Je suis fan…

… des déménageurs japonais.

Ils appellent la veille pour dire à quelle heure ils arrivent, ils déroulent des tapis pour ne pas abimer le sol. Ils transportent alors les meubles en s’encourageant à grands coups de ‘Eushh’ et autres ‘Saa !’ et enlèvent leurs chaussures en passant (même en portant un truc à trois, ils font une pause pour chacun). Ils montent eux-mêmes les meubles et repartent avec une courbette.

Par contre, il y a un truc auquel je me fais pas: ils disent arriver 11h30, ils sonnent à 11h25. Je ne suis tellement pas habitué à cette ponctualité que chaque fois je suis sous la douche.

Lu

Chaque nouvelle rencontre avec Lu apportait de nouvelles précisions sur elle. Un peu comme si, bien que n’étant pas timide, elle hésitait à en dire trop.

‘Moi, oh, je suis danseuse’. ‘En fait, je suis pole-dancer’.
‘Oui, en fait, je suis pole-dancer, mais j’ai aussi une école de danse, à Tokyo’. ‘Oh, pas grand chose, 600 étudiants. Hein ? Oui, c’est la plus grande école de Tokyo’.
‘Oui oui, en fait j’ai commencé à monter un studio à New-york, puis après je suis revenue’.
‘Ah au, fait, je te l’avais pas dit, mais j’étais mannequin, aussi, à New-york’.

Et c’est comme ça qu’il m’a fallu du temps afin de pleinement réaliser que la Lu qui avait peur de monter trop haut en escalade, qui pestait parcequ’elle n’y arrivait pas, était aussi et surtout Masako Lu Nagata, considérée comme la plus grande pole-danseuse de Tokyo.

(Photos rigoureusement pas de moi, il se peut même qu’elle me mette un pain si elle l’apprend. On verra bien.)

This is madness !

Avouons le tout de suite: le Beaujolais Nouveau, en France déjà, j’aimais pas ça. Franchement, c’est pas fait pour être bu, mais pour être vendu aux japonais.

Sauf que maintenant m’y voilà, dans ce pays où on croise des naïades plongeant dans des piscines de beaujolais nouveau (Je n’invente rien). Pour quelqu’un qui prétend un peu aimer le vin c’est une honte, mais fallait bien que j’essaye. Après tout, s’ils sont si enthousiastes pour cette vinasse aigre, c’est peut-être parcequ’ils en reçoivent une meilleure que la nôtre ? Peut-être même qu’il y aura des naïades ?

Me voilà donc parti pour la ‘Beaujolais Nouveau Madness’ à Odaïba, accompagné d’un danseur de tango argentin turc et de deux contrôleuses du traffic aérien japonais (Donnez leur un numéro de vol, elles vous donnent l’âge du commandant de bord, si si !). Dans un grand hôtel du lieu, avec du gratin en robe et talons, mais je suis capable d’une parfaite nonchalance en basket-goretex. Et puis on m’avait pas prévenu. A ma gauche 34 sortes de beaujolais nouveau, à ma droite 4 filles en robes pailletées qui faisaient du beatbox (sans rire).

Alors, On en a goûté 12-13 différents, je pense que le verdict est le même: on commence par avoir la sensation de boire de l’eau. Puis vient une légère pointe sucrée vite rattrapée par une acidité se transformant en aigreur. Il y a comme une contraction de l’oesophage lors de la déglutition (mais je ne peux pas lui en vouloir). Puis vient le moment où il faut faire un commentaire sur les notes fruitées que l’on peut trouver à cette piquette, je n’ai pas osé faire trop de blague (Corsée m’a un jour raconté qu’elle avait trouvé un beaujolais avec un fort goût de broccolis, par exemple. Ca au moins ça aurait été marrant).

Bref, pour la réponse aux deux questions précédemment posées (qualité et présence de naïades): non.

Mais Odaïba, c’est sans grâce, âme ou chaleur, mais la nuit c’est beau.

Kawaï !

C’est une boite en fer émaillé. Achetée aussitôt après l’avoir vue, une vraie fille. Il y’en avait des plus petites et moins chères, mais le français était moins pire.

Bon, maintenant il faut que je lui trouve une utilité.

Un pays où on sait s’amuser !

On avait lu un article dans ‘Le Monde’ peu avant de partir, et appris que dans ce pays une des traditions était l’enlèvement de jeunes filles pour le mariage.

