Pets ok, no Gaï-jin

Comme vous avez du le comprendre, trouver un appartement correct à Tokyo est quelquechose de pas piqué des vers.
Sans garants japonais depuis 5 générations, les agences ne vous font pas confiance et être étranger vous attire la méfiance des voisins (et des agences: cela ne va t’il pas déprécier les appartements à côté ?). Mais maintenant, je gère les agences comme une bête.

Première chose à faire: ne pas les écouter. Car les japonais sont d’une politesse impeccable et d’une obéissance sans faille à la hiérarchie. Vous arrivez donc devant un employé japonais qui voit en vous un client et un supérieur (vous êtes étranger, ne l’oublions pas). Et de plus il est écrit dans son manuel que l’on doit s’adresser au client en Keigo, la langue toute de classe, de raffinement et d’incompréhension faite. Ca donne des conversations qui donnent un peu ça, traduites en français:

_ Bonjour, moi chercheur étranger et moi vouloir louer maison dans agence vous. Quoi vous avoir ?
_ Nous sommes infiniment honorés que vous ayez daigné choisir une si piètre compagnie dans votre louable intention d’accéder à la location d’un bien immobilier, et sommes certains qu’un accord pourra être trouvé entre vos désirs et besoins de logement et notre maigre choix de résidences ouvertes à la location. Auriez vous l’amabilité de m’indiquer quels sont les points auxquels vous attachez une première importance, afin que je puisse diligemment vous offrir au regard une première sélection de ces biens immobiliers dont nous assurons la gestion locative ?
_ Toi fermer gueule, toi parler simple.

A peu de choses près, hein, sauf la dernière phrase. Le plus marrant, c’est que certains continuent même si tu leur fais comprendre que l’on ne comprend rien. C’est le syndrôme ‘case’: IF client THEN Keigo. Donc première technique: dire bonjour, se diriger directement vers toutes les affichettes qui vantent les qualités des biens immobiliers dont ils ont la gestion locative et se faire soi-même un éventail représentatif de logements possédant les qualités auxquelles nous accordons une certaine importance. Là, en général, c’est l’effervescence dans la fourmilière et ils arrivent à dénicher la préposée aux photocopies qui parle un peu anglais. On va pouvoir progresser.

Deuxième étape: le coup de fil au propriétaire. Parceque si j’étais japonais descendant direct de Masamune Date, y’aurait pas de problème et ils s’en chargeraient tout seuls, mais un étranger sans garant digne de ce nom et qui ne parle pas Keigo, ça demande confirmation. En général, ça va très vite: ‘Il est étranger. Non ? Bon’ et suivant. C’est assez désespérant, en général il reste un appartement sur 10. C’est même allé jusqu’à cette parole malheureuse (mais je pense qu’elle ne s’est pas rendu compte): ‘Pets are ok, but no foreigners’ (Les animaux de compagnie pas de problèmes, mais pas d’étrangers). Ne pas se départir de son sourire avenant, mais ça fait regretter de ne pas avoir rajouté quelques kilos à ‘Little Boy’.

Bon, mais on finit tout de même par en trouver certains. J’ai été aidé par un agent immobilier très sympa, merci encore à lui.

Ensuite, il faut payer. Et au Japon, il faut payer cher. Deux mois de loyer en cadeau au propriétaire, un mois de caution, un mois d’avance. Frais d’agence. Faut pas déménager sur un coup de tête. Et à noter que la caution servira à payer le nettoyage de l’appartement quand on s’en va, à changer les tatamis, etc… Donc en général, on ne la revoit jamais.

Encore un moment surréaliste: je vais à la banque pour faire le transfert d’argent sur le compte de l’agence. Leur nom est en kanjis, les employés sont incapables de le lire pour l’enregistrer dans les comptes… Bordel.

_ Excusez nous, mais savez comment se prononce le nom de votre agence ?
_ Hein ? Vous me demandez, à moi, comment on prononce des kanjis ? Mais j’en sais rien du tout.
_ Ben ces kanjis là ils sont pas faciles, vous savez, première fois que je les vois…
_ Mais démerdez vous bon sang, c’est pas moi qui peut vous dire ça.

(*conciliabule entre employés japonais*)

_ Alors celui là, il me semble bien que c’est ‘shyo’, on peut essayer ça.
_ Oui, mais avec cette combinaison, il me semble plutôt qu’il se prononce ‘tara’, et en plus j’ai un oncle qui a ce kanji là, c’est ‘tara’…
_ On peut peut-être demander à Matsumoto-san…

Bref, impossible d’enregistrer le paiement. J’ai du retourner à l’agence pour demander comment se prononçait leur nom, avec écriture en hiraganas pour être sûr (car ils te l’écrivent en caractères européens, mais il arrive qu’ils se gourent dans la ‘traduction’). Il faut absolument que j’apprenne à dire ‘Non mais vous vous foutez de ma gueule ?’ en japonais.

Et puis ensuite, le déménagement, l’achat des meubles, tout ça, en fait c’est du trivial. Bon, on se trompe un peu en écrivant son adresse dans les formulaires, mais rien de dramatique. Aller à Ikea un samedi à 17h n’était même pas réellement abominable.

Bref, je suis très pauvre mais maintenant résident du ‘Petit bois de bambou de l’autre côté de la plaine.’

Ah et puis comme j’ai pas d’images mais que cette pub parle de déménagement dans un nouveau quartier, je vous la joins:

[flash]http://www.youtube.com/v/YDarhQ8Cd7E&hl[/flash]

16 réponses sur “Pets ok, no Gaï-jin”

  1. Winston_Wolf : en Japonais, si tu ne connais pas un caractère (kanji), tu ingore son sens et sa prononciation.
    Je suppose que pour éviter les problèmes, quand ils l’écrivent, ils ajoutent à côté la "lecture" en katana/hiragana. Histoire que tout le monde puis le lire même ceux qui connaissant pas les kanjis ou ne sont pas sûr de la prononciation.

    Ps : Les posts sur le Japon sont toujours aussi sympa, continue ^_^

  2. @Mosk : si je ne me trompe pas , on l’a déjà eu. Il me semble me souvenir d’un truc dans le genre, qui disait qu’en ville, et dans certains millieu, être étranger peut etre un atout. Mais seulement en ville et dans certains millieux.

  3. Winston_Wolf – Tout ce qui est informatique, identification, etc… n’est pas basé sur des kanjis mais sur leur traduction en hiragana. Et comme le dit SlyTheSly, si tu n’as pas appris le kanji, il n’est pas possible d’en deviner la prononciation. Y’a des rêgles, mais elles ne fonctionnent pas à 100%.

    jeanjeanlebanni – Il fallait de toute façon que je déménage un jour (je ne pouvais rester que deux ans maximum là où j’étais) et je n’aimais pas.

    Wodash – Aaah, je voulais en faire un billet à lui tout seul, pour cette série de vidéo ! Vous serez prié de les regarder une deuxième fois, alors.

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