Ils ne sont pas comme nous.

Figurez vous que dans le complexe de laboratoires où je travaille, il a fallu élire des ‘Workers representatives’ histoire de défendre nos intérêts face au grand capital (et demander du rab de soba à la cafétéria). Evidemment, personne n’était volontaire dans mon labo, on a du tirer au sort. J’ai eu une malchance inouïe: c’est tombé sur ma pomme. Il restait un second tour: les élections par ‘Research Group’, on choisit une personne par groupe de labo, évidemment aucun volontaire. J’ai eu une malchance inouïe: c’est tombé sur ma pomme (avec tous les japonais qui m’ont félicité pour la forme et après ce sont foutus de ma gueule en me souhaitant bon courage).

Il restait un troisième tour: parmi tous ces représentats de ‘Research Group’, il a fallu élire un représentant du ‘Research Department’. Evidemment, il n’y avait aucun volontaire (et ils m’ont tous demandé ce que je foutais là en rigolant). Et ils ont décidé de tirer au sort. Je suis resté sans voix.

Quand vous avez à tirer au sort entre 16 personnes, vous faites comment vous ? Vous mettez tous les noms dans un carton, on mélange et on en tire un au hasard, non ? En tout cas c’était ma première idée, mais pas ici. Je les ai vus arriver avec une feuille de papier pleine de dessins compliqués, je vous la représente ici:

La partie bleue en haut est en fait cachée, afin que personne en voit où est placé le repère rouge. Chacun à son tour, on peut placer son nom en bas (positions A, B, C…) et rajouter ou non des petits traits horizontaux entre les lignes verticales. Quand tout le monde a mis son nom et mis les traits, on découvre la partie du haut, et l’organisateur suit le chemin du haut vers le bas, en tournant chaque fois qu’il trouve un trait horizontal. Ca donne ça:

Le ‘hasard’ est donc du au fait que chacun met son nom dans une position aléatoire, et que chacun peut rajouter autant de traits qu’il veut. Mais il reste un doute: il faut déterminer dans quel ordre les gens vont écrire leur nom. Il faut que ce soit aléatoire aussi: on l’a fait à Jan-Ken-Pon (papiers-cailloux-ciseaux). Vous avez déjà fait un Jan-Ken-Pon à 16 ? C’est un gros bazar, mais ils sont super entrainés et le font très vite, impressionnant. J’étais largué dès le début et ils ont du reprendre plusieurs fois pour moi: ‘Jan, Ken, Pon ! O-Iko-Deshyo ! Shyo ! Shyo ! (les mots à dire changent avec le nombre de parties). C’était surréaliste, mais au moins tout le monde se marrait: tout d’un coup, c’était le retour dans la cour de récré.

Au final, je n’ai pas été choisi (ouf). Je n’ai pas osé leur dire qu’on aurait pu se limiter au vainqueur du Jan-Ken-Pon, vu que c’est aussi aléatoire… Mais il faut dire que j’ai eu une chance inouïe: c’était tombé sur ma pomme.

[Edit: rien à voir: Kmille, tu n’as pas répondu à mon mail !]

18 réponses sur “Ils ne sont pas comme nous.”

  1. C’est quand même énorme cette culture.. j’imagine les mecs super stricts au taff qui se mettent à jouer à pierre papier ciseau !

    Bien vu pour le minijeu de Super Mario DS 🙂

  2. On est limité en nombre de trait ?

    Car le dernier s’il réfléchit bien, peut faire en sorte que son nom ne soit jamais choisi en mettant les bons traits au bon endroit

  3. Dans celui sur NDS, c’est plus compliqué car tu as 3 ou 4 boules en haut, et il faut les faire correspondre à l’arrivée..Donc il faut gérer plusieurs parcours simultanés.

    C’est vachement dur quand j’y repense.

  4. Ce n’est pas super équitable comme tirage "aléatoire", sans rentrer dans de savant calculs, il n’y a pas besoin de savoir compter pour comprendre que les deux noms aux extrémités ont moins de "chances" d’être choisis.

  5. À partir du moment où on ne sait pas où est la boule rouge, il n’y a pas besoin de tracer des lignes horizontales. C’est vraiment se compliquer la vie pour rien.

