Un pays où on sait s’amuser !

On avait lu un article dans ‘Le Monde’ peu avant de partir, et appris que dans ce pays une des traditions était l’enlèvement de jeunes filles pour le mariage.

Coutume de peuples nomades (genre enlèvement des Sabines), le quotidien nous apprenait qu’elle était tombée en désuétude, et n’était plus utilisée que par des couples voulant se marier contre l’avis de leurs parents. Nous, curieux, avions essayé d’en savoir plus. Et justement, à Toktogul, nous avons croisé un des rares kirghizes à parler français. De notre âge, il faisait ses études à Paris et était au pays pour les vacances, il s’appelait Kalinour. La veille, on s’était mis une grosse mine à la Vodka-Coca-Piva (Vodka-Coca-Bière) avec quelques amis à lui. En allant nous baigner dans le lac de Toktogul, avec Ebouriffée, on lui avait posé pas mal de questions. Ebouriffée est très à cheval sur les questions des droits des Femmes. Elle a raison, mais dans ces pays là ça donne souvent des décalages assez rigolos. Kalinour nous répondait nature, avec un léger étonnement que l’on soit si ignorant.

_ Comment ça se passe ? Oh, ben c’est pas difficile: par exemple, je veux me marier, on se fait une soirée comme hier soir, avec des amis on prend une voiture, on voit une fille qui me plait sur le bord de la route, on l’enlève et on se marie.
_ Ah ouais… facile. Mais ça arrive encore souvent, tu connais des gens qui se sont faits enlever ou qui ont enlevé des filles ?
_ Mais ma mère a été enlevée.
_ Hein ? Mais par qui ??
_ Ben par mon père, évidemment.
_ Ah oui, évidemment, pardon. Ils sortaient ensemble avant, ils se connaissaient ?
_ Oui, ils se connaissaient. Ils ne s’étaient jamais parlé, mais ils étaient à la même faculté. Et un jour, mon père apprend qu’un autre a l’intention de l’enlever, alors il loue une voiture et fait 800 kms pour l’enlever le premier. Ma mère a été un peu surprise, mais elle a été touchée qu’il fasse une telle distance rien que pour elle, tu comprends. Et puis mon père avait une bonne situation, c’est un des plus riches de la ville, alors voilà…
_ Ah oui, voilà… Donc ça se faisait encore du temps de tes parents, c’est impressionnant.
_ Mais ma soeur a été enlevée aussi, en fait.
_ Hein ? Mais par qui ? Elle le connaissait ?
_ Forcément, c’était le voisin.

Ebouriffée n’avait pas dit grand chose pour le moment, mais elle ressemblait à une cocotte minute sous pression. Elle finit par exploser, et par crier presque: ‘Mais putain, la fille, elle a le droit de dire non, quand même ?’.

Kalinour la regarde d’un air surpris: ‘Mais bien sur, qu’elle peut dire non’. (Il réfléchit) ‘Ca sert à rien, mais elle peut’.

C’est qu’il ne plaisantait pas du tout, en fait. Mini-minie n’osait plus sortir.

Voyage de noces

Je ne vous l’avais pas dit, mais j’ai été marié.

Environ 3 semaines, c’est à dire pas longtemps. Dans un petit pays coincé entre la Chine et la Russie, c’est à dire pas partout.
Partis là-bas avec Mini-minie, Ebouriffée et Le Maitre, histoire de voir si leurs montagnes sont aussi belles qu’ils le prétendaient. Elles le sont.

Mais après quelques jours de voyage, on s’est aperçus d’un fait rigolo pour nous, moins pour Mini-minie et Ebouriffée. C’est que pour les autochtones, voir arriver des femmes de leur âge, sans enfants, voyageant avec des hommes qui n’étaient pas leurs maris, ça posait problème. Elles passaient au mieux pour des incongruitées, au pire pour des dames à la vertu contestable.

Donc un soir, après en avoir discuté, on a tiré au sort en rigolant pour savoir qui serait mari et femme. Et au moindre problème, elles se devaient alors de nous désigner du doigt en proclamant ‘Moï mouj, moï mouj’ (‘Mon mari’). Les locaux étant extrêmement polis (même bourrés, ce qui arrive souvent), ils se tournaient alors vers nous, et nous devions décliner les différentes invitations. A nous de jouer les gros bras en cas de problème plus sérieux, ce qui n’arriva pas vraiment, mais j’en parlerai dans un prochain billet. Les enfants ? Chaque couple en avait deux ou trois, restés au pays sous la garde des grands-parents. On ne nous a jamais demandé les photos, heureusement.

Le voyage s’est alors nettement mieux passé, même si nous devions nous coltiner les pochards et autres aventuriers, qui ne seraient pas venus nous déranger si nous n’étions pas les maris. Par contre, autre fait inattendu: dès que les gens savaient que nous étions mariés, ils cessaient de s’adresser aux filles: cela aurait été désobligeant pour nous de leur adresser directement la parole. Ce qui était d’une politesse irréprochable, mais qui ne manquait pas de faire râler les intéressées, évidemment.

Jamais contentes.