[Test] X-Morph : Defense – Enfin la relève de Defense Grid ?

Le meilleur tower defense PC, Defense Grid, n’est plus tout frais. Sorti en 2008, DG (dont, honteusement, je n’ai jamais parlé sur ce blog) proposait des chiées de maps, de succès, un système d’upgrade de tour ultra-basique mais efficace, et une difficulté oscillant entre le facile et l’abominablement dur. Le jeu mélangeait maps dirigistes et maps au placement libre, où il était possible de créer le labyrinthe grâce au placement des tours. Bref, c’était parfait.

Et depuis, plus rien. Je n’ai jamais réussi à retrouver ce mélange parfait de fun et de challenge. Même Defense Grid 2, paru en 2014, faisait pâle figure à côté de son aîné, avec son contenu faiblard. Dans l’intervalle, j’ai essayé des tonnes de tower defense sur PC dont j’ai oublié le nom (et j’ai la flemme de fouiller ma liste Steam), mais aucun n’était à la hauteur de l’illustre maître. Et puis, en août 2017, X-Morph Defense.

Derrière ce nom ridicule se cache le meilleur TD PC de ces dernières années. Habile mélange de manic-shooter et de tower defense, le jeu propose un gameplay à la fois accessible et frénétique. Vous incarnez un vaisseau alien chargé de protéger l’habituel cœur, chargé de pomper les ressources de la Terre. Les maps sont dirigistes, vous ne pouvez que rarement altérer le trajet des ennemis par le placement de vos tourelles. Toute votre stratégie doit donc reposer le choix des tourelles en fonction des vagues en approche. En effet, les ressources sont très limitées dans X-Morph, vous devrez donc, entre chaque vague, vendre des tourelles pour en racheter d’autres, plus aptes à contenir le prochain flot d’adversaires en approche.

Les environnements sont destructibles et vous pouvez détruire les plus gros immeubles pour modifier le trajet des ennemis.

L’aspect shoot est loin d’être anecdotique bien que tout à fait accessible aux néophytes du manic-shooter comme moi. Vos tourelles ne suffiront jamais à arrêter l’entièreté des ennemis, vous devrez donc copieusement massacrer « à la main » jeeps, tanks, exosquelettes et autres forteresses volantes que l’armée humaine enverra pour vous contrer. En fin de partie, il n’est pas rare que l’écran soit recouvert de projectiles. Heureusement, il est possible à tout moment de passer en mode Fantôme, ce qui rend votre vaisseau invincible et vous permet de placer des tourelles. Le jeu ne se met toutefois pas en pause durant ce laps de temps. Une partie se résume donc à un échange permanent entre mode Fantôme et combat acharné.

Le jeu est en effet très difficile (du moins jusqu’à ce que l’on comprenne que la tourelle laser est la seule réellement efficace) et les parties sont très longues, de 30mn à une heure par map, pour seulement 6 vagues d’assaut. Heureusement, le jeu sauvegarde votre progression entre chaque vague, vous permettant ainsi de faire une pause ou de recharger votre partie en cas de problème, si jamais vous visez la médaille d’or.

Les tank-DCA sont une vraie plaie : en plus de vous tirer abondamment dessus, ils lâchent des troupes au sol si vous ne les achevez pas assez vite.

Techniquement, le jeu est très beau et les environnements variés, chaque map vous emmenant dans un pays différent. Le framerate est constamment fluide y compris lorsque le chaos à l’écran est total, exception faite de la première map du DLC fraîchement sorti, qui souffre parfois de vilaines baisses de framerate…

Alors, X-Morph, digne successeur de Defense Grid ? Si le jeu est indéniablement d’une qualité largement supérieure aux autres TD que j’ai pu faire depuis la sortie de DG, il n’en égale pas pour autant ce dernier. En effet, avec ses 15 maps (+3 avec le DLC European Assault à 5€), le nouveau venu est bien loin d’égaler Defense Grid et ses plus de 40 maps (!), toutes jouables en mode Reverse et avec divers challenges (un seul point de vie pour le coeur, par exemple). Dans X-Morph, point de modes de jeu alternatifs : une fois la médaille d’or obtenue sur une map, vous n’aurez aucune raison d’y remettre les pieds. Autre défaut du jeu : le manque énormément de… tourelles. Alors que Defense Grid proposait 10 tourelles au fonctionnement très différent permettant de mettre en place différentes stratégie pour une même situation, X-Morph ne propose que 8 tourelles… dont 3 sont une variante de tour anti-aérienne à modifier en fonction des ennemis volants que vous aurez à affronter ! Autrement dit, , le jeu ne propose, en dehors de sa tourelle de base, qu’un mortier, un lance-flamme et un laser. Ce dernier étant, et de loin, la tour la plus efficace. De plus, le jeu ne propose aucun système d’upgrade des tourelles. Les parties se résument donc généralement à concevoir le chemin le plus long pour les adversaires à l’aide de tourelles de base pourrave, en attendant d’avoir assez d’argent pour créer un nid de tourelles laser.

Un bon gros tas de tourelles laser près du cœur, la recette du succès. Ne vous fiez pas aux screenshot, le jeu propose une lisibilité irréprochable même en pleine action.

Ne vous laissez pas abuser par le dernier paragraphe, X-Morph Defense est un EXCELLENT tower defense dont je vous recommande l’achat et dont les ventes ont été injustement basses d’après Steam Spy. Gardez simplement à l’esprit qu’une fois la médaille d’or obtenue sur chaque map (ce qui m’a pris 25 heures), la rejouabilité du jeu est très faible malgré la présence bienvenue d’un mode coop (en local uniquement et avec manette obligatoire), et que les stratégies de victoires sont toujours les mêmes (un gros tas de tourelles laser près du coeur !). Le premier DLC est de qualité mais lui-aussi assez maigre en contenu.

Et sinon, vous avez 150h de gameplay devant vous pour le même prix (19€) avec Defense Grid et tous ses DLC.

Lire, voir, écouter : ajout de podcasts !

MAJ : Quatrième mise à jour. J’ai rajouté masse podcasts qui je l’espère vous intéresseront.

Les amateurs de contenus politiques/économiques/sociaux enrichissants trouveront ci-dessous ma petite sélection de trucs à voir et surtout à écouter. Des contenus de vulgarisation uniquement, mais qui ne sacrifient pas la profondeur, l’idéal pour les néophytes. N’hésitez pas à partager vos propres sources d’informations et d’anarcho-gauchisme dans les commentaires.

Podcasts :

Radiokawa
La référence francophone du podcast ! Vous connaissez probablement déjà Radiokawa, qui produit des térachiées de podcasts en français et sur tous les sujets possibles et imaginables : jeux vidéo, littérature, cinéma, sexe… La qualité de production est irréprochable.

Arte Radio
Le site Arte Radio propose plus de 2000 podcasts (souvent format court) sur des sujets très variés. Tous ceux que j’ai écouté étaient de qualité, par contre l’interface du site pue-la-merde, donc il faut se laisser guider par le hasard pour tomber sur des petites merveilles qui vous intéressent. Ci-dessous, une sélection de deux podcast produits par Arte Radio.

Le Tchip
Un podcast afro intéressant qui parle de racisme et de culture noire.

Mycose the night
Un podcast féministe animé par une journaliste et une comédienne, avec pas mal d’humour, un gros travail d’écriture et de montage.

La poudre
Un podcast féministe de grosse qualité. Le ton est très posé et fait un peu bobo parisien, mais cela n’empêche pas la radicalité des propos de certaines invitées et de l’animatrice. La qualité principale du podcast est la très grande diversité des invités, qui sont toutes des personnalités (autrices, politiques, cinéastes…).

Quoi de meuf ?
Un autre podcast féministe produit par Nouvelles écoutes (comme La poudre). Peu de numéros pour l’instant mais c’est très intéressant.

The Why « Le Poukwa »
Mon gros coup de cœur podcast, ce podcast afro est génial pour le blanc que je suis : j’apprends plein de choses et je rigole beaucoup. Et en plus c’est très long format, donc j’adore. L’animateur et l’animatrice parlent de leur vie, de musique, d’actualité…

Thé noir
Un podcast afro animé par 3 femmes, c’est intéressant mais la qualité sonore est malheureusement discutable.

Les couilles sur la table
Un podcast féministe dans lequel l’animatrice reçoit une personne, homme ou femme, personnalité ou nobody, pour parler d’un sujet lié aux masculinités pendant 30mn. Grosse qualité.

Vidéos :

Thinkerview
Un collectif de hackers (apparemment) qui interroge des invités extrêmement divers, sur un ton assez libre : journalistes, barbouzes, hauts fonctionnaires, politiques… Il faut supporter le présentateur qui se la raconte grave face à bon nombre d’interviewés, sans pour autant remettre en question beaucoup de bullshit que ces derniers balancent parfois, mais les vidéos de cette chaîne restent appréciables.

Histony
Co-auteur de Dany Caligula (voir plus bas), Histony propose des vidéos d’histoire plus politiques et plus longues qu’un Nota Bene, par exemple. Malheureusement, son rythme de production est terriblement faible.

Henri Guillemin
Personnalité peu commune que cet Henri Guillemin, attaché culturel français en Suisse jusqu’en 1962 et décédé en 1992. Critique littéraire et passionné d’histoire, catholique de gauche, il s’attache à reprendre systématiquement depuis zéro les histoires de personnages ou d’évènements illustres (« Je travaille document sur document, » déclare-t-il). Il donne à voir une Histoire généralement peu commune avec l’Histoire officielle, et démontrera à de nombreuses reprises que la politique extérieure d’un pays est souvent très rattachée à des problèmes de politique intérieure, ou encore que la droite et l’extrême droite française ont souvent été capitulardes et collaborationnistes dans le soucis de préserver « les fortunes acquises et l’ordre moral« . Ce qui n’empêche pas les fascistes de tout poil, Alain Soral en tête, de reprendre à son compte les vidéos (soigneusement sélectionnées) d’Henri Guillemin. Bref, foncez regarder les passionnantes conférences de cet historien autodidacte fantastique, créateur de dévastatrices et révélatrices punchlines avant l’heure ! Si vous ne savez pas par quoi commencer, je vous conseille ses conférences sur Robespierre, la Révolution, l’avant-guerre et Pétain.

Horizon-gull
Des vidéos centrées sur les manipulations des masses démontrées scientifiquement par des expériences de psychologie sociale. Les auteurs sont professeurs de philosophie. Très agréable à regarder ou à écouter. Le vidéo la plus connue : Le syndrome du grand méchant monde, ou comment la télévision parvient à faire augmenter le sentiment d’insécurité.

Osons causer
Sur le ton de la conversation, Osons causer explique et démonte certains phénomènes de société et d’actualité. Attention, Osons causer a sombré depuis quelques temps dans la facilité des formats courts et bankables.

Mes chers contemporains
Usul a eu le courage de quitter JV.com et de refuser de nombreuses offres commerciales pour lancer son émission politique. MCC consiste à présenter des personnalités d’aujourd’hui et à vulgariser leur pensée ou à analyser leur absence de pensée.

