Tsaranoro

C’est en arrivant, que l’on s’était rendu compte que cela ne serait pas aussi simple que ça. Après Fianarantsoa, quelques heures de Taxi-brousse pour arriver à Ambalavao, puis de nouveaux quelques unes pour Vohitsoka, les véhicules se faisant de plus en plus rares et délabrés, les locaux de plus en plus rigolards et curieux. Arrivés à Vohitsoka, on s’arrête pour faire un foot avec les gamins du village, et on s’aperçoit que le Tsaranoro est encore à 2h de marche. Il fait presque nuit.

Les autres touristes ? Ben normalement, ils louent un véhicule depuis le début, et on ne les voit même pas passer derrière les vitres fumées des 4*4 climatisés. On passe la nuit dans un champ, en transformant les sacs en tentes pour se protéger des moustiques, et au matin on repart.

Le Tsaranoro, c’était le but du voyage: 800m de granit aussi raide qu’un immeuble, pas une cassure ou une vire pour poser le regard, perdu au milieu de la jungle. Avec un camping pas trop loin, tout de même. On y restera tout seuls, pendant presque 10 jours. C’est avril, la saison des pluies s’attarde un peu et ce n’est pas encore la saison touristique. Donc au bout d’un moment on connait tout le monde, on discute entre les escalades et on va dire bonjour au boa qui dort tranquillement enroulé sur une branche, à côté du chemin. L’endroit est très beau, très calme, mais un peu plus cher qu’on ne le pensait: même s’ils ne sont pas encore là, c’est un coin pour touristes et même si on consomme très peu, l’argent file.

Arrive un jour où on n’a plus un rond, et en plus L’ancien a mal à la cheville, peut-être une petite entorse faite sur un chemin de descente après l’escalade. On décide alors de consacrer une journée pour rentrer à Fianarantsoa, pour retirer de l’argent et voir un médecin. Trajet retour: Vohitsoka, Ambalavao, Fianarantsoa. Et on s’aperçoit alors que c’est le week-end de pâques: tout est fermé, pas moyen de retirer le moindre billet. On arrive à trouver un médecin, qui diagnostique une entorse et préconise de ne pas marcher pendant trois jours.

Bon, mais on fait quoi ? Toutes nos affaires sont au Tsaranoro, on n’a pas l’argent pour un hôtel à Fianarantsoa. Bien obligés de repartir, on reviendra dans quelques jours, c’est une journée perdue pour rien. Retour à Ambalavao, trop tard: le dernier taxi-brousse pour Vohitsoka est déjà parti. On peut en prendre un, qui nous déposera sur le chemin, mais il y a 20kms jusqu’à Vohitsoka (plus 10 ensuite, ne l’oublions pas). Il est 17h, et la nuit tombe à 18h ici (et elle tombe très vite: à 18h30 il fait vraiment noir).

Comme la cheville va mieux (et L’ancien est un bourrin), c’est ce qu’on décide de faire. C’est pas 30kms dans le noir avec une cheville en vrac qui va nous faire peur, attends. On part, on verra bien. Au bout de 20 minutes de taxi-brousse, un orage éclate, le ciel est bouché, on n’a même pas la lune pour essayer de voir quelquechose, on rigole beaucoup moins. Hé merde, on fait quoi ?

Heureusement, L’ancien avait lié connaissance avec un papi local, qui nous dit qu’il existe une mission chrétienne pas loin, où on peut passer la nuit, et il accepte de nous y mener. C’est là que nous faisons connaissance avec soeur Maria, de l’ordre des Franciscains de Jésus. Elle parle un peu français, un peu anglais, elle s’occupe toute seule de ce dispensaire pour les enfants paludiques. A 70 ans bien tassés, respect. Elle nous loge et même nous nourrit, en refusant qu’on la paye (ce que l’on aurait été bien incapable de faire, de toute façon…). A 4h du matin, elle nous réveille et nous entasse dans un 4*4 qui tombe en morceaux pour nous déposer sur la route pour Vohitsoka, où nous attendrons le taxi-brousse qui fait la liaison régulière. En arrivant au croisement, on voit ce fameux taxi-brousse nos passer sous le nez, sans s’arrêter. Décidément, on accumule la malchance.

Ni une ni deux, la soeur Maria oublie tout aspect vénérable et écrase le champignon. Et commence une course ahurissante: sur une route défoncée et parfois se divisant, dans une caisse si pourrie que je pensais qu’elle allait s’écrouler, avec une bonne soeur au volant qui klaxonne et vocifère par la fenêtre. Et le plus fou c’est qu’on les a rattrapés. Mais en fait ils étaient plein, bourrés jusqu’à la gueule, impossible de nous prendre en plus.

Donc on a continué à pieds, alors que le soleil se levait enfin. Au bout d’une heure, on a été pris en stop par des gars qui allaient au marché de Vohitsoka, ce qui nous a permis de faire encore un trajet en compagnie des poules et des fruits. Et puis enfin, enfin, nous sommes revenus au camping, après deux jours gaspillés pour rien, toujours sans argent, et avec la cheville de L’ancien qui recommencait à faire mal. Et le lendemain, on partait pour une des pires voies d’escalade que j’ai jamais faites.

(Photos argentiques, avec un Canon AE1 qui a supporté la pluie, la jungle et j’en passe. Et il marche toujours).

6 réponses sur “Tsaranoro”

  1. Aha, les vieilles missionnaires sont toutes très sympa. Au kenya on est tombés sur une espèce de ferme-missions paumée au millieur des acacias, entre deux gigantesques colonies de termites et trois bandes d’autruches. Les soeurs étaient américaines et vraiment hyper-gentilles, et les gosses aussi. Elle nous ont filé de l’eau sortant tout droit d’une source aquifère, je peux vous dire que ça nous changeait de l’eau tiède passée au filtre aux amibes, ou du fanta sans bulle qui prenait à peu près la moitié de la soute dans le camtar.

    haha…

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