Le Monde selon... (le blog de raf)
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Lilith (Octobre)

Vendredi 20 octobre 2006 à 17 h 12
Depuis deux heures Lilith est enfermée dans le labo, travaille sur des photos dont j'ignore le thème pour valider une U.V. dont j'ai oublié le nom et pendant ce temps je réuni assez de force pour ne pas m'éparpiller dans l'espace.
Click du minuteur, clapotis de l'eau dans les bacs, silence. Un interrupteur s'allume puis s'éteint, s'allume de nouveau. Autre silence puis la voix de Lilith, gémissante
-Bon Dieu mais... pourquoi ?-.

Je pose D.S. magazine et me redresse sur le sofa pour tendre l'oreille. Claquement de porte, une clef tombe sur le carrelage, bruit métallique, MERDE ! excédé, pas rapides dans l'escalier, tout çà annonce que Lilith est à cran et la tension grimpe inexorablement dans la pièce. Elle débarque, les yeux rougis, lance une dizaine de photos encore humides sur la table basse puis commence à faire les cent pas devant moi en tirant nerveusement sur une cigarette. J'étale les clichés, une dizaine d'escaliers en noir et blanc, volées de marches dessinant de grands escargots, plongées vertigineuses sur des rampes de bois poli qui luisent dans l'obscurité, je sens un regard en coin se poser sur moi. Je saisi une des photo puis la tourne dans tous les sens avant de m'aperçevoir qu'elle n'en a pas.

Lilith qui s'est approchée de la fenêtre regarde dehors, attend en sanglotant qu'une phrase jaillisse du vide qui, derrière elle, est assis sur le canapé.

Développement plutôt réussi mais tous ces escaliers ne m'évoquent rien du tout (les vieux quartiers peut-être ?) et j'ai du mal à imaginer ce que Lilith veut leur faire dire si toutefois elle a jamais voulu leur faire dire quelque chose.
- Quoi ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Ils sont bons ces tirages non ? - Je tente sur un ton à peu près acceptable.
- Ce n'est pas vraiment ce que je te demande - Dit elle froidement.
- Eh bien, c'est... je les trouve plutôt... romantiques ?
- Romantiques ?
- Ouais, romantiques et... -J'hésite un instant- ...équilibrés !
- Romantiques et équilibrés ? C'est çà ?- Sa voix a gravi un octave, elle se retourne vers moi.
- C'est çà , c'est pas ce que tu voulais ?

Apparemment non. Lilith ne répond pas, s'empare des photos, entreprend de les déchirer méthodiquement puis essaie de fourrer le tout dans la corbeille mais la plupart des photos se retrouvent par terre ce qui déclenche d'autres sanglots. Deuxième cigarette.
- Rotchenko de pacotille, c'est çà ? - Renifle t'elle.
- Rotchenko était un mec Lilith - Dis-je dans un sourire.
- Sa pute alors Barbara je-sais-plus-quoi ? - Dis t'elle d'une voix tremblante.
- Varvara Stepanova princesse et on ne dit pas pute mais muse...- Et ma remarque fait son chemin sur le visage convulsé de Lilith.
- T'es vraiment un salaud, tu te fou de ce que je peux faire hein ? Tu ne regardes...
- Je n'arrête pas de regarder ! Je ne fais que çà ! Et je t'ai dit ce que j'en pensais pas vrai ? - Je demande, excédé.