Feminist Frequency (VO STFR pour la plupart des vidéos)
Animé par Anita Sarkeesian, le site Feminist Frenquency s’est fait connaître par ses vidéos Tropes vs Women in video games, mais propose plus généralement de passionnantes analyses du sexisme ordinaire dans la culture populaire et la vie quotidienne.

Le Parti des Indigènes de la République
Le PIR a publié quelques vidéos intéressantes, surtout pour les blancs bien d’chez nous, qui ont souvent du mal à éprouver de l’empathie pour les personnes de couleur. Histoire de l’indépendance de l’Algérie, histoire de la Palestine… De nombreuses idées reçues sont battues en brèches. Je vous conseille en priorité cette vidéo et celle-ci.

Dany Caligula
Youtuber philo, Dany Caligula s’intéresse aussi à des sujets comme la démocratie, les attentats, la peur etc…

Benjamin Bayart
Fondateur de FDN et ingénieur, Benjamin Bayart est spécialiste des questions de libertés fondamentales sur internet. Ses conférences sont passionnantes et essentielles pour comprendre les enjeux autour du net. Si vous ne devez en voir que 2, je vous suggère celle-ci et celle-là.

Autour du Monde Diplomatique
Le Monde Diplomatique dispose de sa propre chaîne Youtube, sur laquelle vous trouverez de nombreuses vidéos passionnantes des collaborateurs du Monde Diplo, notamment Serge Halimi.

Pierre Carles
Les films de ce réalisateur engagé sont disponibles sur son site ou sur Youtube. Ancien journaliste, Carles s’est spécialisé dans la démonstration de l’impact des médias sur la société.

Frédéric Lordon
Directeur de recherche au CNRS, philosophe et économiste hétérodoxe, Frédéric Lordon propose de nombreuses analyses de la crise et des solutions intéressantes. Trois vidéos à voir : celle-ci, celle-là et encore là.

Bernard Friot
Économiste d’obédience communiste, Bernard Friot est défenseur du revenu universel. Vous pouvez regarder cette vidéo, avec Frédéric Lordon, mais beaucoup d’autres permettent de saisir sa pensée.

Franck Lepage
Ancien petit soldat du ministère de la Culture, Franck Lepage est le créateur des Conférences Gesticulées : de longs spectacles à la fois informatifs et humoristiques géniaux sur la culture, l’éducation et le travail.

Pierre Bourdieu
Rares ont été les apparitions télévisuelles de feu Pierre Bourdieu, l’un des derniers intellectuels majeurs de notre pays. L’une de ses rares apparition à la télé, à voir absolument. A voir aussi le documentaire de Pierre Carles La sociologie est un sport de combat.

François Ruffin
Journaliste et fondateur du journal Fakir, François Ruffin parle essentiellement du travail et de l’Europe.

Mar_Lard
Son désormais célèbre article sur le sexisme spécifique au milieu vidéoludique l’a projetée comme figure de proue française du féminisme geek. Étant systématiquement harcelée, Mar_Lard ne fait que peu d’interventions mais celles-ci sont toujours intéressantes.

Serge Halimi
Directeur du Monde Diplomatique, peu d’interventions de Serge Halimi sont disponibles sur le net, mais elles valent le détour. Celle-ci est INDISPENSABLE.

Pour les plus jeunes :

Le Fil d’Actu, un court JT politisé.

Livres (parce que parfois, on est en panne d’internet. Ou aux chiottes.)

Enquête

Le système Soral, enquête sur un facho business, Robin d’Angelo & Mathieu Molard
Deux journalistes de l’excellent site Street Press ont fait un vrai travail d’investigation pour démonter la machine rouge-brune d’Alain Soral. Un peu cher pour peu de pages, mais bon, le vrai taf de journaliste, c’est rare donc ça se paye.

Tentative d’évasion (fiscale), Monique Pinçon-Charlot & Michel Pinçon
Les deux sociologues enquêtent sur les mécanismes de l’évasion fiscale, depuis les guichets des banques jusqu’aux plus hauts sommets de l’Etat. Comme souvent avec le couple de sociologue, le livre est très militant. Celui-ci manque parfois un peu de rigueur mais on apprend pas mal de choses et surtout il confirme des soupçons.

Sociologie

Les nouveaux chiens de garde, Serge Halimi
Grand classique de la critique des médias, le livre de Serge Halimi (actuel directeur du Monde Diplomatique) est fréquemment actualisé (de nouveaux exemples remplacent les anciens) depuis sa première parution en 2005. L’ouvrage montre comment les médias en général et les éditocrates en particulier, par de nombreux mécanismes visibles, invisibles et souvent inconscients, se retrouvent dans la position de chiens de garde de l’ordre établit. A lire absolument et conjointement avec « Sur la télévision » (voir ci-dessous), les deux bouquins constituant une première base extrêmement solide sur laquelle bâtir une critique sociologique des médias (faut-il rappeler que la différence entre la critique des médias par l’extrême gauche et par l’extrême droite repose sur cette distinction entre une critique sociologique, qui analyse les structures, et une critique des personnes, qui analyse… rien du tout.)

Sur la télévision, Pierre Bourdieu
Un autre grand classique d’une cinquantaine de page, qui livre de manière abordable pour le non-sociologue les rouages de la télévision. C’est ce livre qui sera pour ainsi dire « récité » par Pierre Bourdieu dans sa célèbre intervention télévisée en deux parties intitulée justement « Sur la télévision ».

Beauté fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine, Mona Chollet
Un passionnant ouvrage de la main de Mona Chollet, journaliste au Monde Diplomatique. Les pressions exercées sur les femmes quant à leur apparence sont décortiquées avec soin et juste ce qu’il faut de sociologie, d’histoire et de militantisme discret, qui se traduit surtout par quelques pointes d’humour noir. Le bouquin se dévore d’une traite grâce à la plume plus journalistique que sociologique de Mona Chollet, un pur régal.

La misère du monde, Pierre Bourdieu, livre collectif
Bien que paru dans les années 90, La misère du monde reste un livre cruellement d’actualité qui prend parfois aux tripes. Un collectif de sociologues part à la rencontre des pauvres, les vrais pauvres. Ceux qui vivent dans une caravane sur le parking de leur entreprise. Ouvrier arabe, chômeurs, petits patrons fachos… Le livre offre une série de courtes interviews (1200 pages d’interviews tout de même) poignantes.

Le nouvel esprit du capitalisme, Eve Chiapello & Luc Boltanski
Les deux sociologues retracent les diverses mutations contemporaines du capitalimze. Attention, livre plutôt technique, pas nécessairement réservé aux universitaires mais tout de même aux lecteurs/trices averti(e)s.

La violence des riches, Monique Pinçon-Charlot & Michel Pinçon
A la fois militant et rigoureux, ce livre aurait très bien pu être titré Pierre Bourdieu, The Tribute. Les violences réelles et symboliques commises par les riches et les puissants à l’encontre des pauvres et des faibles y sont décortiquées. Ça se lit tout seul.

Politique internationale

La stratégie du chaos, Michel Collon
Le livre retrace les nombreux conflits qui jalonnent l’histoire récente des Etats-Unis. Bien que défendant régulièrement les faibles, Michel Collon tend de plus en plus vers le conspirationnisme avéré ces derniers mois, c’est pourquoi je ne vous conseille pas ses vidéos et son site, même si certaines infos sont parfois intéressantes. Le livre est cool à lire, mais le cerveau bien allumé.

Les 7 péchés d’Hugo Chavez, Michel Collon
Bien que manquant cruellement de sources et donc à prendre avec des pincettes, ce livre donne un bon aperçu de la révolution entamée par Chavez au Venezuela.

Divers

Boulots de merde ! Du cireur au trader, Julien Brygo et Olivier Cyran
Quand deux journalistes précaires tirent un livre de longues années à rencontrer des travailleurs coincés dans des boulots de merde, cela donne ce Boulots de merde ! Les deux journalistes racontent leurs échangent avec les damnés de la terre autant qu’avec de hauts responsables financiers n’ayant absolument pas conscience d’exercer un bullshit job. Le livre est absolument génial, malheureusement trop court et évidemment absolument sociologique, c’est presque un livre de détente, avec des petites touches d’humour par ci par là.

Le Monde libre, Aude Lancelin
Ouvrage écrit par une ancienne cadre de l’Obs, Le Monde libre a fait grand bruit à sa sortie. En effet, Aude Lancelin démontre comment, progressivement, un journal « de gauche » bascule lentement mais sûrement à droite : tabous, copinage, arrangement entre amis, entrisme et renvois d’ascenseur, tout y passe. Le style littéraire d’Aude Lancelin est absolument délicieux, au point qu’on soupçonne parfois l’auteure de se regarder écrire. On peut aussi regretter une absence totale de remise en question de l’auteure qui, si on se fie au bouquin, s’est retrouvée comme par magie dans les hautes sphères d’un prestigieux magazine français sans aucune compromission … Quand on sait les difficultés qu’ont les journalistes ne serait-ce qu’à sortir de l’enfer de la pige, c’est un peu difficile à avaler. Cela n’enlève rien à l’intérêt du livre, vous pouvez donc foncer, si vous avez 19€ à mettre dans un bouquin que vous terminerez en 2h.

Les éditocrates, ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi, ouvrage collectif
Quatre journalistes règlent leurs comptes à dix éditocrates omniprésents (pléonasme) dans les médias, dont les inénarrables BHL, Barbier, Val, Duhamel… Lecture divertissante que celle d’un ouvrage (très militant, on n’est pas ici dans la sociologie des médias) qui multiplie les exemples de compromissions et de contradictions insolubles qui semblent aller de paire avec le statut d’éditocrate. Cela fini même trop vite.

Rêves de droite, défaire l’imaginaire sarkozyste, Mona Chollet
Un bon livre hélas beaucoup trop court à mon goût, qui se propose de démonter les nombreux mythes « de droite », tels « l’entrepreneur qui s’est fait tout seul et qui est arrivé au sommet » (alerte spoiler : c’est faux dans 99% des cas présentés ainsi) ou l’ascension sociale par un individualisme forcené qui pourrait s’appliquer à toute la société (alerte spoiler : pour qu’il y ait un type au dessus, il faut forcément plein de types en dessous, de préférence qui croient qu’un jour ils pourront grimper au dessus). Un livre excellent mais presque trop vulgarisateur car n’allant pas souvent au fond des choses. En somme, l’idéal pour commencer à se désintoxiquer en douceur des nombreuses idées reçues véhiculées par la droite et par les médias.

