Chez l'ami Frissant (le blog de Suppaman)
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Pascal Frissant, humble viticulteur de son état, vous reçoit chez lui...

Chez lui, c'est autre chose qu'une simple cave ou une vinasse d'exception murie sous l'oeil bienfaiteur d'un fût en chêne ... C'est une ôde au pinar, un quatrain au rouge et un verset à la piquette !

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Février 2006

A Narbonne, le Cubi était de sortie ...

Jeudi 16 février 2006 à 23 h 37
Ils étaient sans doute 15000 hier à Narbonne, Béziers, Nîmes et Avignon. 15000 vignerons à réclamer, une fois de plus, que les pouvoirs publics prennent la dimension de la crise que traverse, depuis près de deux ans, le monde du vin. 15000, c’est plus que les précédentes manifestations. On aurait pu croire qu’à battre aussi souvent le pavé pour rien, la base, désabusée, ne se mobiliserait pas. Le risque était grand car certains redoutaient des débordements à cinq jours du salon Vinisud. De débordements il n’y eut point. Hier, soutenus par nombre d’acteurs du monde rural, les vignerons ont exprimé leur désarroi dans la dignité.

Pour faire nombre, les vignerons n’étaient pas seuls:

-les syndicats ouvriers
-les employés des caves coopératives
-les employés des entreprises de négoce des vins aussi
-les "fonctionnaires solidaires"
-des artisans maçons
-des boulangers
-les élus en écharpe: du maire de la plus petite commune, jusqu’aux parlementaires
-le sénateur socialiste Roland Courteau et Christian Bourquin, président -socialiste aussi- du conseil général des P-O. Ce dernier accompagnait plusieurs centaines de Catalans.
Et bien sur : l’évêque de Carcassonne, en soutane et calotte.



Le membre le plus éminant de l'instance cléricale était de sortie pour défendre le vin de messe de ses paroissiens.
Les élus plus ou moin locaux assistent ce dernier dans les revendications cubiesques.


On savait l’Aude accablée par la crise, ses vignerons en proie au doute. On savait les cuves pleines d’un vin que les marchés boudent, des stocks qui débordent de presque deux vendanges. On avait eu les chiffres des intentions d’arrachage -4349 hectares- plaçant le département en tête de ce triste classement régional… On savait tout ça et on imaginait le pire pour cette manifestation narbonnaise de tous les dangers… Or le pire ne s’est pas produit, au contraire.

Le peuple des vignes audoises, ces femmes et ces hommes de l’Alaric, des rugueuses Corbières, ceux du Minervois, du Razès ou de la plaine narbonnaise, était nombreux hier sur le pavé. Plus nombreux encore qu’au printemps dernier quand la ville avait accueilli l’une des trois manifestations régionales de l’année. Ils étaient alors entre six mille et sept mille! Combien cette fois? Comme d’habitude, les chiffres se discutent: un peu plus de cinq mille pour la police, dix mille pour les organisateurs. Mais l’essentiel n’est pas dans ces comptabilités de boutiquiers.

L’essentiel était aussi et surtout dans la dignité de ce rassemblement. Philippe Vergnes, président du syndicat des vignerons, avait donné le ton sur l’estrade plantée au pied du palais des archevêques: «Je ne sais combien de fois j’ai dit que la marmite était brûlante et que bientôt nous lâcherions le couvercle. Je m’étais promis de ne plus revenir devant vous et pourtant je suis encore là parce que nous avons besoin de nous retrouver pour nous soutenir. Je suis encore là pour vous dire que notre combat est juste, nous devons le poursuivre dans le respect des autres et de l’image que nous devons donner…»
… Et Vergnes avec ceux du syndicat ont tenu ferme le couvercle de la marmite. Jusqu’au bout. Jusqu’au moment où après la dislocation tout aurait pu basculer aux "Trois ponts", à deux pas de la statue de Ferroul, le maire des Gueux de 1907.

Ils étaient trois cents à quatre cents à hésiter dans le martèlement des pétards agricoles.
Des poubelles brûlaient déjà dans le carrefour et au fond de la rue Jean-Jaurès une colonne de CRS -particulièrement discrets tout au long de l’après-midi- pointait le bout de ses pare-chocs.
Vergnes et quelques autres sont allés de groupe en groupe pour persuader les hésitants d’abandonner les lieux. «Il y a des jours oui et des jours non. Cette fois, c’est non», tel était le message du leader vigneron. Et cet autre encore adressé aux mêmes: «Peut être qu’un jour, si les pouvoirs publics persistent à ne pas vous entendre, on vous donnera à manger».

Le bouchon est resté en place sur le Cubi bouillonnant.

Source: Le Midi-Libre.