[Reflexion] Même Nietzsche dit que le travail c'est de la merde
Samedi 12 juillet 2008 à 03 h 49
« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous :à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, ce qu'on sent aujourd'hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême. – Et puis ! épouvante ! Le « travailleur », justement, est devenu dangereux (1) ! Le monde fourmille d' « individus dangereux » ! Et derrière eux, le danger des dangers – l' individuum (2) ! [...] Êtes-vous complices de la folie actuelle des nations qui ne pensent qu'à produire le plus possible et à s'enrichir le plus possible ? Votre tâche serait de leur présenter l'addition négative : quelles énormes sommes de valeur intérieure sont gaspillées pour une fin aussi extérieure ! Mais qu'est devenue votre valeur intérieure si vous ne savez plus ce que c'est que respirer librement ? si vous n'avez même pas un minimum de maîtrise de vous-même ? » - Nietzsche
La prochaine fois qu'on connard me sors que le travail c'est important, je saurais qui et quoi cité (autre que Stupeflip).
La prochaine fois qu'on connard me sors que le travail c'est important, je saurais qui et quoi cité (autre que Stupeflip).
Et je suis toxicoman.
Et alors ? Ca empêche pas de réfléchir et d'être dans le juste. S'attaquer a la personne au lieu de sa réflexion, c'est typiquement con.
.....C'est moi qui va finir mongol a écouter vos conneries.
Le travaille en équipe est d'ailleurs plutôt un stimulant dans ce sens, je serais moins porté la dessus si j'était tout seul à jeter des cailloux dans l'eau.
Moi personnellement j'adore travailler, mais certainement pas en usine dans des conditions pareilles (pour l'avoir fait étudiant).
Travailler plus pour gagner plus, c'est cool, je suis pour (d'ailleurs qui en serait pas pour?). Mais quand tu bosses stressé avec des horaires décalés, des plannings qui changent tous les matins, dans un centre d'appel (c'est juste un exemple) avec ton superviseur qui te flique dans ton travail, tu n'as qu'une hâte c'est rentrer chez toi, prendre une bouffée d'air.
Et je suis également d'accord avec cette vision simpliste des patrons: je pense que la majorité d'entre eux n'est motivé que par le rendement et la productivité. Quand on arrive à ce statut, on a plus de chance d'être un requin avide de pouvoir qu'un gentil philanthrope. Et une vie uniquement guidée par l'appât du gain, même si on aime ça, et bien c'est de la merde.
"travailler plus pour gagner plus". Le slogan politique le plus stupide et démagogique que j'ai jamais vu, et tout le monde applaudit.
bonnes vacances à ceux qui en ont!
1) Nietzsche est devenu fou sur la fin de sa vie, cela n'a pas affecté la plupart de ses écrits, notamment ceux qui nous intéressent ici.
2) Nietzsche était un stakhanoviste, un bourreau de travail.
3) Nietzsche méprisait le travail salarié, le travail abrutissant, le travail sans but en soi, le travail policé, le travail asservissant, le travail qui cherche la fuite de l'ennui, mais pas le travail qui élève, comme le travail artistique.
4) Le concept de fainéantise a été inventé par des jaloux besogneux a l'esprit pas si véloce qu'il puisse leur donner les moyens d'en faire moins pour arriver au même résultat. Tout le monde sait que les meilleurs ouvriers sont ceux qui se fatiguent le moins.
C'est certainement l'un des philosophes les plus controversés qui soit, donc la moindre des choses est d'éviter le gai troll.
Travail: Nietzsche différencie le travail de la réflexion. Son métier, à Nietzsche, c'était d'abord prof et ensuite philosophe. Donc si Nietzsche est un bourreau de travail, c'est juste qu'il met un point d'honneur à s'employer à réfléchir.
Pour lui, le travail, le travail au sens commun, n'a d'autre but que d'empêcher l'homme de réfléchir, et de s'apercevoir qu'il est un état qui est ce que courir est à marcher, ce que danser est à courir et ce que voler est à danser.*
Folie: Nietzsche est "devenu fou". Mettez vous à sa place deux minutes: vous élaborez une étude iconoclaste de l'histoire de l'humanité, et en concluez que l'homme est actuellement en train de péricliter, de devenir le dernier des hommes à cause d'une idéologie de perdant, de gens fâchés avec la vie qu'est l'idéologie judéo-chrétienne (en gros: subis toute ta vie, de toute façon après, y'en aura une mieux où tu seras roi, hahaha la blague). En soi, ça ne serait pas grave si cette façon de vivre étouffait littéralement toute chance d'émergence du surhomme (attention, c'est après la mort de Nietzsche que sa soeur a "vendu" le concept de surhomme aux allemands, Nietzsche ne parlait pas de la même chose).
