Jury Coke
Lundi 17 juillet 2006 à 16 h 05
Effervescence de façade aujourd'hui, avant de mourir tout à fait pour le reste de l'été, les beaux-arts sortent brièvement de la torpeur caniculaire pour le soubresaut final du concours d'entrée.
A peine le temps de m'envoyer un café et de saluer les collègues-cadavres alentours que la secrétaire introduit la première candidate et, en la regardant venir jusqu'à la table, je me promet de n'être influencé par aucune des fioritures d'usage; sourires piercing, prétention parisienne, motivation forcenée, dossiers truqués qui ne trompent personne, références pompeuses à des artistes hypes morts-nés, promesses d'un avenir extra scolaire quasi pornographique.
Tandis qu'elle sort maladroitement des photos toutes semblables et sans interêt (corps nus, tatouages tribaux, demis fesses, quarts d'épaules, flou hamiltonien de rigueur ou ambiance viande façon Cindy Sherman), je cherche désepéremment de quoi allumer une cigarette.
Ses gestes ressemblent vaguement à ceux que ferait un grand oiseau marin pour sortir de l'eau. Je suis curieux de savoir malgré ce que je sais déjà, j'essaie de deviner de qui elle me parlera en premier (Nan Goldin ? Annette Messager ? Makiko Horino ?) puis je vois l'inscription sur son tee-shirt "Demain, c'est aujourd'hui ! En pire". Je pourrais lui proposer de le quitter, de poursuivre l'entretien en soutien-gorge, le jeu serait simple: à chaque fois qu'elle me décevrait elle oterait un vêtement, idem pour moi. A la place je m'entend lui demander dans un souffle quel département elle envisage d'intégrer, "Art ou Design ?" et ce malgré le fait que je connaisse déjà la réponse.
Furieuse envie de lui faire remballer ce fatras de resuçée photographique et de discuter vraiment.
Sa voix est à peine audible, elle commence :
- Mes influences se situeraient entre Goldin et...
Et cette première phrase me réveille brutalement :
- Tes influences ? Tes influences c'est de la merde ! Tu es juste au début là, tu veux signer pour 5 ans et tu viens m'emmerder avec des "influences". Tu n'as pas d'influences et si tu crois en avoir tu te fourres le doigt dans l'oeil cocotte (et en le disant j'ai l'impression que c'est la première fois que je prononce ce mot, chaque syllabe semble étrangement isolée)
Et si je découvre que tu signes tes photos je vais vraiment finir par chialer !
- Je voulais juste dire que...
- Est-ce que tu signes tes photos bordel ?!
- Heu... comment çà "signer" ? je... je comprends plus là, je ne voulais pas...
- EST CE QUE TU SIGNE TES PUTAINS DE PHOTOS ! - le jury voisin commence à s'interesser à la scène. Valérie O. jette un oeil inquiet dans ma direction tout en se balançant sur sa chaise tandis que je fais tomber une partie du dossier par terre.
- Non, non, je les... je les signe pas ! - Sa voix est presque en rupture, suraigüe.
- Alors, tu es prise merci. Suivant ! - Dis-je en commencant de remplir le dossier.
Elle hésite un instant, hébétée et silencieuse, puis entreprend de rassembler ses affaires à présent étalées de toutes part, puis elle semble revenir, progressivement, de là où elle était partie, parce que je souris enfin et que dans la case des impressions du jury, à côté de son nom, et même si elle n'en sait rien je viens de marquer "oui".
A peine le temps de m'envoyer un café et de saluer les collègues-cadavres alentours que la secrétaire introduit la première candidate et, en la regardant venir jusqu'à la table, je me promet de n'être influencé par aucune des fioritures d'usage; sourires piercing, prétention parisienne, motivation forcenée, dossiers truqués qui ne trompent personne, références pompeuses à des artistes hypes morts-nés, promesses d'un avenir extra scolaire quasi pornographique.
Tandis qu'elle sort maladroitement des photos toutes semblables et sans interêt (corps nus, tatouages tribaux, demis fesses, quarts d'épaules, flou hamiltonien de rigueur ou ambiance viande façon Cindy Sherman), je cherche désepéremment de quoi allumer une cigarette.
