Arthur nous l’avait dit plusieurs fois…

…quand il etait suant, tirant la langue sous son mauvais sac, ou bien en equilibre sur deux dents de ses crampons au-dessus d’une crevasse. En general il nous lancait un grand regard bleu et fatigue et nous sortait ‘Et dire qu’on pourrait etre a Copacabaña a manger des truites sur le bord du lac…’

He bien c’est fait, on se doutait qu’il faudrait y aller ou risquer la crise diplomatique. Et puis quoi, la truite, c’est quand meme bon. Copacabana, c’est beaucoup moins pollue que La Paz, beaucoup plus tranquille, genre Petit Village Touristique – Station Balneaire – Bateaux Sur Le Lac Avec Coucher De Soleil Dans Le Fond. Il y a plein de rastas qui vendent des bijoux de pacotilles, et on ecoute du Manu Chao dans les rues. Mais la truite est divine et la caipirinha pareille.

Le lendemain, on part faire un tour en bateau jusqu’a l’ile du soleil, ancien lieu de pelerinage Inca. Grande ile pelee, entierement construite en terrasse pour les anciennes cultures, quelques eucalyptus. Comme on a decide d’y passer la nuit, on doit faire 3h de marche en deux jours. Autant dire qu’on commence par la sieste, histoire de laisser passer les autres touristes, plus presses. La lumiere est superbe, entre le lac lisse comme un miroir et le sommet de l’Illampu et de l’Ancohuma qui dominent au loin (aucun regret de ne pas y etre alles). On passe la nuit dans un des hotels les plus chics que nous ayons vus: une chambre presque comme a la maison, le lit est meme assez grand pour moi, c’est dingue.

On repart le lendemain tranquille pour La Paz, ou il faut faire quelques courses avant de repartir en France.

A tres bientot, cette fois-ci.

De montagnes en jungles

Lundi 20 août 2007 à 18:04

Desireux de nous reposer, nous avons donc opte pour un trek entre La Cumbre et Coroico, sur un ancien chemin Inca menant d’un col de montagne au coeur de la jungle. Plus de 3000m de denivele en descente. Fermement resolus a etre legers cette fois-ci, nous ne prenons que le minimum: pas de baudriers, pas de piolets, pas de broches, pas de grosses chaussures, pas de doudounes, pas de casques et plein de bouffe. Et comme on a plein d’essence, on pourra se faire des repas chauds tout le temps, le grand luxe. Et comme on est toujours un peu tetes brulees, au lieu de partir un matin un peu tot, on part la veille un peu tard, pour gagner du temps, l’argent de la chambre d’hotel, et parcequ’on en a marre de La Paz.

Devant l’air interrogateur de la vendeuse de billets de bus pour La Cumbre, on aurait du tiquer. Devant son air semi interloque apres notre affirmation de camper la-bas, on aurait du se renseigner. Mais bon, nous voila partis. Arrives a La Cumbre, on saisit tout de suite le probleme. On va faire succinct:

Plafond nuageux: environ a 30m

Visibilite: Oscille entre 20 et 5m

Taux d’humidite: Disons 98%

Temperature: Certainement pas plus de 10 degres

A cote d’un lac, sur un sol pele et assez souvent detrempe

Il fait nuit, et a part les duvets on a rien de serieux pour se proteger du froid

Ces petites erreurs d’appreciation, c’est bien sympa, c’est pas bien grave, mais ca commence a bien faire.

On marche un peu dans une clarte glauque, evoluant dans un brouillard a couper au couteau, on trouve un endroit plat et presque sec pour la tente, on mange tres vite et on se couche en se disant qu’on fera secher tout le materiel plus tard. En plus on est en plein milieu d’une des reserves d’eau pour La Paz, le camping ne doit pas etre tres bien vu. Va falloir se lever tot et deguerpir tres vite le lendemain. Des le matin, il fait toujours aussi froid mais le plafond s’est un peu releve. Nous sommes tout a fait rasserenes en voyant que nous nous dirigeons vers une eclaircie, c’etait donc bien une humeur meteorologique sans consequences, nous n’allions plus regretter nos doudounes. C’est alors qu’il s’est mis a neiger. Une petite neige drue, fine et tenace, dans un brouillard renouvele. Juste pour resituer le contexte vestimentaire: histoire d’etre vraiment leger, Arthur etait en sandales. De bonnes sandales de semi-montagne, certes, mais des sandales.