Robespierre, la fabrication d’un monstre, Jean-Clément Martin
Une biographie de Robespierre au titre racoleur n’ayant que peu de rapport aussi bien avec le contenu qu’avec la promesse qu’il laisse sous-entendre : il s’agit d’une biographie honnête du révolutionnaire, mais qui, à ma grande déception, ne reste « qu’une biographie de plus », et ne cherche pas à expliquer comment, pourquoi et par qui la mémoire de Robespierre a été salie. Le livre retrace donc la vie de Robespierre depuis Arras jusqu’à sa mort, mais le fait de façon à mon sens plus bordélique (chronologiquement, on est parfois un peu perdu) et moins bien écrite. Le livre reste un complément appréciable par rapport à la bio écrite par Hervé Leuwers (voir ci-dessous).

Robespierre (biographie), Hervé Leuwers
Une passionnante biographie de l’Incorruptible. La démarche du biographe est excellente : disposant de documents inédits et considérant, à juste titre, que le personnage est trop polémique pour se baser sur les nombreuses précédentes bio, il a repris tout le travail d’enquête depuis le début, comme si jamais rien n’était paru sur Robespierre. Il en résulte un livre passionnant.

Omerta sur la viande, Pierre Hinard
Aujourd’hui agriculteur, Pierre Hinard a été pendant 10 ans contrôleur qualité dans diverses sociétés d’abattage et découpe. Il raconte dans ce livre de nombreuses dérives du secteur dont certaines sont actuellement en justice : kilos d’asticots dans la viande, viande décongelée à même le sol sur le trottoir devant l’entreprise, viande vieille de deux ans et non-congelée (oui !) vendue à Flunch… Préparez les sacs à vomi.

Parlons un peu des précaires dans la fonction publique territoriale

[Disclaimer : ce billet est issu de mon XP personnelle et sera immanquablement bourré de raccourcis. Alors venez pas faire chier.]

De nombreux mythes entourent la fonction publique, depuis la fameuse fainéantise génétique des fonctionnaires jusqu’aux nombreuses « primes » auxquelles ils ont droit en passant par leur inefficacité. Une litanie de reproches reposant généralement sur du vent, des statistiques tronquées et bien entendu sur un projet idéologique libéral et autoritaire. C’est pourquoi, par exemple, les policiers ne sont jamais traités de « fainéants » qui défendent leurs « avantages » avec « corporatisme » lorsqu’ils manifestent, parfois même illégalement. Pourtant, les policiers sont fonctionnaires et bénéficient des mêmes « avantages » qu’une secrétaire de mairie. Bref, on pourrait discuter longtemps de tout le bullshit qui entoure la fonction publique en France (et cela fera peut-être l’objet d’un billet ultérieur), mais là, maintenant, je voulais parler des grands oubliés que sont les contractuels de la fonction publique.

Étant moi-même contractuel depuis plusieurs années, je vais me cantonner au domaine que je connais, à savoir la FPT, la Fonction Publique Territoriale (mairies, communautés de communes…). Les deux autres fonctions publiques sont la Fonction Publique Hospitalière et la Fonction Publique d’Etat (ministères, préfectures…), sans oublier les organismes publiques comme la RATP, la SNCF…

Les contractuels, ce sont tout simplement des agents qui remplissent les mêmes missions qu’un fonctionnaire, sauf qu’ils coûtent moins chers, puisqu’ils sont en concurrence sur le marché du travail comme les salariés du privé. Et évidemment, l’employeur peut s’en débarrasser quand il le souhaite, d’autant plus facilement que la fonction publique s’affranchit du versement de la prime de précarité en fin de CDD. Eh oui ! L’occasion pour moi de préciser que le Code du Travail (CdT) n’est pas applicable dans la fonction publique. Ce sont des lois et des décrets qui précisent, au cas par cas, si tel ou tel article du CdT s’applique ou non. Par ailleurs, dans le cas des mairies (je ne sais pas pour le reste), le Conseil municipal peut faire à peu près tout ce qu’il veut en matière de droit des salariés. Par exemple, je quitte actuellement un travail où les heures supplémentaires ne sont ni rattrapées ni rémunérées sauf cas particulier, et si les heures supplémentaires en question sont effectuées un dimanche/jour férié, cela ne donne lieu à aucune majoration d’aucune sorte. Bref, du travail gratos à tire-larigot.

Comme vous pouvez le voir sur cette page, le recours à des contractuels par la fonction publique est massif depuis longtemps (19,3% dans la FPT), et en constante augmentation. Cette politique de recrutement est le résultat de la transformation des décideurs politiques en gestionnaires, ce qui est une catastrophe absolue tant pour les agents contractuels, mal payés et mal considérés, que pour les usagers. Car oui, surprise, le turn-over (que j’ai constaté) chez les contractuels est impressionnant. Autant pour la qualité du service rendu.

Attardons-nous sur ce chiffre, 19,3%. Deux agents sur 10 sont des précaires. Mais d’autres réalités se cachent sous ce chiffre. D’abord, une grande disparité entre les structures : personnellement, les trois employeurs par lesquels je suis passé oscillaient tous entre 30 et 40% (!) de contractuels (donc de précaires, j’insiste) au sein de leur masse salariale ! On peut donc parler de véritable usine à précarité. Ensuite, le recours à des précaires s’est tellement institutionnalisé qu’ils accèdent de plus en plus à des postes à responsabilité. Une bonne nouvelle ? Pas du tout ! Cela permet simplement à l’employeur de rémunérer des précaires ayant des responsabilités de cadre au même niveau qu’un ouvrier, tout en se débarrassant des fonctionnaires de catégorie A, c’est à dire les plus qualifiés et les plus rémunérés. Cela donne lieu à des situations que je qualifierais poliment de cocasses : par exemple, une réunion de chefs de services au cours de laquelle on nous rappelle « que [nous] sommes tous des cadres et donc astreints à blablabla » sauf qu’en fait, autour de la table, sur les 9 personnes présentes, 4 sont des précaires rémunérés de 1450 à 1600€ nets. Et sur les 5 titulaires restants, 3 sont effectivement cadres (A), et deux sont… ouvriers pardon, techniciens (C). Avec cette amusante situation que les chefs de service se retrouvent avec des agents mieux payés qu’eux sous leurs ordres. Personnellement, cela ne me dérange pas, mais il est important de le relever pour indiquer le nivellement des salaires par le bas. Car tel est bien l’objectif final de tout ce bordel. Pour citer Franck Lepage, de tout temps, « l’obsession du patronat, c’est la modération salariale. »

Penchons-nous maintenant sur une autre aberration engendrée par cette fièvre gestionnaire qui s’est emparée de la fonction publique : le recours aux contrats spéciaux, notamment les CAE-CUI. Ces contrats permettent de recruter des agents (parfois même chefs de service !) dont une part plus ou moins importante du salaire sera assurée de 50 à 70%… par Pôle Emploi, donc l’État ! Il existe par ailleurs d’autres contrats, exclusifs à la fonction publique, qui permettent aux collectivité de contribuer au salaire de leur agent à hauteur de… 5% seulement, le reste étant assuré par l’État. On marche sur la tête.

Terminons ce petit tour d’horizon par ce que j’appellerais, excusez-moi, la Grande Baise Finale. Car figurez-vous que, non-contente de s’affranchir de la prime de précarité, comme mentionné plus haut, la fonction publique est une véritable machine à spolier ses anciens contractuels de leur droit au chômage. « Hein ? Mais pourquoi faire ? Quel est l’intérêt de la mairie à faire ça ?« , me direz-vous ? Eh bien, figurez-vous que, comme dans les rêves les plus humides des libéraux les plus libéraux, les structures publiques peuvent s’auto-assurer. Kézako ? Eh bien, au lieu de cotiser pour le chômage comme le font les employeurs privés, l’employeur public se verse cette cotisation… à lui-même ! Cet argent figure donc à son budget annuel, et il faudrait vraiment être un gauchiste qui voit le mal partout pour imaginer qu’un maire préfère investir cet argent dans l’achat de caméras de vidéosurveillance vidéoprotection plutôt que dans l’indemnisation de ces saloperies de précaires qui ont tourné le dos au pont d’or qu’il leur proposait. Ce système d’auto-assurance est donc une incitation massive pour pousser les employeurs publics à spolier les précaires de leurs droits. Et devinez quoi, la loi leur donne un outil exprès pour ça.. Cet outil, c’est la proposition d’embauche… que vous ne pouvez pas refuser. En effet, si l’employeur public adresse, par écrit en recommandé et avec AR, une proposition de renouvellement de contrat (aux mêmes conditions), un refus équivaut à une démission. Oui, vous avez bien lu, si vous refusez de continuer à travailler pour un employeur qui vous le propose, vous perdez tout droit à l’indemnisation chômage ! Une disposition proprement hallucinante, qui piège de nombreux salariés de cette fonction publique où, paraît-il, il fait si bon vivre.

Concluons en abordant rapidement les conséquences de ce recours massif aux contrats précaires dans la fonction publique**. D’abord, cela nivelle tous les salaires vers le bas. Ensuite, cela entraîne un turnover important***. Ce même turn-over entraîne un problème de compétence sur certains postes. En effet, la paperasserie administrative, c’est compliqué. Et donc, quand la personne qui s’en charge change tous les ans, cela n’accélère pas les procédures. De plus, la présence de précaires mal payés (et souvent surqualifiés) s’étant normalisées dans la fonction publique, les décideurs finissent par se dire « eh, mais attends, on pourrait faire pareil avec les fonctionnaires ! Pourquoi payer un catégorie A alors qu’on peut payer un C pour faire le même job ? »  Or il se trouve que certains postes requièrent des compétences de cadres et que les attribuer à une personne sous-qualifiée peut entraîner des catastrophes****. En conclusion, on peut dire que la présence massive de précaires dans la fonction publique génère un énorme bordel, et qu’au final, la seule personne contente dans l’histoire, c’est le Trésorier des Finances publiques.

_____________________________________

** Attention, comme le reste de l’article, il n’est pas ici question de dire que les problèmes soulevés sont exclusifs à la fonction publique.

*** Exemple perso : sur mes deux derniers postes, j’étais le 3ème chargé de com’ en un an pour le premier et le 3ème en trois ans pour le second.

**** Exemple perso : chez l’un de mes ex-employeurs, la DRH était… une catégorie C. Bien que très compétente à son niveau, elle ne l’était pas à un poste de catégorie A comme le poste de DRH. Résultat, des catastrophes dans la gestion des dossiers du personnel. Par exemple, un agent en retraite depuis 9 mois, a dû revenir travailler pendant 1 an pour compléter ses trimestres, qui avaient été mal calculés.
_____________________________________

Aparté : les haïsseurs haïssent, les autres subissent

Ce n’est pas le sujet de ce billet, mais comme les précaires en sont aussi la cible, il me paraît important d’aborder le sujet de la haine qu’éprouvent de nombreux français à l’encontre des fonctionnaires. Et non, le mot n’est pas trop fort, il suffit de voir la tête dégoûtée des gens que je leur annonce, telle une maladie honteuse, que je travaille « dans une mairie« . Je me dois donc de préciser immédiatement que « je ne suis pas fonctionnaire« , ce qui permet à la fois d’éviter de me prendre une volée de bois vert et à la personne de dire tout le mal qu’elle pense de ces « feignants« .