Ses gestes ressemblent vaguement à ceux que ferait un grand oiseau marin pour sortir de l'eau. Je suis curieux de savoir malgré ce que je sais déjà, j'essaie de deviner de qui elle me parlera en premier (Nan Goldin ? Annette Messager ? Makiko Horino ?) puis je vois l'inscription sur son tee-shirt "Demain, c'est aujourd'hui ! En pire". Je pourrais lui proposer de le quitter, de poursuivre l'entretien en soutien-gorge, le jeu serait simple: à chaque fois qu'elle me décevrait elle oterait un vêtement, idem pour moi. A la place je m'entend lui demander dans un souffle quel département elle envisage d'intégrer, "Art ou Design ?" et ce malgré le fait que je connaisse déjà la réponse.
Furieuse envie de lui faire remballer ce fatras de resuçée photographique et de discuter vraiment.
Sa voix est à peine audible, elle commence :
- Mes influences se situeraient entre Goldin et...
Et cette première phrase me réveille brutalement :
- Tes influences ? Tes influences c'est de la merde ! Tu es juste au début là, tu veux signer pour 5 ans et tu viens m'emmerder avec des "influences". Tu n'as pas d'influences et si tu crois en avoir tu te fourres le doigt dans l'oeil cocotte (et en le disant j'ai l'impression que c'est la première fois que je prononce ce mot, chaque syllabe semble étrangement isolée)
Et si je découvre que tu signes tes photos je vais vraiment finir par chialer !
- Je voulais juste dire que...
- Est-ce que tu signes tes photos bordel ?!
- Heu... comment çà "signer" ? je... je comprends plus là, je ne voulais pas...
- EST CE QUE TU SIGNE TES PUTAINS DE PHOTOS ! - le jury voisin commence à s'interesser à la scène. Valérie O. jette un oeil inquiet dans ma direction tout en se balançant sur sa chaise tandis que je fais tomber une partie du dossier par terre.
- Non, non, je les... je les signe pas ! - Sa voix est presque en rupture, suraigüe.
- Alors, tu es prise merci. Suivant ! - Dis-je en commencant de remplir le dossier.
Elle hésite un instant, hébétée et silencieuse, puis entreprend de rassembler ses affaires à présent étalées de toutes part, puis elle semble revenir, progressivement, de là où elle était partie, parce que je souris enfin et que dans la case des impressions du jury, à côté de son nom, et même si elle n'en sait rien je viens de marquer "oui".
Sinon pourquoi tu l'as pris en fait?
...et aussi parce que je suis super sympa.
(fallait bien que je m'y colle une fois au moins)
J'espère juste qu'un jour, l'une d'elles t'assènera un violent coup de pieds dans les couilles en te lançant un rageur "EST-CE QUE TU TE SENS TOUJOURS AUSSI SUPERIEUR MAINTENANT ?" alors que, de douleur, tu te rouleras à ses pieds.
En attendant cet hypothétique instant de justice, j'espère vivement te recroiser bientôt sur un serveur : c'est parce que tu es si sadique que tu fais un bon coéquipier !
PS: T'inquiète, suis pas si méchant (d'ailleurs j'en ai pris 4 sur 5 !)
PPS: Pour la partie c'est quand vous voulez les scorpions ^^
"des photos toutes semblables et sans interêt"..."ce fatras de resuçée photographique " citées dans l'article contre des "Estampes classieuses, photos trop "tendance" mais pas dégueu" dans les commentaires.
Mais même si ton récit comporte une bonne dose de fiction, je ne doute pas qu'il y a de nombreux coups de pieds bien placés qui se perdent et que tu fais surement partie des personnes méritantes(mon éducation rurale m'ayant formaté à systématiquement dénigrer ces branleurs d'artistes parisiens, je ne pouvais pas laisser passer une si belle occcasion ^^).
Quoi qu'il en soit, si jamais tu te connectes, n'hésites pas à faire un petit tour par ici, tu seras toujours le bienvenu et accessoirement, tu pourras essayer de me convaincre que malgré ton statut si haïssable à mes yeux, tu es un gars bien ;)