N’y voyant rien, on suit la route (enfin, une des routes) pour au moins ne pas se perdre. On arrive a un col probable, avec un gros cairn (suffisamment gros pour qu’on arrive a le voir dans cette puree de pois), et on a la chance de voir un bolivien emerger du brouillard juste a temps pour nous confirmer que c’est bien le debut du trek. On a eu du pot, sur ce coup la.

Commence un parcours irreel: entierement dans les nuages, sans rien y voir, on descend un chemin de pierre accroche a flanc de falaise. Le pavage est antediluvien, la route tres raide, on est accroches entre ciel et terre dans le brouillard. Le silence est complet, on entend la neige tomber. On croise de temps en temps des boliviens remontant le sentier, un troupeau de lamas conduits par des gosses pieds nus dans des sandales, ne laissant emerger que les yeux de grands chales de laine. Au bout de trois heures de neige, on etait assez bas pour qu’elle se change en pluie. Toujours dans le brouillard, on a vu reapparaitre les murets de pierre indiquant des champs, emerger les premiers buissons avec la baisse de l’altitude, puis quelques arbres barbus de lichens. Puis une vraie vegetation tropicale, et nous nous sommes arretes pour la nuit a Challapampa, au debut de la jungle. Nous qui avions choisi ce parcours pour se reposer et avoir chaud, on avait eu le choix entre neige, pluie, gresil et bruine sous le brouillard, descendant 2000m de denivele pendant 9h de marche. Rate. Et en plus, on a oublie une partie de notre nourriture a La Paz.

Les jours suivants il faisait beau, c’est a dire qu’il ne pleuvait pas. On a meme eu droit a quelques rayons de soleil, ce qui nous a permis de prendre plein de photos d’arbre et de vert. Et de plantes. Cela faisait 1 mois que nous n’avions pas vu un arbre digne de ce nom. Il y avait bien eu les queñuas pres du Sajama, mais ils font plus penser a de gros buissons ligneux. Le sentier est identique a lui meme: accroche a flanc de foret, boueux, herbu, parfois un arbre repoussant le dallage au milieu de la chaussee ou un ruisseau le choisissant comme lit principal. Tres raide de chaque cote, avec des murs de vegetation luxuriante. Pas facile de composer, de separer un sujet dans ce bazar. En macro, peut-être ? Il faut absolument que je me trouve un livre de botanique tropicale, c’est tres frustrant de ne rien pouvoir reconnaitre. Parfois des lamas ou chevaux paissent directement sur le sentier, parfois quelques tombes car nous sommes au seul endroit horizontal. Plein de cris d’oiseaux inconnus, de temps en temps un colibri deguerpit en froufroutant dans un flou d’ailes. Quelques arbres enormes et plus d’animaux: termitieres, un couple d’aras (ils avaient des remiges manquantes a la queue, le marsupilami avait du passer par la), des perruches bavardes. On apercoit plusieurs flamboyants, qui mettent une touche de rouge dans le vertical. On arrive a Choiro pour 13h, alors qu’un bus part pour Coroico. Coup de chance: il nous prend aussitot, on n’a meme pas le temps de se reposer de la journee. On y est plus secoue que transporte, mais on arrive a temps pour manger. On repart ensuite aussitot pour La Paz ou nous attend un resto argentin avec un excellent vin chilien.

Cet apres-midi, on part pour Copacabaña, le lac Titicaca et l’ile du soleil. A bientot.

Ah, et puis pour continuer dans la série ‘La Bonne, la Brute et le Truand’:

Sajama

Mercredi 15 août 2007 à 01:31

Nous etions partis pour le Sajama, le sommet le plus haut de la Bolivie: 6500m et des brouettes. Comme d’habitude, c’est une aventure rien que pour aller au village qui permettra d’envisager de peut-etre emettre l’hypothese de grimper eventuellement au sommet. On prend donc un car pour le Chili, qui nous deposera a Laguñas, sur le chemin. Il faut imaginer une enorme bestiole: 70 places au bas mot, sureleve, avec des couleurs vives et du chrome sur les roues, du genre qui fait trembler le sol autour quand il a le moteur au ralenti. Et un chauffeur. Psychopathe. Aiguille bloquee a 120 (sur l’ergot qui la retient parceque c’est dangereux d’aller plus vite), qui grille les feux rouges et klaxonne meme quand ils sont verts, on n’a pas regrette d’etre devant. En tout cas, dans les guides ils disent que le trajet se fait en 4h, 3h si le chauffeur est rapide, on l’a fait en 2h-2h30. Chapeau. Quand on enleve les mains du visage, le paysage est assez beau.