Une grande partie de la population, macrono-droitards et assimilés, mais pas que, est donc intimement convaincue que les fonctionnaires ne sont qu’un ramassis de fainéants, bureaucrates, avides d’avantages et de pauses cafés, pressés de commencer leur journée en retard*. Ce ne sont pas ces points qui m’intéressent pour ce billet, mais plutôt la conséquence qui découle de ce matraquage médiatico-politique évidemment intéressé : des fonctionnaires ont eux-mêmes développés un sentiment de haine envers leur propre corporation tout simplement hallucinant**. Une sorte de syndrome de Stockholm dont j’ai constaté à de nombreuse reprise la présence chez les gens de droite, qui sont les maîtres en la matière de paille dans l’oeil du voisin et de poutre dans le leur***.  Outre certains agents « de la base« , dont la droitisation n’a pas vraiment de conséquences sur leurs collègues, ce sont évidemment les décideurs (fonctionnaires comme élus) qui disposent d’un fort pouvoir de nuisance. Ainsi, élus comme chefs titulaires ne se priveront pas de signifier tout leur mépris à leurs agents « toujours l’oeil rivé sur la montre« , de multiplier les allusions à « la souplesse des horaires » et évidemment de mentionner dès que possible des carences en compétences, ce qui est toujours savoureux de la part d’un responsable payé entre 3000 et 4500€/mois sachant à peine faire une recherche Google. L’auto-détestation de certains fonctionnaires leur fait même détester les précaires qui travaillent pour eux. S’ils sont venu travailler dans la fonction publique, c’est qu’ils sont naturellement fainéants, et peut-être même plus qu’un fonctionnaire : ils n’ont même pas eu le courage de passer un concours ! Sauf qu’on ne veut plus recruter d’agent titulaire, alors bon… Raisonnement circulaire, quand tu nous tiens.

Je vous propose donc de terminer cet article par quelques morceaux choisis de mépris et d’injonctions contradictoires auxquels j’ai personnellement assistés, de la part de fonctionnaires pas schizophrènes pour un sou :

  • « Je n’ai jamais vu une mairie avec des horaires aussi souples, alors ne vous plaignez pas ! » Réponse assenée lorsque des agents ont demandé l’installation d’une pointeuse, afin de ne plus pouvoir être systématiquement soupçonnés de fraude aux heures de travail. Vous avez dis non-sens ? L’installation de la pointeuse a été refusée, car évidemment il ne serait plus possible pour la direction de prétendre que les agents se la coule douce, et serait au contraire obligée de prendre acte de la quantité astronomique d’heures non-rémunérées effectuées par les agents.
  • « On ne vous a pas appris ça à l’école ? » Remarque méprisante adressée à moi-même pour une virgule « mal placée » (dans un courrier qu’il ne me revenait même pas d’écrire). De la part d’un responsable qui n’a pas appris le quart de ce que j’ai dû apprendre pendant mes études car, contrairement à la légende, on apprend aujourd’hui beaucoup plus de choses à l’école qu’il y a 30 ans. Il s’agit évidemment d’une remarque « spéciale jeune », que tous mes amis ont déjà dû supporter.
  • « Nous allons recruter quelqu’un en plus aux RH, car il y a un gros problème de compétences avec Madame X. » Information donnée en réunion en l’absence de Madame X. Problème : pourquoi avoir recruté Madame X à ce poste alors que la lecture de son CV éclairait de façon évidente qu’elle ne pouvait pas assurer ce poste ? Aaaah, parce qu’on pouvait la payer au SMIC pour un travail de direction ! Je comprends mieux. Et au final, on embauche une deuxième personne. La gestion à son meilleur.
  • « Mettez plus de volonté dans votre travail. » Toujours en réunion, alors que tous les participants sont déjà des habitués du travail gratuit. Détail croustillant : la veille, l’une des participantes devant supporter ce genre de remarque débile avait fait une journée de 15h, payée 7 évidemment. Ce manque de volonté est effectivement insupportable.
  • « Vous n’aurez rien. La prochaine fois, vous prendrez les transports en commun. » Réponse assénée à une précaire qui venait de se faire détruire sa voiture dans un accident (non-responsable) en se rendant à une réunion de travail et qui demandait à ce que l’assurance de la mairie fasse un effort quant au remboursement. Précisions : la mairie, pourtant grande, ne disposait pas de véhicules de service, et le lieu de la réunion en question n’était pas desservi par les transports en commun.
  • « La pause-déjeuner, c’est pas une réunion syndicale : vous pouvez parler de la météo et c’est tout ! Interdiction de parler de travail ! » Dois-je vraiment commenter cette punchline devenue légendaire sur mon ancien lieu de travail ?

_____________________________________

* Trivia : dans la seule boîte privée où j’ai travaillé (+ de 500 salariés), il n’était pas rare que des salariés se pointent à 10h du mat’, sans pour autant rattraper les heures manquantes. A croire que la glandouille au travail est plus une affaire de taille de l’entreprise et d’intérêt porté au travail confié qu’à une maladie génétique, mais bon…

** Le phénomène n’est certainement pas nouveau, mais le matraquage médiatique concernant les fonctionnaires ne peut qu’aggraver les choses.

*** Quelques exemples :

  • le chômeurs de droite qui déteste « les chômeurs fainéants qui cherchent pas travail », parce qu’il pense que lui en cherche plus et donc qu’il n’est pas concerné par les discours politiques qui veulent réduire les droits des chômeurs.
  • le pauvre de droite qui déteste « ceux qui touchent plein d’allocations » alors que lui-même touche les APL. « Mais moi je mérite. » Sur quels critères ? Mystère…
  • le riche de droite qui veut la concurrence libre et non faussée pour lui mais pas pour les autres, « sinon les nouveaux entrants cassent le marché. » Ah ben faudrait savoir, on veut de la concurrence libre et non faussée ou on en veut pas ? Je m’y perds !

Kalof Düty WWII : on se moque, on se moque, mais…

Le nouveau Kalof a fait couler beaucoup d’encre, aussi bien par son retour à la 2nd GM que par ses lootbox à la con. Mais qu’en est-il du jeu lui-même ? Comme d’habitude avec Call of Duty, il faut bien séparer le solo du multijoueur, beaucoup de joueurs ne jouant d’ailleurs qu’à l’un ou à l’autre. J’ai essayé les deux. Je n’aurai pas dû.

El solo loco

Mon dernier jeu se déroulant durant la 2nd GM, c’était Medal of Honor Débarquement Allié. Lorsque Activision a annoncé CoD WWII, j’ai baissé mes défenses et me suis imaginé le débarquement de MoH DA refait avec les moyens d’aujourd’hui : des centaines de GI’s à l’assaut d’Omaha Beach ou de la pointe du Hoc, hurlants et tombant sous les balles allemandes tout en accumulant les actes d’héroïsme les plus improbables. Les premières minutes de WWII refroidissent immédiatement : adieu assaut épique, bonjour les 30 GI’s qui jouent dans la pataugeoire avant d’accéder à une plage de 10 mètres de large pour sécuriser deux malheureux bunkers avant de s’enfoncer dans les terres normandes, moins de 5 minutes après le débarquement. BORDEL DE MERDE !

Depuis longtemps (toujours ?), je lis partout que « bon OK Kalof c’est un peu de la merde mais c’est grand spectacle, c’est un peu comme regarder un film de Michael Bay, ça détend. » Mais non bordel ! Si ce WWII était un film de Michael Bay, il y aurait eu des des centaines de GI’s courant sur la plage avec des explosions de partout, des allemands qui demandent « LES PANZERS DE RÉSERVE » et des esquives de balles au ralenti avec des obus de mortier qui font boum boum à l’arrière-plan… Bref, si ce Kalof était un film de Michael Bay, ça aurait été un remake interactif et bourrin du Jour le Plus Long. Ce qu’il est loin d’être.

On enchaîne donc les missions courtes (20mn) et pourtant si ennuyeuses qu’elles paraissent longues. Aucun moment de bravoure, aucune action épique. Comme d’habitude dans CoD, on incarne un troufion parmi tant d’autres, on a donc l’impression de pisser dans un violon plutôt que de libérer la France, à ceci près que nos alliés semblent tirer des balles en mousse face aux allemands qui, eux, ont une obsession pour votre petite personne : ils ne visent que vous. Bref, c’est nul. J’ai craqué à la moitié de l’aventure, à l’issue de « la libération de Paris » : l’infiltration d’un QG allemand au milieu de la capitale par 3 péquins (dont le joueur) et l’assaut dudit QG par 3 partisans français. Pas de combat de rue, de prise de quartier, de bombardement ou quoi que ce soit : la prise d’un simple bâtiment officiel nazi suffit à faire fuir les allemands de la capitale. C’est simple, la guerre !

Le multijoueur de la honte… convaincant.

Si vous attendiez le retour d’un multijoueur à la Black Ops premier du nom (serveurs dédiés et server browser, time-to-kill supérieur à trois balles), vous pouvez dégager : WWII, c’est 100% matchmaking et toutes les armes, pistolets compris, tuent en 1 à 4 balles maximum. Le netcode et le lag compensator sont toujours catastrophiques : dans certaines parties, on est intouchable et dans d’autres, on meurt en deux balles alors qu’il faut vider un chargeur complet dans l’adversaire pour le tuer. Enfin, le jeu ne comporte que neuf (9) cartes (le premier Black Ops en comptait 14, Blac Ops 2 en comptait 15 et Modern Warfare 3 en comptait 16). Foutage de gueule intégral donc, puisque les autres maps seront évidemment vendues sous forme de DLC, ce qui achèvera de tuer le nombre de joueurs sur PC.

Mais alors, c’est de la merde intégrale ce WWII ? Eh bien pas vraiment, car malgré ces très importants défauts, le multijoueur de ce CoD fait son office : on frag du noob à la chaîne avec un arsenal très complet (8 fusils d’assaut dont 4 semi-auto; 6 LMG; 7 SMG; 4 snipers et 4 shotguns) et utilisable sur la plupart des maps. Du coup, rares sont les parties avec des joueurs full SMG ou full sniper, notamment grâce aux défis journaliers, qui imposent de jouer avec telle ou telle arme. WWII, comme les précédents CoD, c’est le fast-FPS version 2017 : on cours vite, on réapparaît instantanément et les combats se déroulent toujours à 2 mètres du point de réapparition. D’ailleurs, la connaissance des points de spawn adverses est toujours indispensable, un point qui agace de nombreux joueurs mais qui me semble la base du FPS.

Quant aux maps, bien que peu nombreuses, elles sont toutes d’excellente facture. Depuis la pointe du Hoc jusqu’à Aix-la-Chapelle en passant par une flak tower, un destroyer ou Gibraltar, les théâtres de massacre sont très variés et bien conçus, pour peu que, comme mentionné plus tôt, on supporte de voir un ennemi tué à l’instant réapparaître dans notre dos. A noter la présence de trois maps supplémentaires conçues spécialement pour un nouveau mode de jeu : War. Il s’agit là d’une copie de Battlefield, dans laquelle une équipe doit attaquer des objectifs tandis que l’autre les défends. Globalement, ces maps sont très mal équilibrées et on s’y amuse rarement. Mais la moindre tentative de nouveauté de la par d’un CoD est à souligner, non ?

