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Mars 2005

Le CD du jour : S. Gainsbourg - L'Homme a la tête de chou & Rock around the bunker

Jeudi 24 mars 2005 à 00 h 22
Comme je reviens du cinoche, que j'ai la crève que j'arrive pas à dormir, que mon appareil photo copie 300Mo de tofs sur le dur pendant que s'installe la version review de Trackmania Sunrise et qu'il fait assez doux pour laisser la fenêtre ouverte sur la tranquilité de la nuit (ohyeah), allez, on va parler miouzike. Je vous ai déjà parlé d'electro, de rock, de chansonnette énergique et habitée, de hip-hop ricain, ce soir je vais vous parler d'une autre de mes passions : Gainsbourg.



Hé oui, avant d'être "le premier génie qui ressemble à une poubelle" (© Pierre Desproges), un vieux vicelard aux doigts jaunis par les Gitanes, et d'écrire de la merde (Love on the beat et toute la suite), Gainsbourg - et non pas Gainsbarre - était un putain de compositeur/chanteur/parolier, un vrai poète de la trempe des classiques (si si), qui repompait à droite à gauche non pas les mélodies de connards permanentés pour les revendre à la sauce r'nb', mais du Chopin, ou du Liszt. Né Lucien Ginsburg, Serge Gainsbourg de son nom de scène a toujours été associé à cette image de dandy un poil mysogine et cynique, peut-être parce qu'il l'était vraiment. Persuadé de ne participer qu'à la survie d'un "art mineur", le bon Serge a quand même pris le temps de torcher quelques uns des meilleurs albums de pop-rock française des années 70, précédé et suivi par de nombreux autres talents comme Higelin et cie. Chacun aura son ou ses préférés, moi c'est Gainsbourg, sa plume acérée, ses jeux de mots circonvolués, comme des spirales de rimes fleuries, souvent salaces (Variation en Marilou et sa basse funky qui tourneboule sur une histoire de doigt !), souvent espiègles, toujours très poétiques.

Le petit lapin de Playboy ronge mon crâne végétal...

Comme tous les albums de Gainsbourg, L'Homme a la tête de chou (comme vous le savez G. était handicapé par son physique ingrat, ce qui ne l'a pas empêché de se taper les plus belles bonnasses de l'époque) est un album concept semi-autobiographique. Serge a toujours aimé s'inventer des amoureuses fantasques et infidèles, qu'elles se nomment Annie, Laetitia, Marilou ou Melody Nelson, et une fois encore il nous raconte un périple en terre inconnue, mission de sauvetage d'une nymphomane qui finira prise par deux bellâtres sur le lit d'un hôtel de passe rococo ("elle ressemblait à une guirate à deux jacks") et périra sous les coups de son amant éperdu, qui plongera dans la folie. Ce qui nous vaut quelques-unes des plus belles chansons du monsieur, notamment la chanson titre, Lunatic Asylum, ou la subliiime Marilou sous la neige, condensé de ce qu'il avait pu faire de mieux à l'époque. Dans le même genre, on pourra recommander aussi Vu de l'extérieur, excellent bien qu'un peu plus court, et moins uni, puisqu'il ne s'agit plus vraiment d'un album concept. En tout cas, on est loin des amuseries du genre L'Ami caouette et autres conneries qu'il a pu écrire au cours de sa carrière, pour lui et les autres, afin de ramasser un peu de blé.



Avec Rock around the bunker, produit un an plus tôt, on change totalement de registre. Gainsbourg, juif de son état, rue dans les brancards de la bienséance de l'époque avec un album provoc qui aujourd'hui ne passerait pas, c'est une certitude, sur les ondes. Parce qu'il est le premier concerné par ce qu'il raconte, un non dit qu'il éclipsera pendant des années et qu'il se forcera enfin à affronter sur cet album (la fameuse Yellow Star, cette "étoile de shérif" qu'il porta, lui et les autres petits enfants juifs, pendant la guerre), parce qu'on ne peut pas le taxer d'antisémitisme, Gainsbourg ose tout : une farce énorme ("on va danser le nazi rock, nazi nazi rock nazi") à faire passer tous les hommages contris pour de l'auto-flagellation humide. Lucien a une histoire à affronter, et Serge va se charger de tout pilonner à l'humour et au rock'n'roll. Yeah !

Et surtout un album musicalement fou, entre le boogie woogie, la pop anglaise et le rockabilly, avec de longs soli de piano, de guitare, et une production à l'anglaise tout à fait dans l'air du temps. Bref, là encore, oubliez le lourdingue provoc des années 80, son inceste au citron, sa reprise synthé-pathétique du légionnaire de Piaf, ou encore ce remix infâme de son Requiem pour un con, Gainsbourg était un musicien hors pair, un vrai compositeur (essayez de choper les vidéos où on le voit écrire et orchestrer Initials B.B pour vous en convaincre), qui savait s'entourer alors de vrais zikos de studio capables de nous donner un album comme Rock around.... C'est cynique, c'est acide, c'est noir, ça fait taper du pied, et c'est monstrueusement drôle. Reprendre Smoke gets in your eyes sur un album pareil, fallait oser, il a osé. Messieurs les provocateurs à 2 balles actuels qui montrez votre cul et vous prenez pour des agitateurs publics, permettez moi de vous rire gentiment au nez.

S.S. in Uruguay
Sous un chapeau de paille
J'siffle un jus de papaye
Avec paille
S.S. in Uruguay
Sous le soleil duraille
Les souvenirs m'assaillent
Aïe aïe aïe

Il y a des couillonnes
Qui parlent d'extraditionne
Mais pour moi pas questionne
De payer l'additionne
S.S. in Uruguay
J'n'étais qu'un homme de paille
Mais j'crains des représailles
Où que j'aille

S.S. in Uruguay
Sous un chapeau de paille
J'siffle un jus de papaye
Avec paille
S.S. in Uruguay
J'ai gardé de mes batailles
Croix gammée et médailles
En émail
Et toujours ces couillonnes
Qui parlent d'extraditionne
Mais pour moi pas questionne
De payer l'additionne
S.S. in Uruguay
J'ai ici d'la canaille
Qui m'obéit au doigt
Heil ! Et à l'oeil



Dans le genre "vintage années 70" on peut évidmement recommander le magnifique et très connu Melody Nelson, mais en fait tout ce qui précède les deux albums reggaes - excellentissimes et évidemments inclus dans notre petite discographie - est à acheter : des premiers albums jazzy (En relisant ta lettre, rupture en faute d'ortographe absolument gé-niale), aux albums 60/70 très rock, et à la hauteur des meilleures productions anglaises de l'époque. On pourra passer sur quelques albums plus anodins (Comic Strip et consorts), mais globalement tout ce qui est pré-Love on the beat est au choix écoutable, agréable, ou, pour les 90% restant, génial. Ah, et les concerts sont à fuir comme la peste, particulièrement le casino de Paris et ses musiciens funk/rap/kitchos, c'est à vomir.