Cerné par la rue

Rue, Ruelle, Avenue…
Tu parles d’un sujet: Tokyo c’est moche, rien ne se ressemble, quelques détails sont bien mais dans l’ensemble c’est pas terrible. J’aurais bien pris une ruelle moyenâgeuse, mais je ne suis pas dans le bon pays. Je ne peux même pas prendre de portrait de jolie fille au milieu d’une avenue: Oni Oni fera 100 fois mieux, il arrive à avoir un bokeh même en plein soleil.

Je me souvenais vaguement que quelqu’un avait parlé d’un logiciel nommé ‘Hugin’ (Legreg, si je me souviens bien). Un soir, j’ai pris mon grand angle, je me suis assis au milieu de la rue principale de Kabukicho (Shinjuku) et j’ai pris toute une série de photos en posant mon appareil au sol. En baissant la tête pour ne pas apparaitre sur les photos, et en souriant aux japonais qui passent (ça demande un peu de souplesse cervicale).

Rentré chez moi, je télécharge le truc, je le lance, je vois qu’il y a trois boutons nommés ‘Load Images’, ‘Align Images’ et ‘Create Panorama’, je clique et… paf. Le truc impeccable:

Oh putain, c’est ce que je veux faire !

Avec Ginza, j’ai vite eu la réplique en plein soleil:

Une que je voulais absolument, c’est une ruelle de Shinjuku avec une ambiance hallucinante:

Mais impossible à aligner: j’y ai passé plus de 5h, j’y suis retourné pour prendre de meilleures photos, j’ai trituré le soft dans tous les sens, rien n’y fait. La jonction est trop sombre, Hugin s’y perd complêtement. J’avais simplement le choix dans les distortions et les erreurs d’exposition, vous pouvez comparer avec celle que j’ai soumise pour le thème:

Mais j’y retournerai, avec plus de lumière s’il le faut (même si l’ambiance de nuit est nettement meilleure). Je l’aurai.

Caroline m’ayant demandé quelques conseils pour Hugin, voilà les quelques trucs appris sur le tas pendant 3-4 jours (pas de tutoriel complet, il y en a plein le net):

* Evidemment, prenez vos photos en mode manuel, avec le même temps d’exposition et la même ouverture pour toutes les photos. Donc prenez une photo d’un point très éclairé, une autre d’un point pas très éclairé, et réglez entre les deux. Hugin peut modifier l’exposition mais ne lui en demandez pas trop (même en raw, ça ne marche pas s’il ya trop d’écart). Pareil pour la mise au point (facile pour les rues: c’est à l’infini).

* Prenez vos photos dans l’ordre. Ca parait évident, mais si des éléments se répètent vous ne saurez plus quelle photo va où (ce qui m’est évidemment arrivé). Surtout qu’il y a toujours 2-3 séries du même endroit à la suite.

* Pas besoin de multiplier les points de contrôle sur les photos (ce que je faisais au début avec la ruelle). 4-5 bien répartis sont aussi efficaces que 20, voire plus efficaces.

* Hugin se repère aux différences de contraste sur la photo, crée des ‘points de reconnaissance’ et vérifie s’il retrouve les mêmes points sur deux photos à la suite. Donc il ne gère pas les photos trop sombres ou trop claires et les trucs très répétitifs, genre ça:

C’est la galerie couverte d’Asakusa. Vous remarquerez qu’il y a des erreurs: je n’ai pas pris assez de photos. De plus, je les ai prises dans le désordre. Retrouver l’ordre correct dans des photos toutes identiques n’a pas été très drôle…

* Hugin déforme les photos, mais essaie aussi les rotations. Donc si vous avez deux immeubles qui se ressemblent de chaque côté de la rue, il y a des chances pour qu’une photo se retrouve tournée de 180 degrés.

* Nettoyez votre capteur / objectif: une poussière fait un beau point noir sur un ciel clair et apparait sur toutes les photos, donc un parfait repère pour Hugin qui s’empresse d’aligner toutes les photos sur ce point. Raté :/

* Ca prend vite une place énorme: les originaux vont jusqu’à 11000 * 3000. Ca rame à la création, mais y’a vraiment tous les détails.

* Si vous posez votre appareil par terre, il ne faut surtout pas qu’il y’ait trop de monde car évidemment vous ne les retrouverez pas sur la photo suivante. Parfois, il vaut mieux prendre les photos debout, en prenant la première photo avec l’horizon au milieu et la suivante en coupant juste au-dessus des têtes (les suivantes, autant que vous voulez). Ainsi, vous aurez une seule photo avec des gens qui bougent. Pareil pour la dernière. Avantage: si vous ne bougez pas, attendez simplement que les gens passent, vous aurez ainsi des gens ‘interchangeables’ pour les photos d’extrémités.

Et parfois, en finissant une série, on s’aperçoit qu’il y en a qui font les cons en face de soi 🙂

C’est aussi à Ginza. Truc marrant: autant Hugin a parfaitement calculé la première, autant il foirait complêtement celle-ci. J’ai du tout faire à la main et je ne sais pas trop pourquoi.

C’est à peu près tout, mais j’ai des questions s’il y a de bons utilisateurs d’Hugin:

* J’ai pris toutes les photos en raw, mais ai utilisé les jpg pour aller plus vite. Si je recommence avec les raws, est ce que Hugin aura plus d’infos et fera moins d’erreurs ?

