Les Vazahas gris

C’était il y a longtemps maintenant, mon premier voyage loin et long. Parti avec un ami pour faire de l’escalade, pour tâter le granit de chez eux sur 800m de paroi. J’étais aux anges, sur un nuage, de cette euphorie guillerette de la découverte des nouveaux pays et de l’éloignement d’avec tout ce que l’on connait.

On s’était un peu perdus dans une ville portuaire de la côte est, arrêtés au seul restaurant ouvert tard ce soir. A un moment, l’ami avec qui j’étais me dit ‘Retourne toi discrètement et regarde qui arrive…’. Est entré alors une tablée d’européens, vraissemblablement français car on est nombreux dans ce pays, chacun accompagné d’une prostituée locale. C’était le spectacle dont j’avais souvent entendu parler: l’européen dépassant la cinquantaine, en général gros et moche, transpirant de vulgarité physique et verbale. Accompagné d’une fille bien plus jeune, majeure mais pas de beaucoup, qui serait sans doute jolie si elle n’était pas trop maquillée.

C’est alors que j’ai pu connaitre la honte à en vomir. Honte à regarder uniquement son assiette en essayant de ne pas comprendre leurs propos écoeurants, honte à imaginer que l’on pourrait oser nous comparer. Et comment leur en vouloir de ce possible amalgame, ils étaient d’une proximité effrayante. Ils auraient pu être nos pères, ils pourraient être nous dans 30 ans. Honte d’imaginer que la seule chose qu’ils connaissaient de notre pays, c’était ça.

On est partis sans mot dire et sans leur casser la gueule, même si l’envie ne manquait pas. Mais ça n’aurait rien arrangé, de toute façon. En en discutant ensuite avec un autre ami, celui-ci me dit « Nous les avons appelés ‘les Vazahas gris’. Gris parcequ’ils sont ternes et seuls. Vazahas parceque c’est nous ».

12 réponses sur “Les Vazahas gris”

  1. Je rebondissais sur un post précédent de Fishbed, disant qu’en effet, selon les étrangers que tu rencontres, tu peux être plus ou moins bien perçu. C’est plutôt ça, qui est important: ‘Comme sommes nous perçus ?’. J’avais commencé par le ‘bon côté’, j’en présente maintenant un très négatif. Mais c’est vrai que comme ça doit le 3ème ou 4ème post, ça doit commencer à paraitre obsessionnel (merci d’avoir édité, d’ailleurs :]).

    Ensuite je ne sais pas quelle perception tu as des voyages, mais dès que tu rencontres de gens qui n’ont rien à voir avec toi, que tu commences à discuter, tu commences par ça. C’est la seule connaissance qu’ils ont de toi (et inversement), ces préjugés. Donc ils te demandent: (Est ce que c’est vrai que…, etc…). En Europe c’est très faible, car on a tous une bonne connaissance géographique et une bonne éducation. Dès que tu vas dans des pays vraiment reculé, c’est flagrant.

  2. J’avoue comprendre cette obsession. J’entrepose souvent ce genre de songes dans mon bol de pensine. J’attends d’ailleurs un convertisseur pensine->article de blog avec impatience.

    Jolie paroi, tu mets combien de temps pour le sommet ?

  3. Clair, ne te prend pas la tête sur les préjugés, il parait que c’est un coup à finir parano quand on est expat. Même si tu as plutôt l’air d’avoir la tête sur les épaules, ceci dit.

  4. Ces prejuges sont malheureusement quotidiens a l’etranger. De plus etant le plus souvent un "expatrie isole" (si j’ose appeller ca comme ca) on se compare et jauge souvent par les rares "autres" que l’on croise.
    -"suis’je mieux? Es’ce que je presente bien? etc…"

    C’est difficile a exprimer finalement.

  5. Oui, c’est quel pays ?
    Parceque moi aussi j’aimerais bien y aller pour me trouver une petite a grimper.
    Une paroie hein, bien sur … je me suis mis a l’escalade il y a 6 mois.

    Et aprés avoir montée une paroie, je m’y taperais bien une pute underage.

  6. J’ai vécu un peu plus d’un an au Mali et c’est une scène que j’ai vu souvent, avec des hommes et aussi
    des femmes.

    Maintenant, c’est facile d’être dégouté et d’avoir envie de leur casser la gueule, sutout quand on est jeune, mais je pense que la réalité est un peu plus complexe.