Coutume de peuples nomades (genre enlèvement des Sabines), le quotidien nous apprenait qu’elle était tombée en désuétude, et n’était plus utilisée que par des couples voulant se marier contre l’avis de leurs parents. Nous, curieux, avions essayé d’en savoir plus. Et justement, à Toktogul, nous avons croisé un des rares kirghizes à parler français. De notre âge, il faisait ses études à Paris et était au pays pour les vacances, il s’appelait Kalinour. La veille, on s’était mis une grosse mine à la Vodka-Coca-Piva (Vodka-Coca-Bière) avec quelques amis à lui. En allant nous baigner dans le lac de Toktogul, avec Ebouriffée, on lui avait posé pas mal de questions. Ebouriffée est très à cheval sur les questions des droits des Femmes. Elle a raison, mais dans ces pays là ça donne souvent des décalages assez rigolos. Kalinour nous répondait nature, avec un léger étonnement que l’on soit si ignorant.

_ Comment ça se passe ? Oh, ben c’est pas difficile: par exemple, je veux me marier, on se fait une soirée comme hier soir, avec des amis on prend une voiture, on voit une fille qui me plait sur le bord de la route, on l’enlève et on se marie.
_ Ah ouais… facile. Mais ça arrive encore souvent, tu connais des gens qui se sont faits enlever ou qui ont enlevé des filles ?
_ Mais ma mère a été enlevée.
_ Hein ? Mais par qui ??
_ Ben par mon père, évidemment.
_ Ah oui, évidemment, pardon. Ils sortaient ensemble avant, ils se connaissaient ?
_ Oui, ils se connaissaient. Ils ne s’étaient jamais parlé, mais ils étaient à la même faculté. Et un jour, mon père apprend qu’un autre a l’intention de l’enlever, alors il loue une voiture et fait 800 kms pour l’enlever le premier. Ma mère a été un peu surprise, mais elle a été touchée qu’il fasse une telle distance rien que pour elle, tu comprends. Et puis mon père avait une bonne situation, c’est un des plus riches de la ville, alors voilà…
_ Ah oui, voilà… Donc ça se faisait encore du temps de tes parents, c’est impressionnant.
_ Mais ma soeur a été enlevée aussi, en fait.
_ Hein ? Mais par qui ? Elle le connaissait ?
_ Forcément, c’était le voisin.

Ebouriffée n’avait pas dit grand chose pour le moment, mais elle ressemblait à une cocotte minute sous pression. Elle finit par exploser, et par crier presque: ‘Mais putain, la fille, elle a le droit de dire non, quand même ?’.

Kalinour la regarde d’un air surpris: ‘Mais bien sur, qu’elle peut dire non’. (Il réfléchit) ‘Ca sert à rien, mais elle peut’.

C’est qu’il ne plaisantait pas du tout, en fait. Mini-minie n’osait plus sortir.

Voyage de noces

Je ne vous l’avais pas dit, mais j’ai été marié.

Environ 3 semaines, c’est à dire pas longtemps. Dans un petit pays coincé entre la Chine et la Russie, c’est à dire pas partout.
Partis là-bas avec Mini-minie, Ebouriffée et Le Maitre, histoire de voir si leurs montagnes sont aussi belles qu’ils le prétendaient. Elles le sont.

Mais après quelques jours de voyage, on s’est aperçus d’un fait rigolo pour nous, moins pour Mini-minie et Ebouriffée. C’est que pour les autochtones, voir arriver des femmes de leur âge, sans enfants, voyageant avec des hommes qui n’étaient pas leurs maris, ça posait problème. Elles passaient au mieux pour des incongruitées, au pire pour des dames à la vertu contestable.

Donc un soir, après en avoir discuté, on a tiré au sort en rigolant pour savoir qui serait mari et femme. Et au moindre problème, elles se devaient alors de nous désigner du doigt en proclamant ‘Moï mouj, moï mouj’ (‘Mon mari’). Les locaux étant extrêmement polis (même bourrés, ce qui arrive souvent), ils se tournaient alors vers nous, et nous devions décliner les différentes invitations. A nous de jouer les gros bras en cas de problème plus sérieux, ce qui n’arriva pas vraiment, mais j’en parlerai dans un prochain billet. Les enfants ? Chaque couple en avait deux ou trois, restés au pays sous la garde des grands-parents. On ne nous a jamais demandé les photos, heureusement.

