Caramba, encore raté !

Cette fois ci, c’était sérieux: la date prévue depuis des semaines et choisie avec soin car recoupant les jours de beau temps, pas trop froid mais suffisamment de neige. Voiture louée des jours à l’avance, météo peaufinée heure par heure et résolument optimiste, 5 morals gonflés à blocs. Nous n’allions faire qu’une bouchée du Fuji.

Ce n’est pas encore la saison officielle, donc la 5ème station est déserte. Première appréhension: le vent est glacial, nous obligeant à nous réfugier dans les toilettes pour dormir un peu. Départ à 22h, on espère être au sommet autour de 4h du matin.

Le début de l’ascension se passe assez bien, le vent capricieux nous oblige à enlever ou rajouter des épaisseurs de temps en temps. Mais l’un de nous commence à avoir le mal de l’altitude et était déjà malade avant, il décide de rebrousser chemin. Nous ne demeurons plus que 4.

Nous commençons à gravir la partie enneigée et les choses se corsent: ce n’est pas difficile techniquement, mais nous sommes dans un brouillard tenace qui nous empêche de voir au-delà de 5-10 mètres, le vent est glacial et nous oblige parfois à nous courber sur nos piolets pour ne pas dévisser.
On arrive à faire des pauses de temps en temps, à l’abri des cahuttes qui parsèment le chemin ou en creusant des banquettes dans la neige.

Au bout d’un moment de ce petit jeu, l’un de nous est trop épuisé pour continuer (il y a quand même 1400m de dénivelé à faire dans le froid), et assez démoralisé car nous ne voyons toujours pas si l’on approche ou non (en fait, nous ne sommes même pas vraiment certain d’être sur le bon chemin). Il redescend aidé d’un autre ami, nous ne sommes plus que deux à persévérer. Quand je pense qu’en été, c’est du niveau d’une randonnée…

Et nous arrivons enfin au sommet, pour ne rien y trouver du tout: on ne voit toujours rien, ni d’un côté ni de l’autre, et comme c’est une arête le vent y est pire.

Heureusement, des prédécesseurs avaient taillé un igloo dans une congère de neige, nous nous y entassons et pouvons faire cuire quelques ramens. Enfin à l’abri du vent, c’est le seul moment où j’ai eu chaud une demi-heure d’affilée. Vous pouvez contempler l’intérieur et la vue en sortant la tête du trou: imaginez quelques rafales vous empêchant de tenir debout.

Et puis bon, redescente car rester là ne sert vraiment à rien. Evidemment, sans visibilité et la neige recouvrant tout, on se trompe de chemin et cela nous oblige à faire un détour de deux heures.

Et donc après avoir retrouvé le reste de la cordée, s’être retapé deux heures de route alors que tout le monde est épuisé, nous réalisons que nous n’avons même pas vu le Fuji un seul instant. Il était toujours dans les nuages. Après avoir eu le récit d’une expédition ratée mais avec une belle photo, vous avez maintenant le récit d’une expédition réussie sans aucune preuve que c’était bien le Fuji… Et j’ai trimballé mes deux appareils photos pour ça.

Et évidemment, quand je suis arrivé dans le train avec mon gros sac, mes vêtements sales et l’odeur qui va avec, toute la rame m’a pris pour un SDF.