Pas de suicide à Tojinbô

Vous avez pensé au métro, mais les frais de nettoyage doivent être payés par la famille. Vous avez essayé les alpes japonaises, mais ça fait 3 fois que Shimazaki Sanpo vous sauve au péril de sa vie, vous portant sur des kilomètres de rocs et de glace avant de vous remettre aux secours. En plus, il est parti en disant ‘Yoku gambatta’ alors que tout ce que vous vouliez c’est agoniser tranquillement au fond de la rimaye.

Vous avez alors pensé aux falaises de Tojinbô. C’est compréhensible: de sombres falaises basaltiques se jetant dans des vagues impétueuses, alors que des nuages torturés roulent au loin sur une mer d’obsidienne. Werther aurait vu ça, il aurait sauté avec joie et à pieds joints.
Vous remarquerez une cabine téléphonique destinée aux désespérés: il y a des messages d’incitation à la vie dessus, un numéro d’urgence et un tas de pièces de 10 yens dans la cabine. Histoire que vous ne sautiez pas bêtement parceque vous n’avez plus de monnaie. Ignorez tout ça.

La première difficulté, c’est que le lieu a lui aussi un sauveteur: un brave homme qui a réalisé qu’il est moins fatiguant de persuader de ne pas sauter que de nettoyer le bas de la falaise. Il devait en avoir marre de passer les oursins à la brosse à dents. La vie est ingrate pour les désespérés.

Mais sérieusement, je vais vous donner LA vraie raison pour laquelle il ne faut pas sauter à Tojinbô. La seule véritable et unique bonne raison. C’est très simple: ce n’est pas assez haut.

Mettons nous bien d’accord: c’est largement suffisant pour vous blesser grièvement et vous laisser agoniser quelques heures, de nuit, pour mourir finalement d’hypothermie ou noyé par les flots. En réalisant que le sel sur une plaie, c’est pas une bonne idée. Vous allez avoir le temps de recevoir le mail de votre copine qui s’excuse de vous avoir largué et veut revenir avec vous. Et on fait difficilement plus ridicule, comme suicide. Mais le suicide rapide et efficace, ‘Paf’, je maintiens: pas à Tojinbô.
Dans le domaine du détail, je rajouterai que c’est du basalte, donc de grandes dalles plates sans angles aigus, c’est plus difficile pour les fractures ouvertes (alors qu’un bon calcaire érodé en gouttes d’eau, y’a pas mieux pour une hémorragie).

Ceci dit, si vous y tenez, y’a quand même un truc qui me fait mourir de rire: dans les petits restaus autour, ils vantent tous la qualité des crabes de Tojinbô, alors que c’est le plus grand charognard de la côte. Je ne suis pas certain que les japonais aient saisi l’ironie. Surtout qu’il va falloir choisir un de ces jours: soit empêcher les salarymen de sauter, soit vanter la taille des crabes. Question d’honnêteté.

Moi j’ai choisi: on s’est pris des kani-miso grillés au feu de bois, avec un oeuf dedans. Un régal, à manger à la cuillère. L’un d’entre eux avait encore un lambeau de cravate coincé dans les pinces.


‘Votre vie est importante’, puis le numéro du poste de police le plus proche, et enfin en appuyant sur ‘2’ vous aurez de l’aide…


J’aurais du regarder si on peut appeler l’international, de cette cabine…

16 réponses sur “Pas de suicide à Tojinbô”

  1. Donnerstag a dit :
    Faire sourire sur un sujet grave, chapeau. Et puis la cabine téléphonique…C’est vraiment si problématique le suicide au Japon ?

    Oui, mais pas forcément beaucoup plus qu’en France.

  2. Putain, je suis jaloux. J’ai toujours rêvé de placer le mot « obsidienne » dans une phrase sans que ça fasse trop artificiel, et tu l’as fait avec brio. 🙂

  3. C’est la vrai falaise ou se rend Sato dans Welcome to the NHK ! J’imagine.
    Dans l’anime y’a un filet qui empêche les gens de se suicider trop facilement.

  4. Merci pour les compliments.

    epsylon – La mer d’obsidienne, c’est pourtant assez classique. Tu peux essayer de placer ‘regard d’obsidienne’, la prochaine fois.

    Noodle – Des chiffres sont dans l’article avec le lien à propos d’oursins et de brosses à dents. Je le présente de façon surréaliste, mais en fait il y a des maisons à 100m et si tu prends une photo un peu plus sur la droite ou la gauche, tu vois des bâtiments. Si tu te retournes, t’as une grosse tour hideuse sur le promontoire, où tu dois payer 400 yens pour aller ‘admirer’ la vue. C’est en réalité assez petit.

  5. ah oui j’avais pas lu
    une personne qui veut se jetter de là-haut tous les 2/3 jours quand même, mais « seulement » 13 suicidés l’année de l’article

  6. Merci jc, je ne connaissais pas le reportage.

    Aliocha – J’aurais su ça, j’en aurais rajouté une couche graveleuse, mais trop tard. Prochaine fois.

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