Le multijoueur de CoD WWII est, de mon avis, le meilleur crû depuis le regretté Black Ops. Si seulement ces bâtards d’Activision voulaient bien payer des serveurs dédiés dignes de ce nom et sortir leur jeu avec un nombre décent de maps, on aurait eu là un excellent FPS multi pas prise de tête. Au lieu de cela, il est juste « bien. » A acheter si vous avez encore du temps entre tous les bons jeux du moment : PUBG, Overwatch, World of Final Fantasy, Hand of Fate 2… Purée, trop de jeux et si peu de temps…

C’était mieux avant : j’ai rejoué aux jeux fétiches de ma jeunesse

La vidéo de Nofrag C’était mieux avant m’a donné le coup de pied au cul pour faire ce post qui me trottait dans la tête depuis quelques temps : au cours des 2 dernières années, j’ai retouché à pas mal de titres qui m’avaient asséné une grosse claque quand j’étais gosse (j’ai commencé à 9 ans) puis jeune (j’ai 28 ans aujourd’hui, pour resituer), pour voir comment ils avaient vieillis, si leurs mécaniques étaient toujours agréables aujourd’hui ou ennuyeuses à crever. En avant pour un petit voyage dans le temps en tentant de faire taire la nostalgie au d’une critique (rapide) des mécaniques.

Sonic the Hedgehog

Mon premier émoi vidéoludique, en 1998. J’avais 9 ans. Mes parents refusent de m’acheter la PlayStation et je me retrouve avec une Megadrive sous le sapin, je vous laisse imaginer ma tête. Reste que Sonic est une énorme claque pour moi et je le refait des dizaines de fois. Je l’ai réessayé aujourd’hui : c’est nul. Oui, j’ai bien dit « c’est nul. » Ou plus exactement, cela n’a AUCUN intérêt aujourd’hui, c’est répétitif à souhait, certains niveaux sont boring as fuck. Cela m’apporte un éclairage nouveau sur les dramas qui se déchainent à chaque sortie d’un nouveau Sonic, même ceux en 2,5D qui sont tout à fait corrects (j’ai même fait Sonic Generations) : un jeu de plate-forme dont le but consiste simplement à courir pour atteindre la sortie, cela appartient au passé. C’est trop simple, trop répétitif et ça manque d’enjeu.

Re-Volt / Ultimate Race Pro

Mes premiers jeux sur PC, en décembre 1999 (Pentium II !). Un jeu de courses de voitures télécommandées et un jeu de courses « classique » sur des routes américaines. La première fois que je suis réellement « à fond » sur un jeu pour Re-Volt (la difficulté m’a rendu fou à l’époque), mes premières parties multi-joueurs avec Ultimate Race Pro (Re-Volt suivra rapidement, grâce à GOA). Les deux jeux ont très mal vieillis. Re-Volt reste fun les premières minutes mais le jeu est très basique, la conduite est en réalité aussi simple que la difficulté. Quant à Ultimate Race Pro, il pourrait s’agir d’un jeu flash : aucune physique, aucune sensation, aucun sentiment de progression.

Quake II

Mon premier FPS, en 2000. Je regarde mon père y jouer, à la fois fasciné et dégoûté par le flot d’hémoglobine que déverse Quake II. Quelques mois plus tard, je m’y mets. Je trouve le jeu terrifiant et passionnant, notamment la recherche des secrets pour le plaisir de les trouver (et de compléter le tableau de statistiques à la fin de chaque niveau). Pour la première fois je trouve un jeu réellement « magique », un jeu sur lequel je peux, déjà, passer trois heures sans m’arrêter. C’est nerveux, c’est varié, on ne s’ennuie jamais et on veut toujours voir ce qui se cache au prochain virage.

J’ai rejoué à Quake II de nombreuses fois au fil des années, et il faut bien le reconnaître : ce putain de jeu ne vieillit pas. Arsenal démentiel, bestiaire nombreux et varié, level design hallucinant (je pense qu’un enfant de 10 ans d’aujourd’hui est incapable de finir le premier niveau du jeu à cause de la verticalité notamment). Par contre, comme à l’époque, je n’ai jamais compris l’enthousiasme autour de la musique du jeu, de la merde en barre pour moi, qui en plus gâche toute l’ambiance. Se balader dans les niveaux avec pour seuls compagnons les bruits de nos pas, notre respiration grave et les rares sons d’ambiances glaçants sont à mon sens l’expérience Quake II telle qu’elle doit se vivre. Probablement parce que je suis un fasciste.

Red Faction


2001 est une année charrière pour le jeune joueur que je suis, car au cours de cette année maudite que je vais véritablement sombrer dans l’addiction aux jeux vidéo, qui ne m’a plus jamais quitté. En cause, Red Faction et son mode multijoueurs. Mon premier FPS multi. Red Faction, c’était d’abord une aventure solo HALLUCINANTE pour moi à l’époque : un scénario avec des dialogues doublés en français (même les affiches dans les niveaux étaient traduites, un truc de malade à l’époque), un arsenal jouissif (coucou le fusil qui tire à travers les murs), une durée de vie proprement colossale (avec une fausse fin !), des cadavres et des tâches de sang qui ne disparaissent pas et évidemment la destruction du décor… Probablement l’un des FPS solo que j’ai le plus rejoué avec F.E.A.R..

Mais ce n’est rien à côté du multijoueurs, auquel j’ai joué pendant plusieurs années. Les décors destructibles y prennent tout leur sens, notamment avec des armes cachées derrières certains murs. Le nombre maps officielles se porte à 20, plus 7 maps exclusivement dédiées au CTF, soit 27 maps à la sortie du jeu ! Lointaine époque. Le gameplay est un audacieux mélange entre nervosité (déplacements rapides) et mollesse (les sauts sont en simili-absence de gravité, sauter rend donc vulnérable). C’est l’époque où tout le monde se dit bonjour en arrivant sur un serveur et tout le monde se congratule à la fin, les insultes sont rares.

Le solo de Red Faction reste tout à fait potable de nos jours, bien qu’il paraîtra probablement fort répétitif aux publics d’aujourd’hui. En effet, les types d’ennemis sont peu variés, le level design, bien que bien plus labyrinthique que les FPS d’aujourd’hui, n’est pas forcément ultra-inspiré, et comme toutes les petites perles de game design listées plus haut sont aujourd’hui des obligations dans tous les jeux, cela fait de Red Faction un FPS pas forcément indispensable à faire pour parfaire sa culture vidéoludique.

Alien vs Predator 2

Bien que sorti en 2001, je ne me frotte à AvP2 qu’en 2003. Encore une claque magistrale à l’époque, avec ses trois aventures distinctes : le marine, qui propose un gameplay action/horreur, le predator, orienté infiltration, et l’alien, mélange d’infiltration et de corps à corps. Je flippe pour la première fois VRAIMENT dans un jeu vidéo, au point de quitter le jeu plutôt que de continuer la progression (bon OK, il y avait aussi Alone in the Dark 4 mais je n’ai jamais réessayé le jeu, qui a probablement très mal vieilli). A noter qu’à l’époque, je n’ai jamais vu les films Alien et je ne suis même pas au courant de l’existence d’un film Predator.

Le multijoueur est incroyable puisqu’il propose 4 factions : évidemment les deux races extraterrestres mais aussi deux clans humains (les marines et la méchante Corporation). Les maps sont, comme toujours à cette époque, très nombreuses et inspirées des films. Malheureusement, le titre souffre d’un netcode désastreux et probablement de serveurs pas au point : on a du mal à toucher et les pings sont souvent stratosphériques. Cela ne m’empêche pas de passer des centaines d’heures sur le jeu, notamment sur son palpitant mode Survivor, dans lequel un seul joueur commence alien et chacune de ses victimes le rejoint dans son combat contre les humains.

Je n’ai évidemment pas pu réessayer le multijoueurs aujourd’hui, par contre je me suis retapé les trois campagnes solos. Le bilan est mitigé : la campagne marine est clairement la plus réussie, surtout grâce à son ambiance irréprochable. Étant aujourd’hui une énorme fan d’Alien, je suis en fait encore plus terrifié par le jeu à 28 ans que je ne l’étais à 14 ans (car je suis une grosse flipette). La campagne Predator est, quant à elle, plus critiquable. La créature étant fragile, il faut constamment battre en retraite pour se soigner, les mécaniques d’infiltrations sont basiques au possible (c’était normal à l’époque) et la campagne est finalement assez ennuyeuse. Quant à l’aventure de l’alien, c’était déjà la plus chiante en 2003, aujourd’hui elle est tout simplement imbuvable, celle-ci consistant simplement à se jeter sur tous les humains et à les dévorer pour récupérer la santé perdue lors de l’assaut… La campagne du marine reste à faire si vous êtes un inconditionnel d’Alien.

Metal Gear Solid

Parallèlement au PC, je continue à user la lentille de ma PlayStation. Grâce à un ami, je découvre Metal Gear Solid, un jeu d’un genre nouveau pour moi. Scénario de malade mental, gameplay innovant, bande son magique… Pour la première fois devant un jeu, je ressent des émotions autres que la peur ou l’envie de meurtre : je veux progresser pour découvrir la suite du scénario et ce qu’il advient des personnages. Je refais le jeu une dizaine de fois avant de me lasser.

Me remettre à MGS a été assez difficile, car outre les graphismes aujourd’hui ignobles, le gameplay est relativement désagréable et rigide, au point que j’en ai trouvé le jeu beaucoup plus difficile qu’à l’époque ! Il m’a été plus facile de refaire le remake sur GameCube, MGS The Twin Snakes, car le gameplay, bien que lui aussi très rigide pour le joueur d’aujourd’hui, sent un peu moins le rance. Si votre fibre de japan fag vibre sur cette cinématique, alors foncez (attention spoiler + clichés). Reste que le 1er MGS est un jeu indispensable dans une vie de joueur pour son scénario et sa galerie de personnages humains et touchants.

Far Cry

Grand bond dans le temps avec Far Cry, sorti en 2004 (mais que je ferais bien longtemps plus tard pour cause de PC merdique). Crytek fait rentrer le jeu vidéo dans une nouvelle génération, avec des graphismes « photoréalistes » et une intelligence artificielle qui reste supérieure à ce qui se fait aujourd’hui dans la plupart des FPS : les ennemis vous encerclent, se mettent à couvert et vous délogent à coup de grenades. N’espérez pas les dégommer en restant caché derrière un rocher comme une grosse merde, car les ennemis ne laisseront pas leur tête dépasser comme le premier taliban venu de Call of Duty. Quant aux mutants, ils se jettent sur vous ) une vitesse que les développeurs d’aujourd’hui ne peuvent se permettre à cause des portages sur console.

