Keitai

Ca progresse. Si un de ces soirs, vous passez par la Yamanote entre Shinjuku et Ikebukuro, vous pourrez constater que je m’améliore en SMS japonais. Avec mon sac à dos, coincé dans la foule. Mon téléphone dans une main et mon dictionnaire électronique dans l’autre, le stylet coincé entre deux dents. Ca fait longtemps que j’ai cessé de me tenir dans le métro. J’espère que le jour où il y aura un arrêt brutal, mes voisins seront compréhensifs.

Déjà qu’en français j’étais une sacrée tanche en SMS, en japonais ça demande vraiment toute ma concentration. Heureusement que les trajets sont parfois longs. C’est encore pire quand je réponds à Kaori: elle met des smileys qui ont valeur d’adjectifs, des smileys qui ont valeur de smileys, elle ne conjugue aucun verbe ou presque et elle rajoute du langage de fille histoire que je le répète et qu’on se paie ma tête (la peste).

Le matin vous pouvez me voir aussi, dans le même train. mais là il y a des places et je dors. J’ai d ‘ailleurs fait mon premier rêve en japonais, c’était assez perturbant. Un peu comme rêver en boucle ‘Les chaussettes de l’archiduchesse sont elles sèches ou archi-sèches’…

Temps fantaisiste sur lignes géométriques

Au coeur de Shiodome, aux lignes de béton réhaussées de verre froid, il y a une anomalie d’horloge.
Dessinée par Miyazaki, montée sur pattes de poulet comme tout conte russe qui se respecte, une aberration kitsch et art nouveau. Peuplée de petits personnages s’animant pour compter les heures, de machines fantasques. Ca cliquette et ça tremblotte, ça fume par de sombres trappes béantes.

Elle m’a déçu: elle indique l’heure, malheureusement la vraie.

Du béton au fil de l’eau

A Asakusa, il est possible de prendre le bateau jusqu’au Hamarikyu-Teien ou même Odaïba. La ballade en vaut la peine: c’est un moyen de voir Tokyo avec un peu de recul, de naviguer entre les îles toutes artificielles. Un esprit chagrin déclarerait que ce n’est qu’une nouvelle perspective sur le béton. Mais cela permet d’avoir un prétexte pour aller reprendre un thé sur le lac d’Hamarikyu.

Sanjya Matsuri [videos]

Pendant trois jours et en partie sur le week-end, c’était le grand festival d’Asakusa. Un des plus grands du Japon, c’est à dire que le terme ‘surpeuplé’ n’est même plus un euphémisme, c’est une galéjade. Mais l’ambiance est très sympa: plusieurs groupes transportent des temples portables sur leurs épaules (plus de 100 en tout) et parcourent le quartier. La phase décisive est devant le grand temple d’Asakusa: il s’agit de brandir son Mikoshi à bout de bras et le plus synchronisé possible (sinon, ça tombe). Je suppose qu’il y a des notations pour élire les meilleures porteurs.

Le tout dans un brouhaha euphorique et joyeux, tout le monde voulant aider à porter les mikoshis. En général, passé une certaine heure et l’alcool aidant, c’est de plus en plus enthousiaste. On retrouve ensuite tout ce petit monde perdu dans le quartier, et tous ces gens enkimonés donnent une ambiance irréaliste à Tokyo.

(Hop, voilà ! Désolé pour la seconde, j’étais derrière un pilier mal placé.)

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Souriez !

Je fais beaucoup dans la photo de groupe, en ce moment…

Toujours des astrocytes, hippocampe de rat, marquage sulforhodamine, parfois on voit la pipette d’enregistrement de champ.

Echelles: 100 ou 20 micromètres.

Gaku

Un truc qu’on n’imagine pas (ou en tout cas, que je n’imaginais pas), c’est que la production de manga étant tellement énorme au Japon, on trouve des mangas pour tous les goûts. Mais vraiment tous les goûts, y compris les plus borderlines.

Et j’ai trouvé un manga pour grimpeurs et alpinistes \o/
Oui, pour les trucs vraiment borderlines, je vous laisse chercher, le net en est plein.

Ca s’appelle ‘Gaku’ (‘Sommet’), c’est un délice de clichés et de situations invraisemblables et rigolotes. Le héros (Sanpo), fringant alpiniste et grimpeur émérite, ne peut faire un pas en montagne sans sauver une famille d’un éboulement, un gars tombé dans une crevasse, une cordée en péril sur l’arête connue pour être très difficile et même les sauveteurs partis sauver ladite cordée en péril. Pas forcément dans l’ordre, mais toujours avec fringance.

