*** (le blog de daddy)

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tendre jeudi

Jeudi 25 mai 2006 à 10 h 21
Aujourd'hui grass'mat' : 9h30
Mon boss m'a lâché la grappe et accordé mon vendredi. Je vais faire les magasins. Je vais pouvoir enfin claquer un peu du pognon que je me fais chier à gagner à la sueur de mon front (et de mes mains: j'ai les mains toutes moites dès que je me retrouve dans le RER). Mais je ne sais pas encore quoi acheter. C'est un détail.

L'autre bonne nouvelle c'est que le prix du baril de brut est redescendu de 0,3 points à la bourse de NY.
Non je déconne. La Bonne Nouvelle c'est que Monoprix fait une remise de 50 cent. sur les packs de 6 de 33" Export. Sont forts à Monoprix. Sont forts et sont sympas en plus.
Allez je file, je dois pas être le seul sur le coup.

Poème pour ceux qui iront bosser demain (comme moi)

Dimanche 21 mai 2006 à 21 h 46
Réveil difficile
le petit s’est réveillé très tôt et pleure dans le berceau à côté de mon lit
je le supplie de s’arrêter, je veux dormir
encore
mais quand je vois sa petite frimousse qui rigole je ne peux pas
lui en vouloir.

Je le prends avec moi dans le lit
il rigole et gazouille
Abbiiibbou bllloouuuuuuuu piiiiiiiiii wiiiiiz
Ça me fait marrer

Je me lève pour aller pisser
un coin de mon peignoir a trempé dans la cuvette pleine de pisse
mais ça n'a pas d'importance

J’entends :
« Boum Boum Boum » à travers le mur
c’est ma voisine
depuis quelques mois elle déconne à plein tube:
et plante des clous avec sa tête


Une fois le thé prêt, je sors sur la terrasse le petit dans les bras
Il fait beau
je suis à Paris et prends mon petit déjeuner
au soleil
il doit être 9h30
nous sommes lundi
je ne vais pas travailler

Un pigeon se pose sur la corniche et nous regarde
mon fils rigole, un pigeon c’est vrai que c’est marrant
il nous regarde avec ses gros yeux cons,
il a l’ai bourré de grippe aviaire
pas de miettes dans le coin alors
il lâche une fiente et s’envole
Abbiiibbou bllloouuuuuuuu piiiiiiiiii wiiiiiz
c’est bien résumé je trouve


Il est encore tôt,
au soleil

je termine ma tartine de miel en me demandant
dans quel
parc nous allons aller nous promener

J'hésite.
Allez, va pour Belleville.
2 commentaires, dernier de neFAST.

Appel à candidatures (c'est pas des conneries)

Dimanche 21 mai 2006 à 19 h 35
Y'a l'air d'avoir pas mal de nouvelleux sur ces pages.
Je ne sais pas si ça existe déjà sur NF mais j'aimerai créer une sorte de feuille de choux online (mise à jour mensuel en gros) qui regrouperait des bons textes (nouvelles, poèmes, chapitres, ...) sélectionnés par une sorte de « Comité éditorial ».
On se servirait du système des blogs de NoFrag pour faire le magazine.
Tout le monde pourrait proposer des textes et une fois ceux-ci choisis, pourquoi pas demander à de bons dessinateurs (je sais qu'il y en a plusieurs ici) de les illustrer.

Je cherche donc 3 personnes pour ce comité éditorial (pas forcément des gens qui écrivent, et si possible quelqu'un qui s'y connaisse pour faire la déco du blog).
Une fois le comité constitué nous lancerons un appel pour les textes.
Y'en a que ça branche? (sinon je laisse tomber mais ça me ferait chier).
> gfestivi@gmail.com
2 commentaires, dernier de daddy.