A l’époque, le level design passe clairement pour un open-world dans un FPS. La plupart des maps en extérieur laissent plusieurs options pour rejoindre le point B et on peut même emprunter des véhicules ! Quant au multijoueur, il est correct mais assez rageant car on y meurt en peu de balles, ce qui a déjà le don de m’énerver à l’époque.

Vous l’aurez compris à la lecture des quelques lignes ci-dessus, Far Cry premier du nom est un FPS tout à fait faisable aujourd’hui, je vous conseille donc de vous y mettre si vous ne l’avez jamais approché.

F.E.A.R.

J’avais déjà fait un retour vidéo sur F.E.A.R. en 2012 (le jeu date de 2005) ici, et tout est dit dedans (et dans les commentaires qui ne tarissent pas d’éloges sur le jeu). F.E.A.R. reste un FPS majeur de nos jours, à jouer sans hésiter.

Conclusion

Les jeux ci-dessus ne sont qu’une sélection, mais au fil des années j’ai rejoué à de nombreux jeux de ma prime jeunesse. La majorité ne présente plus aucun intérêt aujourd’hui d’un point de vue gameplay, game design et level design. Cela ne veut pas dire qu’ils étaient nuls à l’époque, ils ont au contraire chacun à leur manière apporté une brique à l’histoire de l’évolution du jeu vidéo.

Mais alors, est-ce que c’était mieux avant ? Cette question est insoluble selon moi car si les jeux changent, les joueurs changent aussi. Mettez quelqu’un n’ayant plus vu un jeu vidéo depuis Quake II devant un Battlefield 1 et regardez sa mâchoire se décrocher pour vous en convaincre, alors que pour vous, ce jeu ne provoque qu’un haussement de sourcil discret tant il est proche de ses prédécesseurs. Autrement dit, le niveau d’exigence change avec l’expérience. Ainsi, en dehors de quelques facteurs (comme l’IA, en berne depuis longtemps), le jeu vidéo a progressé dans tous les domaines mais les joueurs ont progressé avec lui et sont donc moins sensibles aux nouveautés, qui lui paraissent souvent mineures. Or, il suffit de se replonger dans un Quake pour constater le gap faramineux franchi par notre loisir préféré en 25 ans.

Enfin, il faut souligner l’importance de certaines mécaniques récentes qui, si elles sont critiquées (et critiquables), semblent manquer lorsqu’on relance un ancien titre. Je pense typiquement aux nombreux systèmes d’XP qui envahissent tous les genres de jeux, notamment les FPS, en solo et en multi. Ce système a probablement été instauré pour générer chez le joueur un sentiment de progression, mieux contrôler le déroulement du jeu et même rentre un multijoueur, potentiellement infini, périmable (je suis sûr que certains joueurs de CoD arrêtent d’y jouer quand ils ont atteint un certain niveau de Prestige en multi). Moi-même je commençait à trouver ces jauges d’XP présentes partout un peu lourdes, mais en relançant de vieux titres on se rend compte que… cela apporte quelque chose d’indéfinissable. Un petit plaisir d’avoir débloqué un nouvel élément, tout simplement.

Les jeux d’avant n’étaient donc pas mieux, ils étaient en accord avec notre époque, et nous étions simplement plus jeunes et moins expérimentés donc plus facilement « impressionnables. »

Everspace : préparez le bond PRL

Everspace, c’est un roguelike dans l’espââââce. Vous progressez à travers 6 secteurs composés de plusieurs niveaux, vous accumulez du fric et des améliorations pour vos 3 vaisseaux. Lorsque vous mourrez, vous pouvez investir votre cash pour améliorer définitivement vos vaisseaux d’la mort. Le jeu est magnifique et ultra-addictif, malgré le manque de variété des ennemis et la répétitivité générale qui s’en dégage. Le jeu est accessible aussi bien aux casuals qu’aux hardcore gameurz grâce à ses 3 niveaux de difficulté.

Achetez.

[Test] Immortal Redneck, Ziggurat en mieux

Immortal Redneck est sorti dans l’indifférence la plus totale il y a près d’un mois. Il s’agit d’un FPS-roguelite dans lequel on incarne un redneck capturé et momifié par des dieux lors d’un run en buggy au milieu des dunes égyptiennes devant traverser 6 étages dans 3 pyramides. Un prétexte pour, au début de chaque run, permettre au joueur de choisir entre trois dieux aléatoires parmi 9, ce qui aura un impact sur le pouvoir actif, passif et évidemment sur les armes de départ. Par ailleurs, Immortal Redneck, qui a tout d’un dur (mort permanente, perte de tout l’inventaire, obtention de pouvoirs aléatoires en cours de partie qui peuvent foutre l’air votre run…) propose ce qui manque dans beaucoup de roguelike pour les noobs en la matière comme moi : de la progression qui ne se perd pas entre chaque mort. En l’occurrence, chaque tentative de vaincre une pyramide est l’occasion de récupérer un maximum d’or pour acquérir de nombreuses compétences passives et permanentes : plus de vie, plus de défense, double saut, meilleure efficacité des soins etc… Ainsi, le jeu propose un vrai sentiment de progression au joueur autrement que par l’amélioration de son skill « naturel » à force de se faire poutrer par le jeu. Contrairement à un autre FPS-roguelite, Ziggurat. En fait, j’ai même l’impression que les développeurs d’Immortal Redneck ont simplement transposé Ziggurat en Egypte après l’avoir analysé pour en corriger tous les vilains défauts qui faisaient qu’on se lassait très vite de ce jeu pourtant sympa.

Choisissez votre classe de personnage et traversez les pyramides.
La classe de votre personnage, que vous pouvez changer entre chaque mort, détermine vos pouvoirs et vos armes de départ.

On tire des balles

Premier changement par rapport à Ziggurat : dans IR, on tire DES BALLES. La quasi-totalité des 50 armes du jeu propose de tirer des balles dans la tronche des saloperies que les pyramides nous envoient dans la face, contrairement à Ziggurat, qui proposait au joueur seulement des baguettes magiques qui font pioupiou. Pas besoin d’expliquer, su Nofrag, ce que cela change. Si les armes d’IR ont un certain recul, parfois assez fort, leur bruitage est toutefois assez naze, donnant l’impression de tirer avec des répliques d’airsoft plutôt qu’avec des GROS GUNS. Cela reste toutefois préférable à Ziggurat, dans lequel on avait vraiment l’impression de jeter des confettis sur des mannequins en mousse.

Les armes puissantes sont aussi pénalisantes. Par exemple, lexcellent fusil dassaut supprime le crosshair au profit dun laser, pour compliquer la visée.
Les armes puissantes sont aussi pénalisantes. Par exemple, l'excellent fusil d'assaut supprime le crossair au profit d'un laser, pour compliquer la visée.

On progresse

Comme expliqué dans l’introduction, on peut dépenser l’argent gagné dans des compétences permanentes. Toutefois, les développeurs ont été malins. D’abord, impossible d’économiser pour se payer une compétence hors de prix, car à chaque nouvelle tentative, vous perdez tout l’or non-dépensé. De plus, chaque achat de compétence augmente mécaniquement le prix de toutes les autres. Un bon moyen de compenser la puissance que cette compétence vous apporte : le jeu considère que les compétences achetées vont vous permettre d’aller plus loins dans les étages, donc de récolter plus d’or, donc il augmente les tarifs à chaque achat pour maintenir le ratio tentative/possibilité d’achat. Une excellente idée qui pousse à relancer sans cesse une partie et qui modère la frustration ressentie lorsque vous entamez le boss final avec 3hp et donc que la défaite est certaine : au moins, vous n’avez pas fait tout ça pour rien. Contrairement à Ziggurat, une fois encore.

L'arbre de compétence, ici incomplet, instaure un vrai sentiment de progression dans le jeu.

Le hasard pénalise moins

Ziggurat avait ceci d’injuste que les armes de départ étaient systématiquement nulles à chier et que tomber sur certaines salles particulièrement difficiles à un moment inopportun pouvait gâcher votre run. Bien que la génération aléatoire soit aussi de mise dans Immortal Redneck, les développeurs ont réfléchi pour rendre le hasard moins injuste (et donc moins frustrant). D’abord, les 3 (ou 4) armes avec lesquels vous débutez une pyramide sont toujours au minimum correctes, voire très performantes. Votre réussite ne dépend donc pas des armes aléatoires que vous allez trouver dans le donjon : même si vous trouvez seulement des armes de merde, vous pouvez progresser avec vos armes du départ. Contrairement à Ziggurat, dans lequel tout votre run était foutu si la première arme que vous trouviez était une sombre merde. Et justement, même s’il existe des armes moins performantes que d’autres dans IR, toutes sont efficaces dans certaines situations. Et comme vous pouvez en porter 3 ou 4 à la fois, vous ne vous retrouverez jamais à poil dans une situation donnée. Il arrive parfois de tomber sur un bonus qui vous fait perdre toutes vos armes sauf une, mais qui boost la puissance de cette dernière, et même dans ce cas là, il est possible de progresser. Le jeu est donc très bien équilibré, ce qui n’était pas le cas de Ziggurat.

Ces salles-pièges sont toujours évitables, et permettent aux aventuriers téméraires de récupérer un trésor sils franchissent les pièges sans prendre de dégâts.

On s’épuise moins

Ziggurat avait ceci de particulier qu’il était é-pui-sant. Je m’en étais rendu compte lorsque, persuadé de jouer depuis deux heures, je quittais rageusement le jeu pour m’apercevoir que cela faisait seulement 45mn. En effet, Zigurrat vous envoyait des tonnes et des tonnes d’ennemis ultra-agressifs dans les dents, chaque salles prenait un certain temps à être nettoyée et le backtracking était incessant. Dans Immortal Redneck, les salles contiennent généralement peu d’ennemis, mais ils font beaucoup de dégât et leurs attaques sont particulièrement vicieuses puisque calculées sur vos déplacements. De plus, les salles sont souvent étroites et pleines d’obstacles, en cela le jeu s’éloigne de Ziggurat et de Serious Sam auquel beaucoup le compare alors qu’il n’a rien à voir : ici les ennemis ne se jettent pas sur vous et de toute façon reculer en tirant dans le tas ne fonctionne pas, vos armes sont trop imprécises et les ennemis anticipent vos trajectoires. Le rythme d’Immortal Redneck est donc plus posé, moins épuisant. Quant au retour sur vos pas, vous en ferez nécessairement si vous souhaitez tout explorer, mais les déplacements sont ULTRA-RAPIDES (parfois trop lorsque vous obtenez un boost de vitesse) donc il est rare de se dire « meeeerde, je vais devoir tout retraverser pour explorer cette salle. »

Oui, le lance-roquette de Quake III Arena est de la partie. Et il est rare.
Oui, le lance-roquette de Quake III Arena est de la partie. Et il est rare.

Mais alors, c’est parfait ?

