Tintinnabulage et envies de meurtres

On reconnait un randonneur japonais à deux signes distincts (outre le fait qu’il a en général plus de 50 ans): les gants blancs et la clochette.

Les gants blancs, non, ce n’est pas parceque c’est une amicale de chefs de gare à la retraite et nostalgiques (comme je l’ai demandé en rigolant), c’est ‘Si on tombe’ (comme on me l’a répondu très sérieusement). Autant je suis le premier à recommander les gants en terrain difficile (et j’ai une cicatrice d’un jour où je n’en portais pas), autant, là sur les chemins de randonnées forestières, je hausse un sourcil d’un air dubitatif. Mais certes, acceptons.

La clochette, par contre… la clochette je peux pas. Tous les randonneurs ont une clochette qui tintinnabule au bout de leur sac ou de leur bâton, ce qui permet de les entendre arriver et de les suivre à l’oreille, parfois de très loin. C’est pour les ours. L’ours rôde dans les contrées nippones et ainsi prévenu, s’écartera du chemin et ne tentera pas d’attaquer le malheureux randonneur. L’ours, en effet, a horreur d’être pris par surprise et c’est le seul moment où il peut s’avérer agressif.

Là aussi, il y a des circonstances où je comprends: à Hokkaido, par exemple, on a vu pas mal d’ours. On était quatre donc bruyants, mais il y a eu des farfouillements suspects dans les fourrés. On a serré les fesses et chanté faux et tout s’est bien passé, mais je déconseillerais de se balader seul en montagne sans clochette.

Mais pas dans les environs de Tokyo sur l’équivalent d’un GR, bon sang. Et en plus il existe des clochettes commémoratives, genre ‘Oodake, 2750m, 28 mai 1986’, qu’ils trimballent et montrent fièrement, et je suis certain qu’il existe même des éditions spéciales certaines années (et il doit y’avoir des collectionneurs fous). En général, à partir de trois clochettes sur la même personne, j’ai des envies de meurtre poussées. Pour outrage à la sérénité des lieux et à l’intelligence du genre humain.

Vous pouvez voir qu’ils poussent même le vice jusqu’à vendre ces clochettes dans les magasins de sport (moi qui pensais qu’il fallait battre un ours à mains nues pour avoir sa première clochette, je suis déçu). Photo très mauvaise, je sais, j’étais pressé.

Bref, j’ai du mal avec le randonneur nippon moyen. Le seul truc pire étant un groupe de randonneurs nippons moyens. Qui sont tous de charmantes personnes, et te souhaitent le bonjour avec un sourire chaleureux. Le premier (diling) en japonais. ‘Mais oui, bonjour, ça faisait 10 minutes que je n’avais croisé personne, je commençais justement à angoisser’. Le second (digiling) en anglais. ‘Haha, c’est gentil cet effort, bonjour à vous !’. Le troisième (bingaling) en français. ‘Ha mais il a reconnu, décidément que d’attention !’. Le quatrième (Guinguediling) en espagnol. ‘Heu, hein ?’. Je pense que le cinquième (liglingling) essayait de parler allemand. Sourire crispé de ma part. Le sixième a du voir que j’étais à bout et n’a rien dit, ça vallait mieux pour lui.

Ah et puis pour finir, blagounette qui traine au pays du soleil levant et des clochettes tintinnabulantes:

Vous savez comment éviter les ours ? En promenant une clochette. Mais comment savoir s’il y a des ours dans le coin ? Il faut observer les chemins, et vérifier s’il n’y a pas de crottes d’ours. Comment reconnaitre une crotte d’ours ? Il y a des clochettes dedans.

9 réponses sur “Tintinnabulage et envies de meurtres”

  1. J’ai vu deux personnes habillés genre japonnais médiéval devant un resto jap à lyon ce midi. Ils avaient chacun un baton, et une clochette en haut du baton. Un type et une nana plus jeune. J’ai cru que c’était des tarés, mais maintenant je comprends, on sait jamais, si y’avait eu des ours…

  2. je vois ce que tu veux dire : tu te balades dans la nature japonaise, quand, TOUT A COUP, survient un bruit de clochettes : "ZOMG ON SE CROIRAIT DANS LES ALPES, Y’A DES VACHES MILKAS ICI ?§§!? " .

    T’attendant à voir un facétieux bovin gambader allègrement dans la pampa japonaise, et te dire que "le Japon, c’est vraiment cool", et te retrouver en face d’une quinzaine de mecs à clochette, oui, j’imagine la déception, et je compatis.

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