Aujourd’hui est un grand jour

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais j’ai emménagé dans un quartier très ‘banlieue japonaise typique’. Plein de petites maisons soignées, de petis jardins entretenus, il y a un voisin qui expose des bonsais centenaires et même un mini-temple en face de ma porte.
Je pense être le seul étranger à 10 kilomètres à la ronde, quand je dis où j’habite les japonais ne savent pas où c’est, et même avec un plan tout le monde se perd pour arriver chez moi (mais c’est pas facile: la première fois que j’ai eu les clés, je n’ai jamais trouvé mon propre appart). Bref, c’est au-delà du paisible.

Quand j’avais emménagé, décidé à conquérir mon voisinage, j’avais acheté des chocolats français (jouer mon avantage ‘français classe et raffiné’ à fond, n’est ce pas ?), préparé des salutations de rigueur dans mon japonais le plus souriant et étais parti sonner chez les voisins.

Ah tiens, mon voisin de droite n’est pas chez lui. Qu’à cela ne tienne, essayons celui du dessous. Absent lui aussi, comme tous les autres en fait: aucun signe de vie nulle part. Foin de contrariétés, l’horaire devait être mauvais et ils devaient être au boulot, je recommençais le donc lendemain à une heure plus propice. Puis le surlendemain, puis quasiment tous les jours pendant… presque une semaine. Chou blanc, mon sourire et les chocolats n’ont ouvert aucune porte.

J’ai bien pensé à une japonaise de mes connaissances de le faire pour moi, mais si elle réussissait du premier coup j’allais être très énervé. J’ai donc préféré essayer d’être malade en mangeant tous les chocolats d’affilée. En plus ils arrivaient à leur date limite de pérermption, si ça avait marché ils auraient pensé que j’essayais de les empoisonner.

Bref, cette absence de premier contact illustre bien les relations qui nous unissent depuis: rien du tout. Je ne les vois que par erreur, les entends à peine, j’espère que je les dérange aussi peu.

Et ce matin, c’est le miracle: alors que j’étais occupé à jardiner sur mon balcon, un voisin a eu l’imprudence considérable de faire de même, je l’ai vu deux minutes en tout. Je lui ai dit ‘Bonjour’. Si. Nos relations ont fait un bond en avant titanesque.

Et puis pour illustrer, un truc qui n’a rien à voir: le train aménagé tatamis, table et siège comme dans une izakaya. Ca me ferait marrer, un bon coup de frein dans tout ça…