Si Immortal Redneck corrige les défauts de son grand frère illégitime, il n’est pas exempt de défauts. Tout d’abord, comme mentionné plus haut, les bruitages des pétoires à notre disposition sont globalement assez merdiques, malgré des exceptions comme l’AK-47. Ensuite, certains ennemis sont VRAIMENT relous et cassent parfois le rythme du jeu (coucou les magiciens qui se téléportent à travers les murs et donc après lesquels il faut courir quand une salle est nettoyée…). Enfin, il faut bien avoir conscience que le jeu n’est pas frénétique, il ne s’adresse pas aux amateurs de Serious Sam qui pensent y trouver des hordes d’ennemis à exploser. Une pyramide entière, si vous explorer toutes les salles, ne comporte pas plus de 400 ennemis, dont beaucoup se tuent en une ou deux balles. Une qualité pour moi, qui sera un défaut pour d’autres.

Vous comprenez pourquoi Immortal Redneck ne se joue pas comme un Serious Sam ?
Vous comprenez pourquoi Immortal Redneck ne se joue pas comme un Serious Sam ?

Le FPS-roguelite pour les nuls

Immortal Redneck me semble être pour l’instant le meilleur jeu dans sa catégorie plutôt fermée (ses concurrents sont le rapidement lassant Ziggurat, le fun mais très vide Tower of Gun, et… c’est tout ?). Gameplay sympa, équilibrage parfait, graphismes mignons comme tout, et des flingues, des flingues et encore des flingues pour exterminer la vermine démoniaque égyptienne ! Toutefois, étant d’ordinaire peu friand de roguelike car détestant la frustration liée au hasard, Immortal Redneck est peut-être tout simplement LE FPS-roguelite pour les nuls. En tout cas, c’est un putain de bon jeu, et c’est pas cher.

Témoignage : contractuelle administrative dans la fonction publique hospitalière

Après le témoignage de Paul, richissime homme d’affaire à la retraite, et Damien, secrétaire de rédaction dans la PQR, je vous propre celui de Houria, contractuelle en charge de la communication dans un célèbre hôpital Français.

– Parle-nous un peu de toi, Houria, tu veux bien ?

– Bien sûr ! J’ai 31 ans, un enfant, et j’ai travaillé pendant 7 ans comme chargée de communication contractuelle (puis en CDI à la fin) au sein d’un gros hôpital français dont je tairais le nom. Je viens de quitter ce poste pour rejoindre une agence privée. Et retrouver ma santé mentale, je l’espère [Rire].

– Raconte-nous tes débuts à l’hôpital.

– C’était fantastique. Bon, il faut savoir une chose, c’est que je suis issue de la bourgeoisie algérienne et qu’à l’époque, j’étais en couple avec un trader. L’argent n’était donc pas un problème, et je cherchais avant tout un métier dans lequel je serais socialement utile. Autant dire que dans la com’, c’était pas gagné, car ce sont vraiment des professions de parasites. Et puis j’ai trouvé l’hôpital. Le poste était payé 1400€ nets pour 35h, ce qui faisait un salaire plutôt minable par rapport au coût de la vie de l’endroit, et surtout par rapport au nombre d’heures effectivement travaillées, généralement entre 45 et 50 heures. Mais bon, je pouvais me le permettre, je rendais audible la voix des malades, j’arrivais à faire venir des stars de la chanson gratuitement pour donner des concerts… Bref, c’était gratifiant.

– C’est vrai que ça avait l’air cool. Au point que c’est louche, d’ailleurs !

– [Rires] Ouiiii ! Car évidemment, outre le fait que je n’avais plus de vie en dehors du travail, il y avait un revers de la médaille DANS le travail : ma chef. Une arriviste de première bourre et une incapable comme on en voit peu. Elle avait été placée là grâce à son mari, qui connaissait bien le directeur de l’hôpital. Elle émargeait à 3200€ nets par mois, et je peux te dire que elle, elle s’y tenait, à ses 35h. Mais le pire, c’est qu’elle s’appropriait tout notre travail (le service était composé d’un graphiste, une photographe de de moi-même) et faisait croire à tout le monde que toutes les réussites de com’ étaient de son fait. C’était assez dur à vivre car du coup, tout le monde me regardait comme un cancrelat quand j’allais dans les services interviewer un médecin, par exemple.

– Raconte-nous comment fonctionne la hiérarchie d’un hôpital, ça m’a l’air intéressant.

– Alors il y a la hiérarchie officielle, et la hiérarchie officieuse. Les deux sont également merdiques, pour les raisons que je vais t’expliquer. D’abord, la hiérarchie officielle, c’est le directeur qui coiffe les chefs de services qui coiffent les médecins-chercheurs qui coiffent les médecins qui coiffent les internes qui coiffent les infirmières qui coiffent les aides-soignantes qui coiffent les grouillots qui restent, genre les brancardiers. Sur la hiérarchie officielle, et c’est l’époque qui veut ça j’imagine, il peut arriver que le dirlo de l’hôpital ne soit pas un médecin/ex-médecin mais un pur gestionnaire, une tête d’oeuf dont le seul souci est la rentabilité de l’hôpital. C’est en soit un problème.

– La rentabilité ? Mais tu étais bien dans un hôpital public, non ?

– Oui, mais comme il faut à tout prix faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’hôpital parce que l’Etat diminue les crédits années après années, il faut trouver des palliatifs. Et je peux te dire qu’ils ont été trouvés. Le premier truc, ça a été de permettre à des émirs de privatiser un étage entier de l’hôpital, parfois pendant plusieurs jours, à 50 000€ la journée en moyenne. Autrement dit, tu prives des dizaines de patients de soins ou tu les envois se faire soigner à 70kms pour le prix d’une chimiothérapie. C’est donc rentable sur le moment mais complètement con à long terme. Enfin bref. Le deuxième truc qu’ils ont trouvé, c’est tout simple de faire payer tout ce qui n’est pas médical. Autrement dit, puisqu’on ne peut pas se faire de marge sur les soins car ils sont encadrés, on va en faire sur ce qui ne l’est pas. Les femmes enceintes, les cancéreux, les amputés et les enfants avec la maladie des os de verre seront donc ravis de devoir payer rubis sur l’ongle les draps, les oreillers, les serviettes de bain, les repas, TOUT ce qui n’est pas médical. Et ça douille : 9€ le drap de lit à la journée.

– Donc en fait, l’américanisation de notre système de santé est déjà bien entamée…

– Oui, et personne n’en parle. On préfère communiquer sur une nouvelle aile de l’hôpital qui a coûté 3 fois trop cher pour le résultat final. Mais avant d’en venir à ça, je voudrais parler de la hiérarchie officieuse qui règne au sein de l’hôpital. En gros, dis-toi que dans la médecine, les chirurgiens, c’est les stars. C’est eux qui roulent en Ferrari, qui harcèlent les infirmières et surtout qui pourraient gagner 4 à 10 fois plus de fric s’ils travaillaient dans une clinique privée. Pourtant, il y en a un paquet qui travaillent dans la fonction publique, pour diverses raisons que voici : soit ils ont un vrai goût pour aider les gens; soit ils sont prêt à faire un « sacrifice » financier pour faire des opérations intéressantes, car dans le privé ils font des opérations nulles à la chaîne, genre appendicite; soit ils ont un goût pour la recherche, qu’il ne pourront assouvir dans le privé qui n’en fait pas, donc ils restent dans le public. Dans tous les cas, les chirurgiens, et surtout les chercheurs (car ils ramènent des subventions et de la notoriété), sont chouchoutés par la direction. Ils sont protégés. Ils sont invincibles. Ils font du directeur un béni-oui-oui. Résultat, tous ceux qui sont en dessous des chirurgiens, ils n’ont pas un chef en la personne du directeur, non, ils en ont des dizaines : les chirurgiens de tous les services, qui ont évidemment tous leurs manies et leurs caprices. Je te laisse imaginer l’ambiance.

– Avant cet échange, tu me parlais des jeux d’influence…

– Oui, bon, c’est un bien grand mot pour parler de piston. Disons que vu la notoriété de l’hôpital, quand un ou une pistonnée débarque, c’est généralement par un ministre, un ami du ministre ou un dircab. Donc non seulement le pistonné arrive sans avoir galéré, mais en plus il est ultra-protégé. Et devine quoi, c’était le cas de ma chef. Donc elle faisait des trucs de fou. Je vais t’en raconter deux, parce que je crois que je les oublierai jamais tellement j’étais outrée et honteuse. Le premier, c’est qu’un jour, un célèbre couturier a donné pour plus de 10 000€ de robes pour petites filles à l’hôpital. Pour qu’on puisse les offrir à Noël, par exemple. Eh bien, une personne de notre service, qui était revenu un dimanche au bureau pour récupérer un truc perso oublié dans un tiroir, a surpris notre chère directrice en train de voler, tout simplement voler, les robes. Avec son mari. Ils ont chargé ça dans leur voiture et sont partis. C’est odieux. Non seulement ils ont volé des dons destinés à des enfants, mais en plus, à eux deux, ils gagnaient plus de 10 000€ par mois ! Ca sert à quoi de faire ça !?

– Et il ne lui est rien arrivé ?

– Évidemment que non ! Mon collègue n’a jamais osé en parler à quiconque, elle était bien trop protégée, il se serait fait démonter. Aucun responsable n’aurait pris le risque de désavouer ma cheffe. Donc voilà, impunité totale. L’autre truc qui s’est passé, des années plus tard, est tout aussi honteux. Notamment parce que c’est toujours en rapport avec les dons. Dans l’hôpital où je travaillais, on stockait des tonnes et des tonnes de dons de particuliers mais aussi de professionnels, destinés aux enfants et aux ados : jouets, poupées, BD, mangas, CD, jeux de société… 80m² de dons ! Sauf que c’était insupportable pour notre cheffe de se dire que des enfants allaient avoir des jouets GRATUITEMENT. « Quelle horreur, vous vous rendez-compte ! » Alors on les donnait au compte goûte. Du genre, quand on avait des séries de BD de 6 tomes, ben on donnait que le premier tome. Du coup tous les autres tomes étaient foutus.

– Tu ne pouvais rien faire ?

– Mon énergie était déjà complètement aspirée par le reste, à l’époque je commençais à faire des malaises et à saigner subitement du nez n’importe où et n’importe quand à cause du boulot… Heureusement, à l’époque, un stagiaire est arrivé pour quelques mois (non-rémunéré, c’était illégal, mais bon…) et il a été tellement écœuré de voir tous ces jouets qui prenaient la poussière et qui déteignaient au soleil qu’il a pris le risque, sans en parler à la directrice du service, d’augmenter massivement les distributions. Heureusement, personne ne s’en est rendu compte. Cela n’a pas empêché la honte suprême d’arriver : un soir, la cheffe nous apprend que deux grandes poubelles « industrielles » vont être apportées par deux gars des services techniques dans notre couloir, après les heures de bureau. Objectif : jeter plus de 50% des dons, désormais impossible à distribuer car déteints, abîmés… Tout cela devait se faire à l’abri des regards, sinon ça aurait jasé. Nous sommes donc restés un soir et nous avons rempli deux gigantesques poubelles de jouets… Je n’ai jamais eu aussi honte de ma vie, je crois.