Lilith s'appui contre le mur, tire une bouffée rageuse en essayant ou pas de se calmer.
- Tu es, et de loin, le type le plus inutile que je connaisse - Dit elle en expirant bruyamment la fumée.
- Cool...- J'envoi balader la photo qui m'est restée dans les mains et elle respecte parfaitement la loi de Murphy, atterissant face contre terre dans un bruit mouillé.
- Et je sais trop bien ce que tu pense de tout çà...
- Et alors ? - Je demande.
- Pour toi, tout est un peu mièvre c'est çà ?
Moi, mes photos, trop fleur bleue, çà ne rentre pas dans ton cadre c'est çà ? Pas assez... comment dire...- Elle tente ce qui doit être une imitation de moi, moue étrange sur le visage sensé évoquer le mien.
- Pas assez fin de siècle c'est çà ? -
Je ne répond pas, j'essaye de comprendre la fin de sa phrase et il me semble tout à coup que çà n'a pas la moindre importance.
- Qu'est ce qui t'intéresse au juste, hein ?!- Hurle t'elle.
Je la fixe silencieusement en serrant les mâchoires et je ne sais pas si mon regard est suffisamment dur pour signifier quelque chose.
- Oh et puis va te faire foutre à la fin !- Dit elle avant d'éclater en sanglots.
- J'y cours Lilith- Dis-je en me levant puis je balance un coup de pied dans la table faisant voler le cendrier. J'attrape mon blouson et me dirige vers la porte mais Lilith me barre la route, les yeux exorbités, lèvres tremblantes, ses mâchoires paraissent sur le point de céder et je sens que les choses prennent une sale tournure.
Brusquement, ses poings s'envolent contre mon torse et je manque de basculer en arrière, arrive à en saisir un dans sa course mais le deuxième atteint le bas de ma mâchoire puis frappe mon épaule, je parviens à attraper ses bras et à les maintenir serrés contre elle. Elle hurle en essayant de se débattre et ses cris font surgir une peur antique, déchirante et la pièce se penche soudainement, l'angoisse courbe les murs, éteint la lumière de l'après-midi, des ombres épaisses parcourent la périphérie de mon regard qui s'est métamorphosé, je le vois dans celui de Lilith, en un autre regard. Paniqué je projette Lilith le plus loin possible dans la pièce qui s'est soudainement allongée, Lilith heurte violemment une étagère, bouteille de parfum se brisant en touchant le sol, explosion de verre, encens dispersés en mikados, assiettes vacillantes au-dessus de sa nuque, l'étagère entière menace de s'effondrer puis décide que non, laisse échapper encore un ou deux verres qui frôlent Lilith dans leurs chutes et rebondissent à ses pieds sans se casser. Lilith les poings serrés, remontés au niveau de ses oreilles, halletante dans les débris, lève les yeux vers moi, terrifiée. Sa bouche forme un O qui sans le moindre son ressemble encore à un cri. La pièce se redresse progressivement et une voiture passe pour confirmer que Lilith a bien cesser de hurler. Je m'accroupi devant elle en reprenant mon souffle et balaye de la main les bouts de verre éparpillés tout autour puis, ne sachant quoi faire je tend lentement mes bras vers elle. Elle desserre les poings comme si ses forces l'abandonnaient puis, sans me quitter des yeux, écarte légèrement les bras, sursaute dans un spasme au moment où mes mains la saisisse sous les aisselles, comme on porte un enfant, et il est difficile de dire lequel de nous deux a le plus peur, je la relève doucement et je sens son corps tout entier frémir, sa respiration est saccadée, irrégulière. Je la porte sur le sofa où elle s'allonge d'elle même, instinctivement, et son regard me suit dans la pièce tandis que je ramasse les bouts de verre et quand j'allume une cigarette son regard est toujours sur moi.
Plus tard, alors que je l'ai rejoint et que je lui apporte un xanax et un verre de whisky, d'une voix atrocement douce, elle dit:
- Romantiques et équilibrés c'est çà ?
Elle avale le cachet.
- Je ne sais pas Lilith...- Je réussi à dire en évitant son regard alors elle ajoute:
- Tout... tout ce que...- Elle prend son verre des deux mains les yeux rivés sur moi - Tout ce que tu n'est pas. - Puis le boit d'une traite en fermant les yeux.

Et plus tard encore, dans la nuit, quand on fait l'amour, ses jambes largement écartées, ses pieds frôlant mes épaules, je n'arrive pas à détacher mon regard de l'endroit sombre de son sexe, je ne vois plus tout à coup que le vide d'une peau brune, sombre et tendue, tournée vers un intérieur qui n'est peut-être pas le sien, je ne vois plus que des contours sans épaisseur et des larmes que je n'arrive pas à contenir, et des os saillants et une peau brune, sombre et tendue, sans épaisseur ni renflements et pendant qu'une larme glisse et pendant qu'elle jouit, j'essayes de fermer les yeux et je ne sais rien d'autre que ce que l'on m'a dit un jour et j'ai peur que la pièce vacille et j'espère qu'une voiture passera de nouveau, la lumière des phares animant des plages de lumière sur les murs.
Vendredi 20 octobre 2006 à 19 h 28
Fallait terminer par "Toutes les photos se ressemblent. Point." !
Vendredi 20 octobre 2006 à 21 h 48
C'est ça qui est bien avec les blogs: l'infâme cotoie le sublime et même si au fond de nous on sait bien que tout ça est aussi éphémère et volatile qu'un coup de vent, ça fait du bien de se faire fouetter la gueule par un boncoup de vent de temps en temps. Continue à souffler, raf.

Du coup, je file lire les précédents, que j'ai honteusement ratés.
Samedi 21 octobre 2006 à 14 h 14
"Je vais persévérer"
Pas beaucoup de com parceque une réponse à ce genre de texte demande au commentateur d'écrire quelque chose d'un peu réflèchis, et c'est chiant (des fois).

C'est plutôt bien écrit, juste que c'est des fois un peu "too much" (ou pas en fait, c'est peut être juste la réalité de ses situations qui est too much).. à plusieurs moments on a envie de choper ta lilith et de la serrer fort dans nos bras tellement elle a l'air fragile et désemparée.
Bref, un texte qui amène de l'empathie, ça peut pas être un mauvais texte :) (j'ai pas la tête à develloper plus, désolé)
Dimanche 22 octobre 2006 à 11 h 01
Rhooo personne n'y a pensé?
ENCULE LA§§§

Donc ça c'est fait.
Sinon très très bon texte émotions, réalisme cru, romantisme (pas au sens culcul la praline hein), les mots me manquent un peu mais c'est du bon.
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