Récit d'une journée de pêche (par Raymond Brecouille)

Dimanche 21 mai 2006 à 11 h 58
Une journée à la pêche






Je voulais démissionner de mon job. Ce job était vraiment nul. Je n’entrerai pas dans les détails, disons que j’en sortais tous les soirs plutôt mort que vif. Le taf était fatiguant, les collègues étaient fatigants, et leurs conversations étaient fatigantes. Je ne m’entendais pas trop avec eux et j’étais souvent seul. Avec le recul, je me dis qu’ils valaient peut-être mieux que moi. Ils prenaient du plaisir à parler entre eux, ils rigolaient, ils vivaient, pendant que je fumais dans mon coin, fier de mon indépendance et de ma solitude. Tout ça, c’était probablement un peu bidon en fait. Mais bon. Il y avait aussi deux-trois gars sympa avec qui je déjeunais parfois. Il y avait Martin, Francis, et Jean-François, mais lui je l’aimais moins. Il sentait un peu fort. Ce n’était pas des grandes amitiés éternelles, mais c’était déjà quelque chose. C’était toujours ça de gagné sur la mort.
Enfin bref, j’avais décidé de démissionner. Alors un matin j’ai donné ma lettre à mon patron et voilà, je n’avais plus qu’à attendre la fin de mon préavis. Et un jour, mon préavis arriva à son terme. Mon dernier jour dans cette satanée boite. Je ne le regrettais pas. La journée était presque finie, ma dernière journée, je n’étais ni content ni triste, juste mi-mou, mi-mort. Mais je ne m’étais pas attendu à autre chose non plus. Et puis ce fut fini, 5 heures a sonné. J’ai franchi la grille et j’ai vu Francis qui fumait une cigarette. Il venait de finir sa journée. Nous étions toujours devant la grille à fumer des cigarettes quand nous avons décidé d’aller boire une bière au Rustic, un bar branché de la rue de la Soif. Le bar était bondé et comme par miracle il y avait deux tabourets libres au comptoir. Une fois assis, la colère que j’avais emmagasinée pendant toute cette journée laissa place à un étonnant bien-être. J’en identifiais vite la cause : anonyme dans ce lieu bruyant, j’avais enfin trouvé ma place, l’endroit de la terre qui à ce moment-là était fait pour moi, et pour lequel j’étais fait. Et quant on songe que la terre est vaste, j’avais quand même un sacré pot.
Nous commandâmes deux binouzes, pas trop fraîches. Francis restait silencieux. J’aimais ça. Il but une gorgée et fit claquer sa langue, par jeu je fis de même. Nous rigolâmes.
– Ben putain, ça fait du bien dit-il.
– Ouaip.
Nous reprîmes une gorgée avec une synchronisation parfaite. Sluurrrp. Francis avait un petit sourire aux lèvres.
– Qu’est ce que tu vas foutre ce week-end ? me demanda-t-il en louchant sur les fesses de la patronne.
– J’en sais trop rien. Sûrement pas grand-chose. Violer des petites vieilles et les tabasser à mort. Ou alors rester chez moi et attendre lundi.
– Ouais, je vois. Ca te dirait de venir à la pêche avec moi ? Mon cousin a une baraque avec un étang privé. Y’a une barque à moteur. On prend des canettes, des sandouiches-rillettes, et on se laisse dériver peinard.
– La seule fois où j’ai pêché je suis tombé dans l’eau et j’ai cassé ma canne. Je suis pas un super pêcheur.
– On s’en fout, c’est juste histoire d’aller à la campagne.
– C’est loin l’étang ?
– 20 Km.
– Et pour la canne ?
– Ben je t’en prête une, j’en ai plein.
– Sûr ?
– Sûr.
– Ok dis-je. Ca me tente bien.
Et c’était vrai, ça me tentait vraiment bien. Cela faisait même très longtemps que je n’avais pas été aussi excité par quelque chose. Nous reprîmes des bières et mîmes tout ça au point dans les moindres détails. Nous irions à la pêche aux carnassiers me dit-il. Brochets, sandres, perches et compagnie. Que du gros. Nous nous répartîmes les tâches. Je devais m’occuper des canettes et des sandouiches et lui du reste, c’est à dire gaules, cuillers, bas de ligne, hameçons, leurres, bourriche, épuisette, moulinets, dégorgeoir, pinces, bottes, slips bites et couilles et tout ce qu’il fallait pour ne pas revenir bredouille. Nous avions un objectif, un projet, et c’était bon, j’avais l’impression d’être redevenu un môme de 10 ans. Il fut convenu qu’il viendrait me chercher le lendemain à 05h30, lever du soleil.

