Retour du Tunupa

Jeudi 26 juillet 2007 à 02:08.

Vendredi matin, nous faisons connaissance avec trois bresiliens: deux grands parents (75 et 88 ans pour voyager, respect) et leur petite fille qui nous accompagneront sur le Salar. Depart en 4*4 et passage a Colchani.

Puis c’est l’entree dans un monde binaire. Il n’y a que les degrades de bleu du ciel et l’etendue blanche du sel, d’une planitude parfaite, d’une immensite telle qu’elle laisse apercevoir la courbure de la terre. Et puis le froid. Ce n’est meme pas un desert, c’est un neant. Comme si un dieu capricieux avait raye la geographie de la carte, il n’y a rien. De ce rien, le sel est exploite a la main pour 1 euro la tonne, dans des conditions de froid, de brulure par le sel et le soleil.

Nous parcourons cet autre enfer glacial jusqu’a l’ile d’Incahuasi. Le terme ile est bizarre mais approprie: nous n’avons jamais quitte le sol ferme, mais nous redecouvrons la terre. C’est une petite oasis volcanique ou poussent de grands cactus et des buissons d’herbes seches. Comme le Salar, c’est une abstraction de vie mais avec plus de variations. Tout est d’une beaute stupefiante, abstraite. Le regard porte loin dans l’air tres pur.

Nous en repartons pour notre destination finale: le village de Coquesa, ou nous allons passer 4-5 jours. C’est un hameau fantome, presque abandonne, mais nous avons l’excellente surprise d’y decouvrir un hotel de sel a peine construit ou nous serons tout seul (ou presque) pour les jours suivants. La famille qui le gere est adorable et nous depannera plus d’une fois. Coquesa est a la limite du Salar, sur les flancs du volcan Tunupa, separe du sel par une espece de lagune de goudron noiratre sentant le methane des plantes en decompositions. Le tout, avec les cristaux de glace et de sel, forme des structures inedites. Dans ce noir de goudron, entre le blanc du sel et le bleu du ciel, il y a meme des flamands roses.

A peine arrive, nous courons vers cette lagune pour prendre des photos lors du coucher du soleil. Malheureusement, ceci declenche chez Claire une violente reaction allergique. Elle avait mange de la peche en oubliant qu’elle y etait sensible. Heureusement, les seuls medicaments dont nous disposions etaient des corticoides (pure chance, j’ai oublie de les mettre dans le sac d’Arthur, que nous n’avons pas) et son oedeme s’est limite a la face: Arthur etait pret a baptiser mon Leatherman neuf par une tracheotomie. Mais elle nous a presente un visage de potiron larmoyant pendant presque deux jours.

A toute chose malheur est bon: emu, le chauffeur de 4*4 nous invite pour le repas du soir. Le lendemain, Claire pouvant presque y voir (mais la mamie bresilienne avait priee pour elle, ce qui explique son retablissement), nous montons au Tunupa pour y laisser du materiel de bivouac. Nous rencontrons un bolivien qui nous fait visiter les sepultures traditionnelles et nous rendons compte qu’a cause de l’air pur, toutes les distances sont faussees. Le volcan est en fait a presque 15 kilometres et a plus de 1400m de denivelle. Il presente une gueule beante, bariolee de soufre, herissee de dents, tartrees de neige. Redescente a la nuit tombee.

Le dimanche, repos: a cause des corticoides, Claire a attrape une tourista galopante. Nous marchons vers le village de Jirira, en rencontrant principalement des maisons abandonnees (hameau de Ayque) et des enclos detruits.

Lundi: nous montons tot au Tunupa, esperant le faire dans la journee ou bien dormir a flanc la ou nous avons laisse le materiel. Claire nous suit tant bien que mal mais tient bon. Finalement nous y montons, sur une crete rouge et jaune de soufre, gigantesque pierrier vomit par le volcan. Nous n’irons que sur cette pointe rouge, au bord de la gueule evasee. Les canines sommitales semblent faisables mais nous n’avons pas le materiel d’escalade necessaire. Et puis il commence a se faire tard. Arthur commence a ressentir un mal des montagnes: mal de crane, oppression respiratoire, nous descendons sans demander notre reste, descendant en courrant le pierrier instable. Rentree tard a l’hotel de sel, extenues.

Le lendemain, encore repos. Mercredi, nous nous entassons dans un car local faisant la liaison avec Uyuni. Il devait etre neuf dans les annees 70, on y est assailli d’odeurs lourdes, de regards curieux, on nous offre des feuilles de coca et du bicarbonate de soude. Le klaxon a un faux contact et vu les secousses, une roue doit etre voilee. J’ai a peine le temps de me coincer entre deux sieges que nous arrivons a Ayque, pour y assister a une fete de mariage. Qui l’eut cru, dans ce village ou nous avions a peine vu des vivants ? On en repart en retard, avec la plupart des hommes assez ivres. Mais le conducteur a l’air encore clair, et de toute facon rater un virage est de peu d’importance quand on roule sur une table lisse de 10 000 kilometres carres.