Les épisodes sont assez courts (y’en a 3-4 par bouquins) et se déroulent un peu tout le temps de la même façon:

Première scène: Situation difficile, par exemple un gars est tout seul sur un glacier, c’est l’après midi, la neige est molle. Par une série de flashbacks, on apprend qu’il a absolument voulu faire son sommet malgré son second de cordée malade et qui n’est pas venu, qu’il s’est perdu d’où le retard, qu’il est au bord de l’épuisement et que sa petite amie l’attend à la maison, paralysée d’angoisse.

Seconde scène: A cause de la fatigue, il ne prend pas garde qu’il marche sur un pont de neige au-dessus d’une crevasse, la neige molle cède et il tombe dedans. En général, il se retrouve coincé au fond après une grosse chute, vivant mais une jambe inutilisable, le froid le saisit, il pense une dernière fois à sa petite amie et hop une case noire.

(Une page de pub)

Troisième scène: Il n’était pas encore mort ! Un bruit soudain le sort de sa torpeur. Un bruit venant du bas. Mais qu’est ce donc ?

Quatrième scène: Et c’est là qu’on voit apparaitre Sanpo, venant d’encore plus bas dans la crevasse, l’oeil fringant, le cheveu rieur et le sourire en bataille, qui avait fortuitement décidé de s’entrainer à faire de la cascade de glace au fond d’une crevasse et en solo.

Cinquième scène: Sanpo finit (brillamment) son ascension en solo, et moufle notre pauvre apprenti montagnard, le voilà sauvé. La petite amie à la maison pleure toujours, mais finalement elle reprend espoir.

Sixième scène: Série d’explication de pourquoi il faut se lever tôt en montagne pour la qualité de la neige, toujours avoir un second, et savoir rebrousser chemin plutôt que se mettre en danger.

J’aime beaucoup.

La route va être longue…

Sachez que Tokyo est la ville contenant le plus de restaurants étoilés au monde (si si, devant Paris). Et que par exemple, Joël Robuchon (élu ‘Chef du Siècle’ il y a quelques temps) y a un restaurant tout a fait alléchant à Roppongi ( ‘L’Atelier’, au pied de la Mori Tower, ce n’est même pas vraiment cher. Enfin, c’est cher, mais moins que je m’y attendais. Bref, je me cherche tout doucement des excuses pour aller y faire un tour…).

De plus, les extérieurs à Tokyo sont en général pas terribles, à part dans ou en bordure de parcs. Et il pleut tout le temps, ce qui n’aide pas pour les déjeuners en terrasse. Evidemment, ils ont du coup privilégié les intérieurs de bars et de restaus, et ils sont plutôt forts dans le domaine. C’est bien simple: il est parfois impossible de savoir l’atmosphère dans laquelle on ca se retrouver.

Par exemple, Hinomiya à Shibuya, l’escalier est étroit et raide, on manque de se casser la figure, et au pied on se retrouve sur des dalles au milieu de l’eau. Avec des poissons rouges nageant nonchalament à ses pieds. L’Izakaya d’à côté (j’ai oublié le nom), la porte fait 1m50, il faut se casser en deux pour pouvoir entrer et l’intérieur est très sombre. On descend des escaliers et on s’aperçoit qu’en fait c’est gigantesque, avec plein de rires émergeant de petites salles.

Bref, tout ça pour dire que j’ai décidé un grand marathon de bars à ambiance, en commençant par un bar sous marin à Ikebukuro. Encore très sombre, ambiance bleutée due à tous les aquariums sur les murs, plein de cocktails à essayer. On a commencé au champagne, car on fêtait l’arrivée d’un nouveau.

Prochaine étape: le restaurant où on mange au mileu d’une forêt de bambous. Y’a aussi le bar Vampires gothiques, Alcatraz, plein ! Bon, le ‘Princess Heart’ on va éviter tout de même: trop rose à mon goût.

La route va être longue, mais ne vous inquiétez pas pour moi: je sens que je vais gérer. Quand La Teigne est partie, on a fait tous les restos du quartier. Pendant un mois, tous les soirs ou presque. On a fini très fatigués et très pauvres, mais ça c’est du souvenir.

Kodo

Vous vous souvenez peut-être de mon enthousiasme pour le taiko depuis janvier dernier. Je n’ai malheureusement pas le temps de m’y mettre, mais je persévère dans la découverte de la membrane avec grosse résonnance.