Lorsque nous arrivâmes sur les bords de l’étang, le soleil se levait tout doucement. Il n’avait pas menti. L’étang était vraiment magnifique, certaines parties en étaient masquées par des arbres et il y avait même une petite île au milieu, couverte de saules pleureurs. Francis me dit que c’est là que nous allions manger. J’avais déjà faim. On s’est approché de l’eau. Plop plop, la surface de l’étang était agitée de petites vagues, et de temps en temps un gros Splotch ! montrait que les poissons se mettaient à table pour le petit déj. De l’autre côté de l’étang, un héron cendré faisait sa toilette sur une patte. Il nous regarda, chia dans l’eau puis tourna la tête. Je n’en revenais pas mes yeux : tout doucement, ce petit monde se réveillait et moi je contemplais tout ça. D’une certaine manière, tout ça était à moi. Je n’étais pas dans mon studio à moisir, j’étais là, et merde, c’était vraiment beau et enchanté.
« Ca te plaît alors ? » me demanda Francis.
­­– Ah ouais… la vache c’est pas mal du tout.
– Et ben alors allons vider la voiture.
– Ca roule chef.
Et plein d’entrain nous allâmes vider la voiture. Je ne savais pas qu’il fallait autant de trucs pour pêcher. L’opération nous prit bien un quart d’heure. Enfin, tout fut en ordre posé sur l’herbe. Un type apparut dans mon dos, massif et costaud. Il était tout rouge, complètement essoufflé. « Salut Francis. Rheuuu rheuuu rheuuu. » Il avait posé ses mains sur ses genoux pour reprendre sa respiration. C’était le cousin de Francis. Nous nous saluâmes.
–Je t’ai détaché la barque reprit-il, elle est au ponton. Putain, je tiens une sacrée gueule de bois moi ce matin. Vous voulez que je vous aide à tout transporter ?
Moi j’aurais bien accepté mais fatigué comme il était je craignais que l’effort ne l’achève et le tue.
– C’est bon dit Francis, t’embête pas, on va faire ça tranquillement.
– L’étang déborde de poissons reprit le cousin. Il a pratiquement pas été pêché cet hiver et on
y a lâché des beaux couples de sandres et de brochets. Le voisin est venu une ou deux fois
et à chaque fois il en a sorti des balèzes.
– On va tâcher de te le vider un peu alors, répondit Francis.
– Ben vas-y, fais-toi plaisir. Vous pêchez aussi vous ? reprit-il en s’adressant à moi.
-Heu à vrai dire pas vraiment mais je pense que ça va me plaire. Francis va me montrer.
C’est un chouette étang en tout cas.
-Ouais, et en plus vous devriez avoir une belle journée. Bon, allez, bonne pêche les gars,
moi je retourne me coucher. A tout à l’heure Francis.
– Salut Rémi, à tout à l’heure.
– Salut dis-je.
Ensuite il fallut tout porter à la barque. Elle n’était pas très grande. J’avais peur que mon gros cul la fasse couler. Elle était aussi équipée de deux chaises pivotantes, pour pouvoir se tourner dans toutes les directions. Nous nous installâmes et Francis alluma le petit moteur du bateau. Ca faisait un gros bouillon dans l’eau, glouglouglou. C’était parti.
Impec, je vérifiais : y’avait aucun trou dans le fond de la barque. On sait jamais. J’avais la place d’allonger mes jambes et dans cette position je pouvais me prendre pour un roi ou un pape régnant sur son royaume. Un royaume de flotte, mais ça m’allait bien. La barcasse fendait l’eau, je laissais ma main traîner dans le courant en me disant que ça appâterait peut être les poissons.
D’abord il fallait préparer les appâts. Et oui, nous allions pêcher au « mort-manié », technique redoutable rendue célèbre par un certain Régis Gérard, le seul guide de pêche professionnel en France. (Plus de renseignements sur : www.regisgerard.com.) Pourquoi « mort-manié » ? Parce que l’appât consiste en un petit poisson mort (en l’occurrence un jeune gardon) percé d’un fil au bout duquel on accroche un bon hameçon triple (n°2 ou n°4) et plombé par une olive (pas une vraie olive, c’est un plomb en forme d’olive) qu’on lui enfile par la bouche jusque dans l’estomac. En agitant lentement le « mort » dans l’eau, le plombage reproduit à merveille la nage d’un poisson malade ou fatigué, proie favorite des gros brochets bien paresseux et bien lâches. Francis m’expliqua tout ça et me montra comment faire