffit d’une banane pour se soigner, banane que l’on trouve partout, sans chercher, juste en regardant des tonneaux, que l’on fouillera sans un bruit, sans une animation, sans surprise. Quand bien même on viendrait a périr, quelle différence ? On réapparaît tout pareil sur notre navire.

Il n’y a pas de compétences, pas de niveau, rien n’a apprendre, rien n’a désapprendre, aucune profondeur, il n’y a en fait rien qui permette une quelconque identification, une quelconque identité.

Les quêtes sont toutes les mêmes. Sinon 2-3 îles avec un peu plus de boulot, on fait, dès le début du jeu, ce que l’on nous demandera de faire durant tout le jeu. Jeu sans histoire, sans trame principale, sans rien, sinon des quêtes fedex dignes d’Assassin’s Creed 2. Et tout cela, dans quel but, avoir des jolies voiles ? Il semblerait.

Conversation d’un pote avec son pote. Personne n’ose vraiment y croire.

Les combats contre les joueurs sont également d’une pauvreté inouïe. Il n’y a qu’un type de boulet, avec un type de canons fixes, indestructibles, inamovibles, que l’on recharge sans animation. On ne peut pas tirer dans les voiles pour les trouer et ralentir le navire ( les boulets traversent purement et simplement les voiles, comme s’il n’y avait rien). On ne peut pas tirer des boulets enchaînés pour faire tomber les mats, il n’y a pas d’incidence si on tire à un endroit plutôt qu’un autre, on ne peut même pas faire exploser les barils de poudre, figés sur le pont ! Fixe, statique, tout est figé. Les réparations se résument à boucher des trous avec une planche, sans animation aucune.

Il n’y a rien dans Sea of Thieves, il n’y a aucune profondeur, aucune possibilité, aucune tactique, aucune interaction, aucune physique, aucun intérêt !

Alors, l’eau est bien faite ? Oui, c’est indéniable, l’eau est une franche réussite. Il y a un Kraken ? D’accord. Mais à part ça ?

Dans un jeu si propice au Role Play, rien ne l’encourage, ou alors grossièrement, comme on pose un jouet devant un chat en se demandant pourquoi il se refuse ainsi de jouer avec. On nous a mis une petite cage dans la cale, une planche sur le côté, et on a pensé que ça suffirait. On ne peut pas créer son personnage, on ne le nomme pas, on n’est ni marin, ni pirate, ni marchand, on est un avatar qui n’a qu’une envie : s’échapper de ce jeu d’un vide abyssal.

SoT ne fait même pas les choses à moitié : il se contente de proposer le strict minimum. Un strict minimum qui coûte 70 euros. Vlan. Le prix aurait du être à la hauteur de la si petite ambition qui l’anime, c’est-à-dire 25 euros, pas plus.

Le jeu n’est pas fini, pas du tout, et je crois qu’il lui faudrait complètement revoir l’entièreté de son concept pour qu’il devienne un tant soit peu intéressant.

PS : Je ne m’attarderai pas sur les nombreux bugs, ni sur l’interface peu ergonomique et franchement laide. Aussi, il n’y a pas de lobby, pas de choix de serveurs, et pas moyen d’échapper au Windows Store.

NOTE: Il est possible de jouer au jeu gratuitement pendant 14 jours, + d’infos ici

Virka