8 jours plus tard…

8 jours de symbiose avec ma doudoune, mon duvet et mon bonnet. Je pense qu’apres ca, mes enfants naitront avec.

C’est qu’il ne fait pas chaud du tout, au camp de base du Condoriri. 4600m d’altitude, a cote d’un petit lac, des tas d’endroits amenages pour le bivouac. On s’en est meme trouve un a l’ecart des autres, avec coin cuisine, table et tabourets de pierre. La vue est imprenable, toutes les faces sont devant nous, platrees de neige, imposantes.

Premier jour, lever a 4h du matin par -10 degres, pour gravir le pic Illusion: un petit sommet pas dur a 5300m, juste pour nous faire les dents. Mais la deconvenue vient assez vite: il n’y a pas assez de neige ou alors sous forme de penitents, trop de glace pour pouvoir passer rapidement, Arthur et son piolet droit ne sont pas rassures, et nos deux uniques broches a glace nous regardent d’un air goguenard. Quand il s’agit de passer sur le deuxieme glacier, fort raide, nous ne pouvons pas faire de longueur avec deux uniques broches et aussi redescendons nous deconfits.

Second jour, nouveau reveil a 4h du matin, avec les sachets de the qui gelent quand on les pose sur la table de pierre. Cette fois ci nous partons pour le Pequeño Alpamayo, bardes de broches a glace et le piolet technique en bataille, pas question de se faire avoir une deuxieme fois. Longue remontee du glacier, avec quelques crevasses vertigineuses, et nous debouchons au sommet du Tarija. C’est le choc: le Pequeño Alpamayo est une impeccable pyramide de roc et de neige, avec une arete arachneenne menant au sommet. 50 degres de pente de neige sur l’arete, ne pas regarder a droite et ne pas penser tomber a gauche. On y est arrive. On en repart fourbus, on rentre au camp epuises, mais ravis.

Troisieme jour, repos. Evidemment, il y a plein de vent et il neige, on se pele correctement. Je deconseille le menu ‘Miette de Thon sur Charpie de Pain accompagne de Sauce Ketchup’ quand on est trois dans une tente un peu juste, a manger au-dessus des duvets, alors que le vent fait tout pour nous renvoyer a La Paz. Sauce Mayonnaise, c’est beaucoup mieux.

Le jour suivant, nous partons pour un camp d’altitude afin de gravir le lendemain la ‘Cabesa del Condor’, le sommet principal du Condoriri. Sacs de 20 kilos avec tente, rechaud et provisions. 3h de marche pour arriver au bivouac, avec entre autre le passage de la beaucoup trop bien nommee ‘Scree slope of Hell’. Une petite horreur de pente raide de graviers traitres et de cailloux mal degrossis, juste sous le glacier du Condoriri. A 5000m d’altitude, avec nos sacs trop lourds et nos haleines trop courtes. Mais nous parvenons enfin au ‘High Camp’: 5200m, une merveille de bivouac sur tables de pierre, expose au soleil couchant, avec une vue fantastique sur le Condoriri. Le bivouac ne vaut pas le detour, il merite le voyage.

Le lendemain, nouveau reveil a 4h, nous nous saturons de the et mangeons jusqu’a la nausee, et nouveau depart sous une lune tiree au cordeau. Pour le lever du jour, nous sommes sous le couloir qui nous menera a l’arete du Condoriri. Tres bonne surprise: on nous avait annonce le faire en 1h-1h30, nous sommes a l’arete en 20 minutes car les conditions de neige sont excellentes. Nous continuons sur l’arete, encore plus vertigineuse que celle de l’Alpamayo. Mais il ya trop de vent, il fait un froid glacial. Le passage cle: l’arete fait 40cm de large, avec 30 degres de pente, ce qui en soi n’est pas enorme. Mais de chaque cote, ce sont des pentes a 60 degres et 300m de vide. Ca revient a marcher sur une poutre en plein ciel, et a s’y dresser sur la fin pour franchir un mur de rocher de 2-3m de haut. Rien de tres difficile techniquement, mais tres impressionnant. Et le vent empeche toute velleite de passer debout. Claire s’y elance d’abord puis renonce. De mon cote, je suis tellement frigorifie que l’idee d’essayer ne m’effleure qu’a peine. Nous redescendons, en sautant quelques crevasses decidement bien beantes.

Nous passons le sixieme jour en repos, a maugreer contre le vent, les aretes de neige, nos incapacites notoires, la malchance (evidemment, les jour suivants sont absolument denues du moindre souffle de vent) et American Airlines.

Et nous revoici a La Paz, apres avoir redescendu notre camp en nous transformant en chevaux de bat. Nous devrions partir apres-demain pour le Huayna Potosi, considere comme le 6000m le plus facile du monde. Ensuite, vraissemblablement le Sajama et l’Illimani.

Par contre, il va falloir penser a contacter un mage vaudou pour de-marabouter Arthur, ou bien se rendre a l’evidence que Dieu existe, qu’il ne veut pas qu’Arthur fasse de la montagne, et entrer dans les ordres: non seulement nous n’avons toujours pas de nouvelles de son sac, mais il s’est fait une entorse en redescendant du camp de base…

Quelqu’un aurait un poulet noir ?

10 réponses sur “8 jours plus tard…”

  1. Sur la dernière image, vous pouvez voir l’arête finale de la ‘Cabesa del Condor’. On s’est arrêté un peu sous le ressaut rocheux, à peut-être 50m de dénivelé du sommet. Mais y’avait trop de vent pour passer debout peinard, Claire a failli se casser la gueule et donc a commencé à avoir peur, et moi j’avais tellement froid que j’avais du mal à tenir mes piolets. On est redescendus.

  2. Rien de tel que des trips dans la nature comme ca, et plus les conditions sont difficile, meilleurs sont les souvenirs.

    Putain ca devait etre magnifique.

  3. elpopo – Je suis marseillais. Mon père est un alpiniste en ayant fait énormément quand il était plus jeune, d’où l’imprégnation.

    S.wan, PopHip – Non, cela vous parait peut-être impressionnant car vous n’en avez jamais fait, mais ce n’est pas difficile. Ca demande d’être un peu entrainé, car physiquement c’est dur (surtout à cette altitude), mais je pense que vous en seriez parfaitement capable. En étant encadrés, évidemment. J’y reviendrai, mais nous n’avons rien fait de difficile: le but était de voir comment on allait se comporter face à l’altitude.

    Merci, pour les autres commentaires.

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