le montage. J’attrapai alors un petit gardon dans le seau d’appât mais le mien puait et me glissait des doigts. Impossible de faire passer le fil. Francis s’en chargea, pendant que j’ouvrais les canettes. Je préférai ça. Psssccchhhhiiiiiiiiit. Puis il me montra comment lancer l’appât. « Avec l’index, tu tiens le fil au niveau du moulinet. Avec l’autre main tu soulèves l’arceau qui retient le fil. Là, il n’y a plus que ton index gauche qui empêche le fil de se dérouler. Bon, maintenant tu prends de l’élan, tu fais pivoter le haut de ton corps, et d’un coup sec, tu balances la sauce, en visant comme tu peux, et en retirant ton doigt. VAS-Y ! »
J’y allais. Fiiiiiiiiiiiiiiiiiissssssssssccccccccchhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh PLOTCH ! Mon premier lancer fut pour les nénuphars. Le poisson alla se poser sur l’un deux, comme une grosse grenouille crevée. Je le ramenais en actionnant le moulinet et recommençai : c’était mieux, nettement mieux. Ne me restait plus qu’à croiser le chemin d’un gros poisson et je serai un chef. Au troisième lancer je me prenais déjà pour le roi de la pêche, un demi-dieu de la Nature vivant parmi les hommes. Ca commençait à me plaire.
Il était encore tôt. Enfin ça m’avait pas empêché de m’enfiler un sandouiche et deux canettes. Je voyais la vie en rose. Personne ne m’emmerderait tant que je serai sur ce bateau et mes idées noires s’étaient faites la malle. La barque dérivait lentement, des petites feuilles se détachaient des arbres avec le vent, tournoyaient dans l’air et se posaient sur l’eau comme d’autres mini-bateaux. « Ah ! me dit Francis en se mettant debout, ce coin là a l’air pas mal. » Il en évaluait la profondeur à 5 ou 6 mètres, et de longues plantes aquatiques remontaient du fond en ondulant. Il lança son mort. Pas d’attaque. Re-lance. Toujours rien. Je tentais ma chance. Merde, rien non plus. Mais il fallait persévérer. Des fois, m’expliqua-t-il, un mauvais mouvement de l’appât dans l’eau pouvait décourager un poisson d’attaquer. Je m’appliquais alors à bien faire évoluer mon « mort » dans les hautes herbes, à le faire monter, puis descendre à pic, par petits mouvements irréguliers, lents puis soudain rapides. Tout mon corps était tendu par la concentration. Je pêchais. Et soudain, l’attaque se déclencha. Je sentis une tape franche vibrer le long de ma canne. Je ferrai d’un coup sec. Nous nous étions mis d’accord sur la marche à suivre si l’un de nous sentait une prise. Alors, je hurlais : «EPUISETTE ! ! ! !». Francis lâcha sa canne et vint vers moi.
- T’as un truc ? !
- Ouais je crois, ça tire grave. Oh la vache, ça part à gauche ! !
- Vas-y doucement, ramène-le à toi sans forcer. Fatigue-le. Tu sens que ça tire ?
- Putain il est coriace ! Je fais quoi ? Je rembobine ?
- Ouais mais ramène doucement, tout doucement.
Nous guettions la surface des flots, là où disparaissait le fil, prêt à voir surgir un monstre d’écaille. Mais il était encore trop loin, on ne voyait rien.
- Ca a l’air de venir fis-je, ça tire plus trop. Mais c’est sacrément lourd. MERDE CA TIRE !!!!
- Vas-y, vas-y, ramènes, j’ai préparé l’épuisette. Faudra juste que t’essayes de le ramener le long du bateau, vers moi, que je puisse le saisir.
Ca tirait fort, d’un côté, de l’autre, en avant, en arrière, le poisson se débattait comme un diable. J’avais peur que le fil pète ou que la canne casse. Elle était dangereusement courbée. Mais ça tenait bon. Je ramenai franchement le fil à moi maintenant, le poisson ne résistait pratiquement plus. J’avais presque l’impression de ramener une branche. Puis soudain, il bondit. Il avait essayé de ruser l’animal. Il sauta hors de l’eau, se débattant en tout sens. Alors je le vis. Il était ENORME. Enfin, énorme pour moi. « C’est une perche me dit Francis. Une putain de belle perche ! » Je m’en foutais, tout ce que je voulais, c’était sortir ce putain de poisson de l’eau et le regarder de plus près. Il bondit encore une fois à droite et s’immobilisa tout à fait à environ 10 mètres du bateau. La partie avait l’air gagné mais je me méfiais : l’eau n’était pas mon élément, c’était le sien. Je