    Imagine que tu te balades à St-tropez et que tu vois une bimbo de 20 ans au bras d’un vieux beau de 60. Est-ce que tu as autant envie de vomir et de lui casser la gueule ? C’est pourtant exactement la même chose même si les modalités de paiement ne sont peut être pas les mêmes.

    Je me souviens d’avoir lu un livre (dont j’ai oublié les auteurs et le titre malheureusement) très intéressant à ce sujet. Il s’agissait un travail de sociologues, au Mali justement, qui étudait les moeurs des habitants dans le but d’adapter les programmes de prévention du SIDA. Ce qu’il démontrait c’est que le sexe a toujours été une valeur marchande surtout dans les société pauvres. Quand l’européen est arrivé, il n’a pas corrompu les "sauvages" innocents, il a fait monter les prix. L’homme blanc n’a pas inventé le vice, il a juste inventé la méthode.

    Je n’excuse ni ne cherche à justifier leur comportement mais le sexe est une valeur très importante de notre société. La "libération" sexuelle l’a fait passer pour un acquis social, le sexe gratuit pour tous, alors que ce n’est pas vrai. Pour ces français cinquantenaires et gras, le sexe est devenu hors de portée au pays. Comme le dit ton ami, ils sont seuls. Puis, ils arrivent à Mada, à Bamako ou ailleurs et ils deviennent comme des Eddie Barclay à St-tropez.

    Sur le même registre, je te conseille le roman Plate-forme de Houellebecq. OK, c’est du Houellebecq, c’est porno mais il développe certaines idées intéressantes.

  7. -V-, aliocha, KaKeK, TheHunter, G.UNIT – C’est la falaise du Tsaranoro, à Madagascar. C’est au sud de Fianarantsoa, une dalle de granit raide comme un immeuble. On a fait une voie de 600m en 10-12h, mais ça a été épique: on s’est pris un orage, on s’est perdus dans la jungle… Je raconterai ça un jour, peut-être.

    Monsieur_Paul – Intéressant, merci pour l’intervention.

  8. C’est très bien narré Syla, tu as une belle plume.

    Et que dire sinon qu’on est tous passés par là… Enfin j’ai jamais eu vraiment envie de leur casser la gueule, ils vivent leur vie – mais je ne me suis jamais trouvé beaucoup de goût pour l’étalage sans vergogne du decorum néo-colonialiste. Je vais pas en Chine, en 2005, pour me sentir à Macao en 1905 – et pourtant parfois ^^
    Au début j’ai cru que c’était du au fait que je suis à moitié chinois, et que donc j’avais plus de scrupules à voir "les miens" se tortiller le cul pour un sac à main ou un portable sous les yeux des "autres miens". Mais en fait non, je suis Français de France, je suis juste émotif, et surtout on est juste pas fait du même bois, voilà tout. De là à dire que je saurais échapper à la tentation à leur place, si j’avais 40 ans de plus, je voudrais pas parier dessus. Autres temps, autres moeurs, et surtout autres expériences, je ne peux pas leur en vouloir. Lorsqu’on a plus que ça à quoi se raccrocher, et qu’elles ne s’en plaignent pas elles-mêmes – car enfin leur condition est plus enviable que tout ce qu’elles pourraient faire avec ce qu’elles ont – alors bon, qui suis-je pour les condamner… Je ne cautionne pas, je n’apprécie pas, ça me dégoûte, et pourtant en mon for intérieur, je ne puis pas me mentir: je les comprends. Et si je n’aime pas ça, je n’ai qu’à tourner les yeux vers le billard ou changer de bar, après tout, la Chine c’est grand, et si c’est leur dernier réconfort…

    Comme je le dis souvent à mes amis, être le plus jeune et le plus pauvre des expats vous garantit de trouver plus facilement les femmes les plus intéressantes – pour les autres, celles du string, des talons et de la palette crayola à la place du visage, plus tu es gras, plus tu es vieux, et plus t’allonges les bouteilles de Jack sur le comptoir, plus t’en auras – et souvent deux en même temps…
    Ensuite ne demande pas au Chinois qui balaie d’avoir le moindre respect pour des gens de ton espèce – l’espèce des laowai. Mais au moins, quand tu parles chinois, ça fait déjà un truc que tu n’as pas en commun avec eux ^^

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