Donc si vous êtes Nietzsche, arrive fatalement le moment où vous vous demandez si l'humanité ne court pas à sa perte, peuplée d'humains s'échinant à rester fâchés avec leur existence, basée sur des valeurs perverties (lire le crépuscule des idoles pour plus d'infos). Si l'humain s'enfonce, le surhomme pourra-t-il jamais exister ? L'humanité est elle inexorablement perdue ?
Et puis un jour vous sortez dans la rue et vous voyez un cocher fouetter un cheval. Vous vous interposez, vous finissez à l'asile. Et vous devenez historiquement "fou" (ça devait arranger pas mal de monde).
Enfin, n'oubliez pas que la majorité de votre vocabulaire est basé sur les valeurs perverties que Nietzsche dénonce dans le crépuscule des idoles (bon et méchant, bon et mauvais etc.).
Aujourd'hui encore, notre vocabulaire est peuplé de termes religieusement teintés.
Joie, par exemple. La joie est un concept complètement dissocié du concept de plaisir. La joie, c'est le visage d'une idole levée vers le ciel qui l'exprime, c'est assez chelou quand on y réfléchit, d'employer ce terme pour nous.
Vertu, par exemple. Vertu = fonction première. La vertu du couteau est de bien couper. Alors quand on dit d'une femme qu'elle a gardé sa vertu, que faut-il en déduire ?
Bref, avant de troller, penchez vous un peu sur l'oeuvre de Nietzsche. Qu'on partage ses idées ou non, ça reste l'un des philosophes les plus fascinants qui soit.
*je paraphrase maladroitement cette maxime: "philosopher est à jouer ce que planer est à danser et ce que danser est à marcher."
Encore que sa folie soit encore aujourd'hui discutée, la thèse de la syphilis a toujours ses partisans. Néanmoins, il est impensable de blackbouler sa pensée car elle serait issue d'une supposée folie. Et d'ailleurs, quelle folie ? Il y a un monde entre souffrir d'hallucinations mais avoir encore l'esprit alerte et le délire paranoïaque qui pousse à surinterpréter, voire à mentir.
Et puis la question de la folie est assez vaste. C'est quoi la folie ? La société pose des frontières, et si l'on les dépasse, on est considéré comme fou ? Et si on est visionnaire ? Combien de fous faut-il pour former une nouvelle norme sociale ? La techtonik est elle une forme de folie ? Une personne de 2000 peut facilement passer pour folle pour un spectateur de 1930.
Michel Foucault (l'autre) a abordé le sujet de façon tout à fait brillante. Ca fait relativiser.
Pour le "travail = mal, parce que l'ouvrier n'a pas le temps de penser ou de réfléchir", c'est pas forcément vrai non plus. Un boulot chiant, en usine, comme personne ici n'a l'air d'en vouloir, c'est sûr que c'est physiquement très éprouvant de maintenir une cadence. Mais c'est dans ce genre d'expériences professionnelles, où le travail est plus mécanique qu'autre chose, où le salarié devient robot, que j'ai le plus eu de temps de "penser".
Un mec qui a un boulot-passion, je pense qu'il est trop pris par son activité pour se poser des questions sur sa condition. À effectuer 8 heures par jour la même tâche toutes les 5 secondes, je vous assure que l'esprit est très libre de penser. Et ça n'a rien à voir avec un boulot marrant/pas marrant.
Après, je suis pas capable de réciter un philosophe parce-ce-que-ce-qu'il-dit-je-trouve-ça-trop-cool, ça non.
Il faut commencer à comprendre qu'il y a des personnes qui ont pensé avant toi, de manière peut être plus complète. Utiliser leur réflexion n'est pas une preuve de faiblesse, mais bien d'humilité. Comme tu ne vas pas t'amuser à réinventer la physique ou n'importe quelle autre discipline, tu as besoin des autres pour comprendre et finalement avancer.
Ce n'est pas une question de trouver ça trop cool ou non.
C'était juste ma petite réponse sur la conclusion de l'article, tout la-haut.
"Pour le "travail = mal, parce que l'ouvrier n'a pas le temps de penser ou de réfléchir", c'est pas forcément vrai non plus. Un boulot chiant, en usine, comme personne ici n'a l'air d'en vouloir, c'est sûr que c'est physiquement très éprouvant de maintenir une cadence. Mais c'est dans ce genre d'expériences professionnelles, où le travail est plus mécanique qu'autre chose, où le salarié devient robot, que j'ai le plus eu de temps de "penser"."
Ouais mais pour ça faut avoir matière a pensée avant d'aller au taf. Et puis même, la plupart de mes potes qui bossent je les ai vu se faire aspiré par la spirale appart'/boulot/télé/week-end/appart'/boulot/télé/etc etc. J'ai peur qu'il m'arrive la même chose.