le rapprochais du bateau, de plus en plus. Le fil vrillait sur lui-même ; le poisson devait avoir abandonné la bataille et se laissait traîner. Mais ça y était, il était contre le bateau. Je voyais sa gueule, elle était grande ouverte et ses yeux tout noirs, furieux. Francis l’attrapa dans l’épuisette et le sortit d’un coup sec. Il avait l’air impressionné et excité par cette prise. Il sortit la perche d’une main et la saisit pour ma la mettre sous le nez. Je n’avais pas trop envie d’y toucher, mais elle était sacrément belle. Francis la mesura à 47 cm, et me dit que pour cette espèce-là c’était une sacrée taille. Ensuite il me la tendit. C’était moins visqueux que je ne l’imaginais, assez doux même. Elle se débattait, donnait des coups de queue dans l’air. Ces petites nageoires étaient d’un rouge flamboyant, et sa peau vert sombre, vert-bouteille. C’était beau, et c’est moi qui l’avait sorti. Je fus envahi par la fierté du pêcheur, mais j’avais peur de la laisser trop longtemps hors de l’eau. Francis saisit sa pince et d’un coup de poignet décrocha l’hameçon du cartilage. Ensuite il la remit dans l’eau, mais toujours en la tenant fermement par les côtés. « Il faut la ventiler, me dit-il, pour qu’elle reprenne ses esprits. » Et ce disant, il la berçait délicatement de gauche à droite, et les ouies du poissons étaient grandes ouvertes, et il ne la tenait presque plus maintenant mais la perche restait entre ses mains, reprenant ses esprits. Et d’un coup de queue, blop !, elle se propulsa vers les profondeurs de l’étang et disparue. Nous restâmes ainsi à regarder l’eau, apaisés, et nous ouvrîmes une canette pour fêter ça.
La première prise lors d’une partie de pêche, c’est vraiment important. Je m’aperçois maintenant que c’est celle qui donne du rythme à la journée. Avec cette prise, Francis et moi étions soulagés et prêt à s’y remettre avec encore plus d’entrain : non seulement nous ne serions pas brecouilles, mais même, cela augurait des prises plus magnifiques encore. Francis écrasa sa cigarette et se remit au boulot. Il se prépara un nouvel appât et recommença à pêcher. Il prospectait les coins sombres, les vieilles souches immergées, et ramenait par mouvements lents et précis. Il lançait parallèle à la rive, tâchant de ratisser le plus large possible. Moi j’avais envie de glander encore un peu, les mains jointes derrière la tête. Finalement je pris un sandouiche au camembert et me mis à mâcher.
- Alors Francis, on dirait que tu vas être brecouille ? dis-je pour le taquiner.
- Ouais, c’est ça. Attends un peu, je vais te sortir un gros brochet mec, avec une mâchoire si large qu’on pourra y mettre le poing.
- Ouais, ben vas-y, vas-y, j’attends de voir. Je reste là, je bouge pas Francis. En tout cas, moi je serai pas brecouille.
Je me remis à mâcher avec enthousiasme. Cet endroit me semblait vraiment idéal pour rêvasser et oublier les soucis du quotidien. L’idée du chômage ne m’inquiétait pas plus que ça. Je trouverai sûrement un autre boulot chiant, et bien assez tôt. En attendant, je n’avais qu’à limiter mes besoins au strict minimum, la bouffe et le loyer. De toute façon, je m' étais toujours très bien passé du reste. Je n’avais pas peur de me faire chier, c’était courir les petites annonces qui me faisait vraiment chier. J’allais profiter de cette liberté pour me remettre à écrire des chansons, peut-être finalement la seule chose que j’avais jamais fait sérieusement. J’avais laissé tomber ça depuis un bon moment mais c’était l’occasion, surtout que ce passe-temps était gratuit. Vu sous cet angle, ma nouvelle situation ne présentait que des avantages, j’étais bien content.