Après le conseil de je ne sais plus qui ici (Heuu, MaloneXI si je me souviens bien, qu’il en soit remercié), nous sommes allé voir ‘Kodo: One Heart Tour in Japan’ ce dimanche (il ya à peine quelques heures, en fait). A neuf d’entre nous, car j’aime bien prendre toute une rangée de sièges quand je me déplace pour un spectacle.

Ce fut grand.

Une salle qui parait grande mais en fait juste assez petite pour que, même au fond, les côtes vibrent aux coups les plus sourds. Je n’ose imaginer les acouphènes de ceux des premiers rangs.
Moins athlétique que Wadaiko Obiki mais toujours très impressionnant. Parfois une symétrie parfaite, rejoignant la synchronisation entre joueurs. Des changements brusques de rythme ou d’instruments, des décrochages de tension, des surprises auditives. Je n’aurais jamais imaginé que l’on puisse produire des harmoniques avec un tambour, par exemple.

Toujours très physique: il faut les voir donner les coups, le gars en pagne que vous pouvez voir dans la vidéo, j’ai vraiment cru qu’il allait nous faire un anévrisme tellement il semblait épuisé.

Lien vers la vidéo, ils n’acceptent pas la redirection…

La Folle Soirée

‘La Folle Journée au Japon’, c’est une série de concerts de musique classique qui se déroule au Tokyo Forum (c’est à dire ), tous les ans, lors de la Golden Week (c’est à dire maintenant tout de suite moins quelques jours pour le début). Thème de l’année: ‘Schubert à Vienne’, avec donc du Schubert (facile à deviner), du Mozart et du Beethoven (plus quelques autres qui n’entreront pas dans la postérité (relative) de ce blog du à ma mémoire défaillante). Le nom est en français, et la majorité des musiciens sont français de même. L’année dernière, ils avaient accueilli plus d’un million de personnes en 4 jours, là ils en attendent encore plus. On peut donc estimer que c’est un succès. Pour me justifier de publier un tel article sur un tel site, j’ajouterais que le ‘Ave Maria’ de Shubert est la musique que vous pouvez entendre dans ‘Hitman’ (Interprétation par Ellen Dritter Desang dans le dernier Hitman, si je me souviens bien).

Nous voilà donc partis ce vendredi soir pour deux séries de concerts. Tout d’abord du Schubert, interprété par l’orchestre philarmonique de Poitou-Charentes (si si, dit comme ça ça ne fait pas envie, mais en fait ils jouaient bien). J’aime bien les orchestres de musique classique. Tous ces gens réunis pour tenter de produire quelquechose de beau, ça me donne confiance en l’humanité. Et je suis sur que c’est une reproduction miniature d’une société humaine, avec tous les travers et les arrangements. Il me semble évident par exemple qu’il doit exister une haine farouche entre les cuivres et les cordes. Les uns ont l’avantage de la puissance, les autres compensent par le nombre. Et même parmi les cordes, il doit y avoir des jalousies terribles entres les possesseurs d’instruments de tailles diverses. Genre ‘Ok tu as la plus grosse, mais histoire que tu la ramènes moins on t’entendra à peine. Et tu seras tout seul.’ Ou bien est ce que la taille de l’instrument augmente avec l’expérience de l’instrumentalisme ?

Si on rajoute qui couche avec qui, ça devient franchement rigolo. Il y a évidemment une union tragique entre le jeune violoniste timide et la petite harpiste. Du genre à créer un déshonneur familial pour plusieurs générations à venir. Je me demande comment ils arrivaient à tenir un orchestre, du temps de Goethe. Une fausse note ou un regard de travers et paf, deux suicides (pendus avec une corde de piano, je suppose). Heureusement que la musique n’est pas génétique, car l’espèce se serait éteinte à cette époque.

Et au milieu de tout ça, il y a un excité qui s’agite beaucoup mais qui ne produit pas un son. Le plus marrant, c’est que je ne sais toujours pas si le résultat est beau grâce ou malgré lui. Parcequ’il doit forcément avantager certains groupes, y’a qu’à voir comment il agite les mains. Et qu’il veut se taper la première violoniste: il n’arrête pas de la mettre en avant…

Mais bref, c’était bien.

Et après, c’était le Concerto Numéro 5 ‘Empereur’ de Beethoven. Un concerto qui cloue au siège dès la première note. Où l’on ne respire que parce que Ludwig Van B. l’a bien voulu.