Arrivee tard a Uyuni, ou nous retournons dans le meme hotel. Le temps de rediger ce message, nous apprenons que le sac d’Arthur est vraissemblablement perdu. Il y avait pour plus de 3000 euros de materie dedans, personnel et commun. Il va falloir reflechir a ce que l’on fait ensuite.

16 réponses sur “Retour du Tunupa”

  1. Note: Claire a vraiment été très malade, d’une part à cause de son oedême et de l’autre à cause de sa tourista (les corticoïdes sont immunosuppresseurs, tu attrapes n’importe quelle saloperie). Mais elle a vraiment tenue à nous accompagner au volcan. Elle a donc fait 1500m de dénivelé et 15 kms dans une journée, alors que cela faisait 2 jours qu’elle n’avait pas dormi (elle allait aux toilettes toutes les 1/2h, y compris la nuit), ni mangé, et complêtement déshydratée par la diarrhée. Quand on est rentrée sur Uyuni, elle s’est aperçue qu’elle avait perdue 6 kilos en 5 jours…

  2. Magnifiques photos (j’aime particulièrement la 2, la 6 et 7ème photo), et niveau dépaysement pas mieux que moSk.
    On doit véritablement se sentir libre avec un bol d’air pur pareil.

  3. Les photos du désert sont assez magnifiques , et je ne peux qu’appuyer les deux du dessus, pour le dépaysement , on doit difficilement faire mieux.

    Alors la coca, c’est bon ?

  4. G.UNIT – Je sais pas trop ce que tu entends par ‘libre’, mais le truc qui m’a le plus frappé dans le Salar, c’est à quel point c’est inhumain. C’est invivable, intenable, tout y est agressif: le froid, la lumière, le vent. Rien ne peut vivre au milieu du sel, on voit quelques oiseaux sur les ‘îles’ et évidemment il y a de la vie sur les bords. C’est d’une beauté inhumaine, une abstraction complête. Ca ressemble un peu à la minéralité des jardins zen, mais à une échelle hallucinante. Une fourmi au milieu d’une autoroute doit ressentir ça.

    PopHip – Ah oui, les infusions de coca, c’est très bon. Un peu comme un thé vert, en plus doux/sucré, et ça te réveille comme un café. Les feuilles directement dans la bouche, j’ai pas trouvé ça fantastique, mais j’ai pas du en mettre assez. Les Boliviens s’en mettent une trentaine de feuilles contre la joue, moi j’ai du rester à 5.

    JeanbOb – Merci. Mais ce voyage était l’année dernière, en fait, je peux te dire que ça s’est bien fini 🙂

    raiden – Ah bah non, tiens, j’ai pas.

  5. T’a rien de mieux a faire que de nous montrer les (splendides) photos que tu es allé prendre à l’autre bout du monde alors qu’il y’a des débats constructifs sur l’usage des scripts dans TF2 qui n’attendent que ton avis !

    Enfoiré !

  6. C’est genre de trip que je voulais faire en Alaska, mais j’etais le seul de la bande que cela interessait (sans escalade, cependant).
    J’y retournerais !

  7. @Syla
    Par libre, j’entends te sentir seul au monde. On doit se sentir tout petit dans les montagnes et sur l’étendue de sel.
    Vraiment surréaliste comme paysage.

  8. Syla, c’est excellent, j’apprécie ton blog ( qui est un vrai blog intelligent )

    Je vais rester dans le mercantile, car aller a l’altiplano fait parti de mes objectifs "proches".
    Une idée de prix pour 15 jours dans la zone à faire de la nature, un peu d’archéologie et tout sauf de l’hotel à piscine ?

    Merci pour tout et continue comme ca.

  9. Suppaman – Si tu loges dans des petits hôtels pas terribles et mange aux cantines/restaus des gens ordinaires, c’est très peu cher. Pour te donner une idée: en restant 1mois et demi, le séjour nous a couté 300 euros par personne… Le billet d’avion est très cher, par contre (on avait payé 1400 euros par personne, et pas trouvé moins. Mais peut-être auras tu plus de chance).

  10. Moi je venais de passer ma thèse, et j’ai pris plein de vacances avant de partir au Japon pour mon post-doc. Arthur avait arrêté son boulot de médecin car il voulait partir faire un tour du monde à vélo et Claire venait de passer son internat de médecine, donc elle avait de grandes vacances. En l’occurence on pouvait partir un mois, en raclant tous les jours qu’on a pu on est partis 5 semaines. On a pris les billets d’avion, et c’est en Bolivie qu’on s’est aperçus qu’on s’était trompés: on avait pris le billet de retour presque une semaine trop tard… Donc 6 semaines en tout.

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