  6. @jihem,

    pas équitable ?

    – Tu pars d’une version sans trait horizontal. La boule est tiré selon un tirage aléatoire uniforme P(A) = P(B) = P(C)=..=P(J) = 1/10, en ligne droite. C’est donc équitable.

    – première phase, une personne a le droit de mettre un trait horizontal.
    Disons qu’il la mette entre D et C.
    Tous les autres chemins ne sont pas affectés. MAIS pour toute boule partant de C, lorsqu’elle rencontre la barre elle se retrouve en D,
    toute boule partant de D, lorsqu’elle rencontre la barre, elle se retrouve en C. Donc en gros sur 100 tirages, il y avait 10 qui partait de C, et il y en avait 10 qui partaient de D.
    Les 10 qui partaient de D se retrouvent donc dans C, et les 10 qui partaient de C se retrouvent donc dans D.
    Conclusion : la probabilité de l’un ou l’autre n’a pas change. P'(C) = P'(D)= P(C) = P(D) = P(A) =.. P(J).

    – tu peux faire le raisonnement ci dessus par récurrence pour chaque nouveau trait N que tu rajoutes. La situation à N-1 c’est Pn-1(A)=… = Pn-1(J)
    comme le nouveau trait ne fait qu’échanger les tirages de columne x vers y, alors le résultat après le nouveau trait N c’est toujours Pn(A)=…=Pn(J).

    Conclusion même après que l’on ait tracé tous les traits, la probabilité d’atteindre l’un des points reste la même. Et il n’y a pas de stratégie gagnante (à moins de connaitre la position de la boule rouge bien entendu.. mais alors ça veut dire que la situation initiale était déséquilibré avec P(x) = 1).

  7. On peut faire la meme remarque un peu plus poussée pour pierre-papier-ciseau. Sur un seul tirage de pierre papier ciseau, il n’y a pas de strategie gagnante (chaque choix va être contrebalancé par un choix complémentaire).

    Par contre, sur une série de tirage ça peut devenir intéressant. à cause de l’élément humain. Les boules rouges sont probablement totalement aléatoires, mais le choix de pierre papier ciseau ne l’est pas quand il implique une décision (inconsciente ou par "stratégie") d’une personne réelle.

    On peut écrire un programme qui peut utiliser le biais d’une personne humaine pour "gagner" sur le long terme à Pierre-papier-ciseau. (sur 20 tirages ppc, garantir qu’au moins 10 tirages seront en sa faveur, 11 avec une forte probabilité, 12 avec une probabilité plus faible etc). En théorie si c’était aléatoire (disons programme contre programme) alors il ne devrait pas y avoir moyen de préduire le gagnant avant les 20 tirages. Mais à cause de l’élément humain plus le nombre de tirages est grand, plus on peut faire en sorte que le programme gagne (parce que sa prédiction s’affine).

    Bien entendu l’inverse est vrai, si l’on connait l’algorithme qui régit la prise de décision du programme, on peut le tromper facilement. Mais en l’absence de cette connaissance ce n’est pas aussi facile.

    Il y avait un programme comme ça qui utilisait un système de pari : on devait choisir un chiffre (0 ou 1, ou une couleur : blanc ou noir, ou un coté : pile ou face) et l’ordinateur devait deviner sans tricher, et récupérait un penny quand il devinait juste, et nous donnait un penny quand il ne devinait pas le chiffre. Après quelques tentatives, il devinait de mieux en mieux, et notre réserve d’argent à parier diminuait constamment tandis que la sienne augmentait de manière constante. Si le choix était totalement aléatoire (genre si vous trichez en vous aidant d’un dé ou d’une vraie pièce de pile ou face), alors son avantage disparaissait (et la réserve d’argent avait autant de chance d’augmenter que de diminuer jusqu’à ce que l’un des deux tombe à court). L’avantage du programme vient de la difficulté pour un être humain d’appréhender le hasard.

  8. Haha, merci pour tous les commentaires et même les stats. Un dernier truc à savoir que je n’avais pas dit pour faire plus léger: si on se trouve à une extrémité des lignes, il faut tenir compte des barres horizontales de l’autre côté. Comme si c’était un rouleau, et non un plan 2D.

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