Le voyage s’est alors nettement mieux passé, même si nous devions nous coltiner les pochards et autres aventuriers, qui ne seraient pas venus nous déranger si nous n’étions pas les maris. Par contre, autre fait inattendu: dès que les gens savaient que nous étions mariés, ils cessaient de s’adresser aux filles: cela aurait été désobligeant pour nous de leur adresser directement la parole. Ce qui était d’une politesse irréprochable, mais qui ne manquait pas de faire râler les intéressées, évidemment.

Jamais contentes.

Tintinnabulage et envies de meurtres

On reconnait un randonneur japonais à deux signes distincts (outre le fait qu’il a en général plus de 50 ans): les gants blancs et la clochette.

Les gants blancs, non, ce n’est pas parceque c’est une amicale de chefs de gare à la retraite et nostalgiques (comme je l’ai demandé en rigolant), c’est ‘Si on tombe’ (comme on me l’a répondu très sérieusement). Autant je suis le premier à recommander les gants en terrain difficile (et j’ai une cicatrice d’un jour où je n’en portais pas), autant, là sur les chemins de randonnées forestières, je hausse un sourcil d’un air dubitatif. Mais certes, acceptons.

La clochette, par contre… la clochette je peux pas. Tous les randonneurs ont une clochette qui tintinnabule au bout de leur sac ou de leur bâton, ce qui permet de les entendre arriver et de les suivre à l’oreille, parfois de très loin. C’est pour les ours. L’ours rôde dans les contrées nippones et ainsi prévenu, s’écartera du chemin et ne tentera pas d’attaquer le malheureux randonneur. L’ours, en effet, a horreur d’être pris par surprise et c’est le seul moment où il peut s’avérer agressif.

Là aussi, il y a des circonstances où je comprends: à Hokkaido, par exemple, on a vu pas mal d’ours. On était quatre donc bruyants, mais il y a eu des farfouillements suspects dans les fourrés. On a serré les fesses et chanté faux et tout s’est bien passé, mais je déconseillerais de se balader seul en montagne sans clochette.

Mais pas dans les environs de Tokyo sur l’équivalent d’un GR, bon sang. Et en plus il existe des clochettes commémoratives, genre ‘Oodake, 2750m, 28 mai 1986’, qu’ils trimballent et montrent fièrement, et je suis certain qu’il existe même des éditions spéciales certaines années (et il doit y’avoir des collectionneurs fous). En général, à partir de trois clochettes sur la même personne, j’ai des envies de meurtre poussées. Pour outrage à la sérénité des lieux et à l’intelligence du genre humain.

Vous pouvez voir qu’ils poussent même le vice jusqu’à vendre ces clochettes dans les magasins de sport (moi qui pensais qu’il fallait battre un ours à mains nues pour avoir sa première clochette, je suis déçu). Photo très mauvaise, je sais, j’étais pressé.

Bref, j’ai du mal avec le randonneur nippon moyen. Le seul truc pire étant un groupe de randonneurs nippons moyens. Qui sont tous de charmantes personnes, et te souhaitent le bonjour avec un sourire chaleureux. Le premier (diling) en japonais. ‘Mais oui, bonjour, ça faisait 10 minutes que je n’avais croisé personne, je commençais justement à angoisser’. Le second (digiling) en anglais. ‘Haha, c’est gentil cet effort, bonjour à vous !’. Le troisième (bingaling) en français. ‘Ha mais il a reconnu, décidément que d’attention !’. Le quatrième (Guinguediling) en espagnol. ‘Heu, hein ?’. Je pense que le cinquième (liglingling) essayait de parler allemand. Sourire crispé de ma part. Le sixième a du voir que j’étais à bout et n’a rien dit, ça vallait mieux pour lui.

Ah et puis pour finir, blagounette qui traine au pays du soleil levant et des clochettes tintinnabulantes:

Vous savez comment éviter les ours ? En promenant une clochette. Mais comment savoir s’il y a des ours dans le coin ? Il faut observer les chemins, et vérifier s’il n’y a pas de crottes d’ours. Comment reconnaitre une crotte d’ours ? Il y a des clochettes dedans.

One more, still counting…

Alors, le restau forêt de bambou: bien, voire même pas mal du tout. Il était temps que j’arrive à y aller.
Y a du monde et ça crie un peu, mais le cadre est très sympa.

(Ouais, vous avez vu: je suis sorti de chez moi !)