Pour moi, fumer c'était beaucoup de cigarettes par jour :
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9h10 : première clope au réveil avant le petit-déjeuner.
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9h30 : une autre après le petit-déjeuner mais juste avant la douche.
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9h45 : une "dernière" avant de partir ou en partant au taf.
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11h : deux à la pause clope du matin.
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13h : une autre avant de partir manger au resto le midi.
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13h10 : une en attendant la commande.
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13h40 : un nouvelle pour patienter en attendant la café,
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13h45 : ...et une ou deux pendant le café.
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14h : une autre en sortant du resto
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16h00 : puis deux pendant la pause après midi.
On est encore en après midi et j'ai déjà 13 clopes à mon actif. En fonction de mes journées et de mon activité, je peux avoir deux cas. Le premier, c'est de taffer, rentrer, dormir. J'ai alors droit à :
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18h : une petite pause d'une clope
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19h : je pars du taf, j'en grille une "dernière" (encore) en rentrant chez moi.
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21h : après manger, je m'en grille une autre. Et dans la soirée, je peux en enchaîner encore 2 ou 3.
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2h : avant de me coucher, une "dernière". LA "dernière".
Typiquement donc, j'en étais à un paquet. Et là, c'était dans mes bonnes journées. Celles où j'avais l'impression de ne pas fumer beaucoup. Et il y a les autres, celles où on bouge en concert, on sort dans un café, chez un pote, ou il s'agit d'une soirée où en plus de ça on fume autre chose. Et là, je me retrouvais souvent à 6h du mat' avec deux paquet et demi vides à côté, mon cendrier débordant, mes bouteilles de soda remplies de mégots et d'eau noircie de goudron. Et je me souvenais très bien que cinq ans avant, quand j'avais ma première clope à la bouche, je me disais "de toutes façons, quand j'en serai à un paquet par jour, j'arrêterai les doigts dans le nez". Non, c'était faux, et je n’avais même jamais essayé d'arrêter. J'y avais pensé, rapidement, mais ça allait toujours être dans un futur proche.
Mais les complications arrivent : un cas de tuberculose assez grave est repéré dans mon travail. Pire : la victime est le mec qui taffe tous les jours à deux mètres de moi. Avec qui je bouffe le midi. Avec qui je vais fumer des clopes tout le temps. La paranoïa s'ensuit naturellement : "et si j'avais été contaminé ?!". Pendant que lui est hospitalisé et est mis en quarantaine totale pendant trois mois, nous, au travail, on nous annonce que bientôt, on aura droit à plusieurs séances de dépistage : test intradermique et radios des poumons. On y va, et pas de gaieté, d'autant plus que je me tape ces exams sur mes vacances.
Le jour du premier verdict arrive : sur les quatre personnes présentes, je suis le seul à poser un problème selon mon pneumologue. Mon test se révèle être hyper positif (ce qui en soi, ne veut strictement rien dire) mais surtout, elle a un doute sur la radio. Ce jour-là : je flippe. Du genre à méga flipper. Parce que ces problèmes sur la radio, ça pourrait être n'importe quoi, d'autant plus que je ne présente strictement aucun symptôme apparent. Je vais devoir faire une fibroscopie. La fibroscopie, c'est quoi ? C'est simplement un test où on insère un long tube avec une caméra au bout dans le patient pour examiner de l'intérieur. Ca passe au choix -en fonction du patient- par le nez ou par la bouche. Ensuite, ça glisse lentement, très lentement même, et ça passe entre les cordes vocales. Un moment crucial puisqu'il ne faut même pas songer à pousser un petit cri de peur sous peine d'avoir extrêmement mal et de finir complètement aphone. Et ça glisse, encore, jusqu'à attérir à l'intérieur des poumons. Ca, c'est rien. Ce qui fait mal, c'est la biopsie, quand ils vont prélever un petit morceau de l'intérieur pour l'analyser. Sentir le petit pincement à l'intérieur est extrêmement désagréable. Sauf que pas de bol, la première tentative est infructueuse. Alors on passe à la seconde, puis à la troisième, puis à la quatrième et à la dernière tentative... Evidemment, l'anasthésie locale a le temps de se dissiper et le gaz qu'on me balance à très haute doses pour me faire planer n'arrive pas à me destresser (car il faut le dire : depuis le début de l'intervention, on me shoote à ma demande. Et shooter n'est sûrement pas assez fort pour vous décrire l'état second dans lequel j'étais, et ce même deux heures après l'opération). Une fois terminé, on nettoie mes poumons de l'intérieur à l'aide d'un jet, apparemment d'eau ou d'air.
Tout ça, je ne sais pas encore que je vais le subir. Je ne sais pas encore que je vais suite à cette fibroscopie recracher un liquide tout noir (le tabac accumulé ?) et un peu de sang. Je ne sais pas encore que je vais avoir l'immense privilège d'être hospitalisé pendant un moment avec quelques complications et d'être à mon tour placé en semi-quarantaine, à grand renforts de réeducation respiratoire quotidiennement. Ce que je sais, c'est que je crève de peur car on vient de me faire cette fameuse radio et que les conséquences et les causes sont déjà trop horribles pour moi à ce moment précis. Sur le net, on parle même de cancer, de sida, d'à peu près toutes les maladies possibles. On est alors le 4 février 2006, il doit être autour de 16h et je fume ma dernière cigarette. Il me reste la moitié d'un paquet de Marlboro dans ma poche et un autre paquet neuf dans celle de mon blouson. Je m'empresse de jeter le paquet neuf et je garde l'autre, en souvenir. Ce jour là, grâce à un pote, je décide que dans tous les cas, j'arrête de fumer. Je passe de 20 cigarettes à 0.
Nous sommes un an plus tard moins 3 jours. J'ai pris 10 kilos au moins, ce qui n'est pas trop grave vu que j'étais apparemment rachytique. La tuberculose est passée, mon traitement de six mois aussi. Je peux monter les escaliers du métro sans être essouflé et j'essaie même de faire du vélo de temps en temps en dehors du cadre de ma réeducation. Je compte aussi m'inscrire dans un club de fitness histoire de faire de l'exercice en plus parce que c'est vrai, je ne fais pas beaucoup de sport en restant derrière mon PC. Je fais à peu près 120 € d'économie par mois en ne fumant pas, je ne paie plus 50 cafés par jour parce que je ne m'y pose plus. J'en ai profité aussi pour ne plus boire. Tant qu'à faire. Et ça, c'est aussi une sacré économie, minimum 15 € par semaines. Je vais certe beaucoup moins en concert, mais plus par manque de temps que par peur de retomber dans la clope. Mais ce n'est pas pour autant que je ne vais pas mieux, bien au contraire. Ma vie a beaucoup changé et bon sang, qu'est-ce que je peux en être fier.
Joyeux anniversaire avancé à moi.