Je venais de finir mon sandouiche quand Francis cria : « Je crois que j’en ai un ! ». Je me relevai. Le bout de sa canne pliait vers la surface de l’eau et il accusait le coup. Ses veines ressortaient toutes violettes de ses avants-bras. Le poiscaille devait être costaud : Francis ne rembobinait pas le fil, il se contentait de résister à l’attaque. Il laissa filer quelques mètres de nylon et commença à actionner le moulinet. La bataille s’annonçait franche, je ne voulais pas la rater. J’empoignais l’épuisette et me mis en position. Le poisson essayait de gagner la rive opposée. S’il y parvenait, il se cacherait dans les racines d’arbres et se serait foutu, il emmêlerait le fil partout. Francis l’orientait vers la droite, là où le fond de l’étang était plus propre. Ca avait l’air de marcher. Soudain, une forme sombre fila à toute vitesse sur le côté. A vue de nez, elle faisait au moins un bon mètre. Oh oh, je regardais mon épuisette d’un œil dubitatif et inquiet : elle allait être trop petite, beaucoup trop petite.
« Pas de panique, pas de panique ; allez, voilà, viens-là mon petit, viens par ici. » Francis se parlait à lui-même pour atténuer le stress et retrouver son sang-froid. Il arrivait bien à emmener le poisson là où il le voulait, il maîtrisait la bête. Sans violence et en silence, la lutte continuait. Une gueule jaillit hors de l’eau et éclaboussa partout. Un brochet. Le long bec en canard ne laissait aucun doute. Les pieds bien calés contre le bord de la barque, Francis ramenait le fil plus franchement maintenant. Mais je craignais de voir l’hameçon se décrocher dans un accès de furie du poisson. Francis était très calme et me dit de me tenir prêt à m’en saisir. Bon, puisqu’il le fallait…
Penché au dessus du bord j’attendais que le brochet passe à ma portée. Il tentait de filer sous le bateau mais Francis l’en empêchait en tirant haut. Je le voyais s’agiter, sa large queue battant l’eau. Il arriva vers moi…hop ! je me jetai dessus. Mes mains l’enserrèrent et je tirai de toutes mes forces. Le bougre ne voulait pas se laisser faire et je dus m’y reprendre à deux fois mais je finis par le coller contre moi et à le hisser par dessus bord. Francis ôta ses pieds prestement. Bon sang ! C’était un vrai taureau. L’appât dépassait à moitié déchiqueté de sa gueule pleine de dents pointues. Francis se mit au dessus de lui à califourchon pour bien le maintenir. « Alors, brecouille hein, c’est ça que tu disais ? » me dit-il en souriant. Je contemplais le bestiau et ses flancs, couverts de cicatrices. Il était magnifique. Le corps tout en longueur avec une queue puissante, taillé pour la vitesse, comme un sprinter. On prît les mesures : 1m06 ! Jamais Francis n’avait fait une telle prise. Dommage nous n’avions pas d’appareil photo. Francis voulait le garder pour le manger le soir avec son cousin. « Tu sais préparer ces trucs là ? » lui demandais-je et il me dit que oui. « Au four avec de l’ail et de l’huile d’olive, c’est super bon. Ca te changera des steaks surgelés. » J’étais prêt à tenter le coup. Mais il fallait encore le tuer. Avec le manche de l’épuisette, Francis assena un coup sec sur le haut de la tête de l’animal. Tout son corps frissonna pendant quelques secondes, puis plus rien. C’était la meilleure manière de tuer un poisson sans le faire souffrir même si l’on peut toujours y trouver à redire. Pêcher et tuer pour manger, ça ne me choquait pas. Il se passait tous les jours des saloperies beaucoup plus grandes sans que personne ne s’offusque, alors.
Ainsi donc, nous le gardâmes avec nous pendant le reste de la partie de pêche. Elle s’écoula comme on pouvait le prévoir : les prises, plus ou moins grosses, se succédèrent, principalement des jeunes brochets gloutons. J’eus bien une belle attaque à un moment mais elle se décrocha, à mon grand dam. Le stock de canettes allait bientôt être épuisé et le soleil avait déjà bien baissé dans le ciel. L’air était frais et sentait la terre mouillée, mais pas l’orage. J’avais ôté mes bottes depuis belle lurette pour tremper mes pieds dans l’eau. Nous continuions pourtant à pêcher mais sans grande motivation : nous étions rassasiés. Nous finîmes par faire demi-tour et le bateau rentra doucement. Je regardais la nature qui nous entourait et me sentait pénétré par la tranquillité du lieu. Le petit vroum-vroum du moteur me berçait ; un coup d’œil au brochet : il était toujours là. Je sortis de cette gentille torpeur et fis sauvagement sauter la capsule de la dernière bière. Je devais rassembler mon énergie : un bon gueuleton nous attendait et je comptais bien être de la partie.