– Plus tôt, tu as commencé à parler d’un nouveau bâtiment hors de prix construit par l’hôpital…

– Oui, revenons là-dessus. L’hôpital a donc mis des centaines de millions d’euros sur la table pour construire un nouveau bâtiment de la taille d’un hôpital de province, environs 400 lits. Intérieur « design », accueil « concept » et tout ce bullshit. Ça, c’est le discours officiel. Officieusement, les décideurs ont laissé l’architecte partir dans ses délires sans ce soucier une seconde ni de la praticité quotidienne, ni du personnel, ni de la réglementation en vigueur (et je te parle même pas des patients, eux on s’en fout, déjà qu’on les soignes !). 3 exemple : primo, tout un service était situé en sous-sol. Les personnels travaillaient donc comme des taupes, car l’architecte avait eu la bonne idée de choisir des ampoules ultra-basse consommation. Tout ce service était donc plongé en permanence dans une semi-pénombre et une lumière jaune dégueulasse que ne renierait pas une aire d’autoroute. Secundo, les plafonds étaient composés de dalles colorées, chacune de taille différente. Je répète : cha-que-dalle-de-ce-pu-tain-de-pla-fond était d’une taille unique. Dans un bâtiment public de 7 niveaux. DONC à chaque fois qu’une dalle est endommagée pour X ou Y raison, il faut commander la dalle en question à l’unité à un prestataire situé au Portugal, pour une somme évidemment astronomique. Tertio, l’architecte avait eu la bonne idée de ceindre tout le hall d’accueil avec des plantes exotiques. Arrosées chaque jour par un système automatique. De l’humidité. Dans un hôpital. Évidemment, c’est une fois les travaux effectué que quelqu’un de sain d’esprit a tiré la sonnette d’alarme. Il a donc fallu repasser à la caisse pour isoler cette magnifique forêt tropicale du reste de l’hôpital. Et je ne te parle pas du fait que la façade de ce nouveau bâtiment était recouverte d’un matériau extrêmement fragile, matériau qui a été posé EN PREMIER lors du chantier, donc l’hôpital a dû à nouveau dépenser des dizaines de milliers d’euros pour remplacer les parties abimées avant l’inauguration. Bref, le premier qui me parle d’économies et de gérer l’argent public « en bon père de famille », je lui retourne un high kick.

– Comment s’est terminée ton aventure dans cet établissement ?

– Eh bien, l’incompétence de ma cheffe a finalement été remarquée. Mais, protégée comme elle l’était, le directeur de l’hôpital ne pouvait pas la licencier ou simplement ne pas renouveler son CDD. Elle a donc été sanctionnée… par une promotion. Encore plus de responsabilité et de gens sous ses ordres, et le salaire qui va avec. Mais dans un autre établissement. Tant mieux pour nous, dommage pour ses nouvelles victimes… Bref, elle a été remplacée… par sa copie conforme. Là, je me suis vraiment effondrée. Surtout qu’au même moment, le directeur de l’hôpital a été remplacé par un pur gestionnaire, qui rendait l’ambiance encore plus pesante. J’ai donc commencé à chercher un autre job, d’autant que dans ma vie personnelle c’était la catastrophe, je me suis retrouvée seule avec mon enfant. Et là j’ai découvert la brutalité de la vie. Entre mes « amies » qui me conseillaient de me prostituer auprès de mon ex pour qu’il me laisse habiter chez lui, et ma famille qui me suggérait de trouver un bon parti, je suis tombée de haut. Et j’ai aussi découvert ce que ça fait d’être arabe avec un enfant et 1400€ pour trouver un logement à Paris… Je me suis retrouvée dans un 28m² insalubre, c’était terrible… C’est une autre histoire. Bref, tout est parti en sucette au même moment, j’ai donc décidé de quitter ce boulot de merde et j’ai réussi à trouver ailleurs. Et pour l’instant, ça se passe bien.

Titanslow 2

Le premier Titanfall avait été une grosse claque dans ma bouche lors de sa sortie en 2014. Peu amateur des FPS élitistes de type ArmA, j’attendais déjà à l’époque, désespérément, la sortie d’un FPS bas du front, accessible mais avec une certaine marge de progression, fun mais pas nul tant il prend son joueur pour une quiche. Or, il se trouve que les trois premiers critères sont rarement compatibles avec le dernier dans le jeu vidéo moderne. Et puis, Titanfall est sorti. Du wallrun, des sauts de folie, des gunfights nerveux jouables sans ironsight, et des putains de robots géants de l’espace que l’on peut contrôler pour se battre contre d’autres robots géants de l’espace, pendant que les joueurs à pieds continuent de s’écharper joyeusement comme des mouches autour de notre cockpit. Bref, c’était GE-NIAL. D’autant que pour une fois on ne se foutait pas de notre gueule pour un jeu exclusivement multijoueur, avec pas moins de 15 maps à la sortie du jeu, toutes de qualité. A l’époque, trois défauts majeurs : l’ergonomie atroce des menus, un temps d’attente entre les parties de 90 putains de secondes et un nombre d’armes rachitique. Des problèmes pas difficiles à corriger par un éventuel successeur, donc.

Et puis là, patatra, Titanfall 2 est sorti. Premier constat : les développeurs ont cédé face à la relative modernité qui veut qu’on ne peut plus sortir un jeu sans mode solo. Titanfall 2 propose donc une aventure scénarisée assez nulle (je ne comprends pas les avis dithyrambiques sur cette campagne, j’ai dû louper quelque chose, si quelqu’un parmis vous l’a appréciée, je veux qu’on m’explique. Vraiment.), qui a pour effet immédiat d’amputer le multi d’un nombre conséquent de maps. Le coeur du jeu, le online, ne propose plus que 9 maps en lieu et place des 15 du premier. Fantastique. Deuxième constat, on attends toujours beaucoup trop entre les parties, et ça, ça devient INSUPPORTABLE BORDEL, d’où vient ce délire des FPS modernes de renvoyer les joueurs dans un lobby entre deux parties plutôt que d’enchaîner les maps ? Rien que de l’écrire ça me rend dingue, alors de penser que des types peuvent décider ça en réunion et le programmer sans que personne n’intervienne en disant « non mais attends Josh, ça va faire chier tout l’monde ça ! »… Dernier constat : le jeu a beau proposer plus d’armes que son aîné, ça reste peu et elles sont terriblement génériques.

Les maps de Titanfall 2 : de grands espaces vides qui anéantissent tout le fun du gameplay des pilotes.
Les maps de Titanfall 2 : de grands espaces vides qui anéantissent tout le fun du gameplay des pilotes.

Les maps, quant à elles, sont en net retrait par rapport à Titanfall premier du nom. Les développeurs ont en effet changé leur fusil d’épaule, probablement afin de favoriser les combats entre les joueurs en titan et les joueurs à pieds – ce qui en est bien le cas en l’occurrence, mais ce n’est pas pour autant amusant. Contrairement au premier épisode où la plupart des cartes proposaient des points chauds où se concentraient les combats de pilotes à pieds et de vastes zones ouvertes aux mechas (et plutôt hostiles aux pilotes puisque sans abris ou murs pour courir), Titanfall 2 propose uniquement des maps composées de larges couloirs (pour les robots) entourés de petits couloirs (pour les pilotes). Or, il se trouve que les « couloirs à mechas » sont généralement trop larges pour que les pilotes puissent courir de murs en murs ! On passe donc d’un gameplay assez fou où l’on pouvait parcourir tout la carte sans toucher le sol à un gameplay asthmatique (bien que 10 fois plus rapide que la moyenne des FPS du marché, restons lucides) où on est sans cesse ramené au sol par l’absence de spot où courir. Enfin, la direction artistique des maps laisse franchement à désirer par rapport à Titanfall premier du nom : base, usine, base, usine… On a même droit à une map « camp d’entraînement » comme dans n’importe quel free-to-play coréen de chie. Ce n’est pas compliqué, j’ai arrêté de jouer au jeu il y a deux mois et j’ai dû aller voir sur le wiki pour me rappeler des maps, alors que je me souviens encore des maps (même les moins bonnes) du 1er Titanfall auquel je n’ai plus joué depuis 2014.

Les maps de Titanfall 2 sont tellement nulles quEA en est réduit à sortir gratuitement les maps du 1er épisode, ici Angel City. La honte.
Les maps de Titanfall 2 sont tellement nulles qu'EA se met la misère tout seul en ressortant les maps du 1er.

Vous l’aurez compris, le game design des maps est mauvais. Restent les gunfights. Eh bien, c’est toujours cool. C’est moins nerveux que par le passé, j’ai l’impression que l’on meurt plus vite (et je n’aime pas ça), la courbe de progression est encore plus faible, mais ça SUPER COOL DE COURIR SUR UN MUR, BUTER UN TYPE SUR UN TOIT A 50 METRES SANS IRONSIGHT PUIS D’ATTERRIR DANS LE COCKPIT DE SON TITAN, DE PIÉTINER UN AUTRE JOUEUR ET ENFIN D’EXECUTER UN DERNIER EN BROYANT SON ROBOT COMME DU PAPIER. Même sur des maps nulles avec des armes génériques. Et c’est pour ça que j’ai passé une centaine d’heures sur le jeu avant de m’en lasser (140h sur le 1er).

En résumé, Titanfall 2, c’est comme le 1er mais en moins bien, c’est donc une très grosse déception par rapport aux énormes attentes que je plaçais sur lui. Reste qu’il est assez seul sur son secteur, Tribes Ascend étant pour ainsi dire décédé. Néanmoins, le nombre de joueurs étant en chute libre, je ne peux vous le recommander à plein tarif. Espérons qu’EA procède rapidement à une baisse drastique du prix afin d’attirer de nouveaux joueurs (car ce n’est pas en offrant une map gratuite tous les trimestres que la communauté va se renouveler, apparemment Killing Floor 1 et 2 n’ont toujours pas fait d’émules), mais j’ai quelques doutes…

Voyage dans Shadow Warrior 2

Shadow Warrior 2, bien qu’inférieur à son aîné pour cause de « fucking lack of level design », reste le FPS indispensable de cette fin d’année. Et le jeu est une putain de baffe graphique qui met la misère à la plupart des FPS actuels. D’ailleurs, le développeurs le savent, ils ont donc intégré directement dans le jeu un mode Photo pour screener dans tous les sens. C’est pourquoi je vous propose quelques screens (et encore plus directement sur Flickr) non-retouchés, comme je l’avais fait pour Alien Isolation à l’époque.

Home sweet home

Leaves path

Neverending path

The Forest

Patrol

Heading to the bridge

The Library (alt. ver.)

The secret way

The Creature