* Pas eu le temps d’essayer toutes les projections disponibles (Tubulaire, Equirectangulaire, Mercator, etc…). Laquelle serait idéale pour ce type d’utilisation ?

* Est il possible de charger des images, de calculer les points de repères, puis de charger d’autres images pour calculer le résultat final ? Parce que pour ma ruelle, au pire je binarise les photos avec un seuil bas, je calcule les déformations et je les applique ensuite sur les photos originales. Ce serait un moyen de contourner le manque de luminosité.

Et puis cadeau: le plafond du Senso-ji à Asakusa, et la vue de Tokyo quand on est à Odaiba:

(Un peu de travail car il se perdait dans les carrés bleus et c’est super symétrique droite/gauche)

(Rien à faire: fenêtres lumineuses sur fond noir des immeubles, c’est le must)

Merci à tous les japonais qui se sont arrêtés et ont regardé en l’air pour voir ce que je pouvais bien photographier… Et pardon aux deux japonaises que j’ai effrayé en posant mon appareil au sol: elles ont cru que je voulais une photo de leurs dessous 🙂

(Mais ça aurait fait une photo fantastique: le 180 degré de la rue avec panty-shot sur le côté… Faut que j’y retourne !)

Tora tora tora !

Chez moi, on appelle ça avoir le cul bordé de nouilles. Moi j’appelle ça connaitre les bonnes personnes, en l’occurence Pumpkin-tchan.

Elle nous a invité à un Omotenashi: un repas léger dans la tradition Edo, avec représentation de Geishas, Houken (leurs homologues masculins, là pour distraire les invités en faisant des blagues et jouant des scénettes). A Nihonbashi, un des plus vieux quartiers de Tokyo, avec des Geishas d’Asakusa (car il y en a aussi à Tokyo). Elle ne m’a pas dit le prix d’un truc pareil, mais en fait elle n’a pas payé pour nous: elle organise, et deux clients se sont décommandés au dernier moment.

C’était très impressionnant: danses, chant, performances de Shamisen, jeux de lancer d’éventail et ‘Tora tora tora’ (Une sorte de Papier-Caillou-Ciseaux dansé). Vraiment magique.

Il faut que j’offre une énorme boite de chocolats à Pumpkin-tchan !

Géraldine ou l’attaque du chiflera tenace

Cette pauvre Géraldine en aura vu des vertes et des pas mures. Géraldine car c’est un chiflera femelle, j’ai un flair pour les chifleras. Elle qui pensait finir dans un duplex confortable avec vue sur Odaïba…

En tout cas elle a vu du pays: collée sur à peu près toutes les surfaces plus ou moins planes de Shinjuku, trimballée pendant des heures dans un sac trop étroit.

D’abord tout seul puis rejoint par -V-, la seconde étape fut ‘Géraldine en interaction avec le genre humain jaune’, qui a été en fait plutôt décevante: impossible d’arriver à capter un regard de curiosité de la part des japonais. Ils n’ont rien vu, rien du tout, continué leur chemin comme si de rien n’était même quand Géraldine était devant leur nez.

La seule fois où je suis arrivé à attirer l’attention, c’est une des premières fois dans le métro: je la colle sur une vitre (les gens me regardent), je m’éloigne de deux pas et Géraldine s’explose par terre (la ventouse colle assez mal). Y’a eu des réactions interloquées mais pas eu le temps de les prendre, j’ai quitté la rame de honte.

Elle prend maintenant un repos bien mérité sur ma table basse. En attendant de nouvelles aventures.

Oishii Sôôôô !

Je vous aurais bien montré les 3 jours de ski à Hokkaïdo, mais j’avais la flemme de prendre des photos. Sachez simplement que je continue à arpenter les pistes dans mon style inimitable, dit de ‘l’Homme Ivre’: je vacille d’un côté puis de l’autre sur mes grandes lattes. Mais point ne chois, ce qui est déjà une belle victoire.

Cependant, organisé par un japonais pur soja, cela implique donc des arrêts gastronomiques de haute qualité (en plus d’une organisation à toute épreuve). Ce n’est pas pour me géner, au contraire, mais les japonais sont encore plus dingues de bouffe que les français.

Pour vous donner quelques exemples, je connais certains japonais dont l’impassibilité l’emporte sur l’austérité (parfois c’est le contraire) et qui ne laissent montrer la plus petite satisfaction qu’en la présence d’un plat d’unagi. Mais je dois avouer que je vendrais une part non négligeable de mon âme pour de l’unagi.
Cela peut me laisser véritablement pantois: une fois, je suis allé visiter un aquarium avec Kaori. Je l’ai vu se planter yeux écarquillés devant un bassin regorgeant d’espèces diverses, et s’écrier tout d’un coup ‘Ca a l’air trop bon !’ (‘Oishii sôôôôô !!’). Moi qui pensais la voir s’émerveiller devant les prodiges de mère nature, elle m’a fait une liste des temps de cuisson.

Donc aujourd’hui, vous aurez des photos de gastronomie hokkaïdote, elle est renommée.

La dernière vous semble sans doute d’une piètre banalité, mais il faut savoir que les parfums de cette glace deux-boules sont ‘Wasabi’ et ‘Encre de Seiche’… Ils avaient aussi goût ‘Oursin’ ou ‘Crabe’, mais j’ai décidé que le journalisme total avait des limites.

Et sinon, Sapporo attend le dégel, patiemment.