- 50% sur les poèmes

Samedi 20 mai 2006 à 22 h 39
POEME

« Les nuits sont si longues par ici,
me dit la Suédoise
« et les queues si courtes »

c’est entendu
pas tombé dans l’oreille d’un sourd
je vais la culbuter si fort qu’après elle verra
double
et une fois le travail terminé je me prendrai moi aussi un whisky
double

puis nous recommencerons
toute la nuit
ce qui lui donnera peut-être raison
ou tort
mais je serai plus fort
qu’aujourd’hui et qu’hier

c’est vrai que les nuits sont longues par ici
pour les queues je ne sais pas
pas mon domaine
l’hiver boréale crache du vert et du jaune dans le ciel
et moi je lâche une caisse dans mon sac de couchage

par chance le bruit n’a réveillé personne
dans la chambrée
la suédoise dort contre moi
bon dieu ça fouette
je me dis cette fille est si jolie si
vivante
ses entrailles sont plus saines que les miennes même si un jour elle
mourra aussi

cette pensée me fait presque chialer
dans mon sac
je ne veux réveiller personne
et puis je suis si fatigué
que je m’endors
et dehors l’hiver boréale
continue à balancer ses flammèches de cuivre
partout
j’ai des cheveux blonds sur la joue
ma main sur sa cuisse
et je dors
déjà


