Le CD du jour Amon Tobin - Supermodified
Jeudi 27 janvier 2005 à 23 h 10

Bon, j'allais vous causer du dernier Chemical Brothers, mais comme tout le monde va vous saouler avec ça pendant 15 jours au moins, je me suis dit que c'était pas une super bonne idée. Je vais donc vous parler - tadaaaaa - comme c'est original, d'un certain Amon Tobin. Vous savez, le gars qui devient subitement à la mode depuis qu'il fait la BO de Splinter Cell Chaos Theory, même s'il a déjà une chiée d'albums derrière lui, dont facile trois putains de chefs-d'oeuvres. Je ne parlerai pas du dernier en date, Out from out where, super dense et super sombre, et un peu radical, mais du précédent, l'avant-avant dernier si l'on compte Splinter Cell, à savoir Supermodified. Un album qui représente en quelques sorte une bonne liaison entre ses compos précédentes, très musicales, bourrées de samples et de textures, et un univers un peu plus abstrait, bien représenté dans Out from out where. Je ne sais pas encore à quoi ressemble la BO de SC, on verra donc si son évolution suit une logique, ou si ce DJ, brésilien d'origine, a une nouvelle fois tourné casaque.
Je vais donc vous parler de Supermodified, sorti en 2000 (5 ans déjà) sur l'inévitable label Ninja Tune fondé par les Coldcut, et dont Tobin est l'un des fers de lance, avec des gens aussi prestitieux que Kid Koala (à voir mixer en live au moins une fois dans sa vie pour réaliser que le scratch est un art), DJ Vadim, Funki Porcini, ou les Herbaliser, dont je reparlerai une autre fois (là encore, concert une fois dans sa vie obligatoire).
Comme ses petits copains DJ Shadow ou Bonobo, Amon Tobin parvient à créer une musique basée sur les samples qui vous fait complètement oublier leur existence. Comme un soundtrack classieux et langoureux, parfois déstructuré et violent, à un album de rap sans paroles. Ce que l'on a appelé à un moment "l'abstract hip hop", même si Tobin va tout de suite beaucoup plus loin, beaucoup plus vite. Ses morceaux se tissent de rythmiques drum'n'basse, de textures électroniques torturées et dissonnantes - voir le morceau Precursor, carrément bruitiste, ou la locomotive Rhino Jockey, dont l'electro saturée ferait presque headbanger la tête comme sur un bon vieux riff de gratte.

Quand il manie les samples de manière plus directe, Tobin est tout aussi doué que ses confrères, parvenant à donner une vraie dynamique à ses morceaux, des mélodies simples enrichies par d'excellentes compos super travaillées, comme dans les très beaux Slowly et Keepin' it Steel - The Anvil Track, où le père Amon Tobin (et non pas le père Amon Perez, qui ne peut pas dormir comme tout le monde le sait) nous brode un morceau smooth et presque chaloupé autour de sonorités metalliques. Il y a bien sûr le diabolique Four ton mantis et son rouleau compresseur sonore opressant, ou encore Natureland, conclusion effectivement printanière à un album dans l'ensemble plutôt sombre, en tout cas quelque peu froid dans ses tonalités. Un mec a dit un jour sur Nova que les albums d'Amon Tobin étaient aussi chiants dans la durée que ses concerts pouvaient être fabuleux, et c'est vrai que Supermodified, comme ses autres albums, souffre parfois du trop de densité qu'il donne à sa musique, comme un trop plein sonore qui rend en général assez difficile l'écoute d'une traite - en tout cas pour ma part. Tous les morceaux ne sont pas égaux, Marine Machines est un peu systématique et finalement pas très intéressant, Golfer vs Boxer carrément emmerdant parce que sans structure (et ce malgré son sample d'Ennio Morricone hyper bien placé), bref, tout n'est pas forcément à garder sur ce CD comme sur les autres, mais si je considère malgré tout Supermodified comme un putain de disque, c'est bien parce que le reste n'est pas juste "bien", c'est tout simplement génial.
Un peu difficile d'accès, peut-être, mais à mon avis si vous accrochez à cet album, il ne vous reste plus qu'à vous procurez d'urgence Permutation, l'autre chef-d'oeuvre absolu du monsieur, et puis Bricolage & ses premiers travaux sous le nom de Cujo. Restera Out from out where, déjà un peu plus hard, mais extrêmement puissant dans son genre, qui mériterait presque, comme Permutation, une autre chronique (ah ce début/hommage à Tomita...). Ah mais oui mais non.
Le site officiel de monsieur Tobin, Amon
Je l'avais d'ailleurs chroniqué (un peu rapidement, à la relecture d'ailleurs) dans une autre vie lors de sa sortie.
Excellent disque.
Mais je te pardonne, car tu n'as cité que de bons artistes dans ton post (D'ailleurs, il est bien de toi ce post ? ).
Et il est vrai qu'Amon Tobin (canadien d'origine bresilienne) en live, ça vaut le détour (me souviens d'un passage gratos au Batofar, en 2001, lors d'une Cake&Milk dominicale)
Et oui il est de moi ce post, pourquoi il ne serait pas de moi ?
On peut dire que le contenu sonore est un peu trop "dense", c'est vrai, mais c'est justement ce qui fait l'excellence du travail fourni: des sons qui s'enchaînent et qui ne laisse pas vraiment l'auditeur sur sa faim, s'il a rééllement écouté l'album (pas seulement passé ça en fond en jouant à SplinterCell1).
En tout cas, je n'ai rien entendu de comparable à la "ninja-tune-touch" chez les artistes d'autres labels. Ou alors j'ai bien mal cherché: en fait j'avoue ne pas avoir cherché très loin. NinjaTune et Warp monopolise les references en termes de musique éléctronique marginale. On parle d'AmonTobin, de Squarepusher, du KidKoala, d'AphexTwin... mais c'est vrai que ces artistes ont leur identité propre, et c'est inimitable.