Bref, Laguñas, en bordure du Parc National Sajama, domine de toute sa taille par la calotte glaciaire dudit Sajama. A l’intersection pour aller au village de Sajama, nous nous essayons au stop, tout en raccomodant certaines affaires. Charmant tableau de couturieres au bord d’une route au milieu de nulle part: l’une raccomode ses guetres, l’autre son pantalon, le dernier la tente. C’est qu’il ne passe pas beaucoup de voitures: Arthur aurait pu rajouter de la dentelle a ses bas de jambe, et moi mettre des rideaux en crinoline a la tente. Au bout de 2h, une camionnette passe et accepte meme de nous prendre (ce qui fait un taux de reussite au stop en Bolivie de 100%, mais faut etre patient). On n’a rien sans rien: elle transporte des peaux de lamas a peine ecorchees et des foetus de lama momifies… Claire et moi nous entassons dans la benne, avec les sacs et le reste (une odeur inoubliable. Malheureusement).

Sajama, petit village plein de vent et de poussiere, regit par une doyenne qui nous dit exactement ou nous loger et ou manger. On arrive a planter la tente entre deux maisons, histoire de ne pas payer car on est un peu raides. Et on part pour les sources d’eau chaude du coin, dont Claire avait entendu parler depuis longtemps, elle reve d’avoir enfin un peu d’eau chaude (denree extremement rare en Bolivie, en general ca hesite entre tiedasse et carrement froid). Les sources seront tres bien: vaseuses, souffrees, avec de la vapeur qui monte et tout. On devait partir le lendemain pour le Sajama, mais finalement repos car Arthur est malade. Non, ne me demandez pas comment il fait.

Surlendemain, on decide de faire deux journees en une: au lieu de passer deux jours pour aller d’abord au camp bas, puis au camp haut, on fera les deux dans la journee. 1300m de denivele en tout, mais on a tous fait bien pire. On loue une mule pour le debut du trajet, un porteur pour la suite et c’est parti. Apres tout nous sommes acclimates et on regarde de haut les touristes qui partent avec un sac de 20 litres, deux porteurs chacun, un guide, une cuisiniere et 5 tentes. Mais en fait c’est une grossiere erreur: 1300m de deniveles dans les alpes n’ont rien a voir avec 1300m ici, entre 4300 et 5600m. Et avec un seul porteur, nous sommes trop charges.

La première partie vers le camp bas est longue mais se passe bien, progressant dans des bois de quenua, en compagnie des volcans jumeaux Parinacota et Pomerata, de l’autre côté de la vallée. La seconde, par contre… Honnetement, la montee finale a ete une horreur, je n’ai (nous n’avons ?) jamais fait un truc aussi violent, dans un pierrier infame, a s’arreter tous les trois pas pour reprendre sa respiration et essayer de ne pas vomir. Je me souviens avoir mis une heure pour monter la tente, a quatre pattes car si je me levais je tombais dans les pommes. Nuit penible: Arthur est toujours malade, Claire a attrape une angine et commence peut-etre un mal des montagnes: elle est désorientée, anxieuse, et veut redescendre alors qu’il est 2h du matin et fait -15 degrés. A 3h30 nous sommes tellement peu vaillants qu’on se recouche, on attend le soleil, on dejeune et on descend. Tant pis pour le toit de la Bolivie. Au passage, on croise deux touristes qui montent avec justement un sac de 20 litres (mais que peuvent ils bien mettre dedans ? C’est meme pas assez grand pour un de nos casse-croute), deux porteurs et un guide. Claire leur aurait volontiers plante une broche a glace dans le dos, par inadvertance. Et moi je l’aurai tournee en utilisant un piolet technique, car je suis quelqu’un de serviable.

Retour a La Paz le lendemain, on apprend qu’un autre groupe a mis 19h pour faire l’ascension du Sajama, leur progression etant tres lente a cause des penitents de neige (jusqu’a 1m). Et maintenant plus que 10 jours de voyage, a nous demander si on repart pour l’Illimani (qui est une bavante peut-etre plus dure que le Sajama) ou si on opte pour la solution ‘Doigts de pieds en eventail-Cocktail-Transat’ a Copacabaña…