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CASSEROLE OU TETE

Comme si ça ne suffisait pas voilà que
la voisine s’y met aussi
la Dingo
qui tape aux murs toute la nuit
peut-être avec sa tête
ou avec une casserole

Je veux dormir, je veux dormir le
travail me tuera
avant le cancer
je prends les paris
d’ailleurs j’ai remarqué ça :
si je ne travaille pas pendant quelques temps
je deviens beau
et les gens me regardent dans la rue
et ont l’air de se dire : « Mon dieu, quel est son secret pour être si lumineux
épanoui et vivant ? »
alors qu’avant j’étais un fantôme sans âme qui passait inaperçu


lumineux
épanoui
vivant
sentir le sang palpiter
monter au cerveau
le gros cerveau tout mou
les pulsations dans ma queue qui tapent tapent tapent
c’est vrai que ces sensations sont bonnes
et rares
de plus en plus

les femmes le sentent
quand un homme vibre de l’intérieur
et irradie quelque chose qui n’a pas de nom
et cela même s’il n’a pas pris de douche le matin

voilà pourquoi après toutes ces réflexions je tâche de me
rendormir
content d’avoir fait quelques découvertes de plus
l’oreiller est moelleux et je bave dessus
bordel, c’est vraiment avec sa tête qu’elle doit taper la conne


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AUTRE PÖEME


Mince
il est 18h30 et le frigo
est vide

Je vais devoir me taper le supermarché
ses super-promos et ses
super-queues

la viande verte
les œufs cassés
les paniers rouges avec de la chiure de poule au fond
plus les gamins qui courent dans les rayons
et volent des trucs

Mais ce n’est pas grave
Oh non, pas grave !
car où que j’aille
caisse N°6 ou caisse N°3
où que j’aille il y a :
les magnifiques sourires des caissières !

Antonia la Bulgare
Ismira des Philippines
Radia la Marocaine
et la petite Sonia si frêle
avec des boutons plein la tronche
et 4 ou 5 frères et sœurs
et Moudhir le chef de rayon qui gueule dans son micro : « Reprenez vos caisses ! »

Et nous on fait la queue
comme des manches
on trépigne
avec nos bouts de viande verte
nos flageolets
nos surgelés qui commencent à fondre
et dehors
le chien attaché à l’entrée
gueule et aboie
sur les caddies

Bon Dieu si j’avais su
j’aurai fait mes courses
par
Internet

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CRACHATS, EAU ET SANG



Le gong retentit. Les deux boxeurs retournèrent chacun dans leur coin .
« Tony, dit Mack, ça peut plus durer, faut que t’abandonnes ! si t’as pas mis de points dans la prochaine reprise je balance l’éponge ! 

« Non Mack, je le sens bien
je le tiens ce salopard

« Mais il t’a démoli ! tu l’as pas touché une seule fois!

« Non, ça va, essuie plutôt le sang et l’eau
qui coulent de mon front

« il t’a dégommé l’arcade Tony, et tu t’es mordu la langue. Vas-y craches un coup. Merde Tony, il est fort ce salaud. Putain d’Ivoirien

« Ouais il est fort mais je vais
l’avoir
Je le sens

« Merde, c’est de la folie… arrête de gigoter comme ça
essaye de tenir le coup, protèges-toi et attends la fin de la reprise,
ok ?

« T’inquiète, je vais le démolir Mack

« t’es fou Tony, t’es fou, c’est du suicide, il va te démolir la moitié du cerveau !

« Ah ouais ? pour ce que je m’en sers Mack, je m’en fous ! Il peut même tout
prendre ! »

Il partit d’un grand éclat de rire et retourna dans la bataille.

A la fin de la reprise suivante, la foule hurlait et balançait des bouts de viande et des canettes vides sur le ring
L’arbitre tenait dans sa main le bras du gagnant, il le hissait vers le
Ciel
Son bras noir faisait une grande ombre autour de la tête de Tony, allongé au sol
Son regard était vide, il était KO

Un peu de cervelle
coulait
Par son oreille droite.