Le CD du jour : Pharcyde - Bizarreride II the Pharcyde
Jeudi 13 janvier 2005 à 00 h 03

La vie réserve parfois de drôles de surprises, qu'on dit. C'est dans un taxi londonien que j'ai découvert Pharcyde, groupe de hip-hop (j'aime pas dire rap à cause des connotations imbéciles et des gros clichés réducteurs, en général proférés par des mecs qui n'en ont jamais écouté de leur vie) assez génial et unique en son genre, dont la chanson passait nonchalamment à la radio un soir de décembre 1992. Je m'en souviens comme si c'était hier, le morceau s'appellait Passing me by (avec un sample du Summer in the city de Quincy Jones), et, une fois le nom du groupe annoncé à la radio, je mémorisais pour essayer de trouver la perle. Pas facile - on a d'abord tenté le voyage à Brixton dans une boutique exclusivement hip-hop dont le patron, un grand black super baraque, hallucinait un peu de voir débarquer deux blancs-becs complètement décomplexés dans son échoppe (faut comprendre que Brixton, c'est un peu le quartier ghetto...), mais c'est finalement dans un Tower Records quelconque que j'ai trouvé cet album au nom bizarre... Bizarreride II the Pharcyde.
Comme beaucoup de groupes de rap (ayé, je l'ai dit!), Pharcyde est un groupe à l'histoire un peu compliquée, faite de splits, de réunions, de changement de membres - ils ont sorti un album y'a pas longtemps, alors qu'ils étaient censés ne plus exister, et ne sont plus que deux. Non, je vous vois venir, personne n'est mort assassiné à coups de .9mm, ils n'avaient pas de dents en or ou la chaîne de l'ancre du Titanic autour du cou, mis à part leur look typique de la mode de l'époque, les Pharcyde était un quartet de ptits gars from LA tout ce qu'il y a de plus classique. Pas de beotchs, de big limos et de gansta attitude, on est dans le rap west coast et pourtant le groupe sonne comme un groupe de New-York. N'ayons pas peur des mots : musicalement, c'est brillant, inventif, les mixes de J-Sw!ft et Fatlip sont riches, surtout sur cet album. Un peu Niggas with Attitude sur les bords, moins revendicatifs mais plus festifs que beaucoup de leurs confrères (ce qui ne veut pas dire pour autant qu'ils n'ont rien à dire), les Pharcyde pourraient se comparer à des groupes comme A Tribe called Quest, ou Digable Planets (en plus énervés). Comme tout disque, Bizarreride a son lot de tueries, des délires sur les "ta mère" dans Yo Mama (ça date de bien avant ceux d'Arthur et cie, d'ailleurs les "ta mère" viennent de la communauté noire US), le splendide Officer qui collerait la patate à un cul de jatte manchot, Passing me by bien sûr, le trippant (et flippant) Pack the pipe, ou encore my personal favorite, Otha fish. Enfin bref, y'a rien à jeter sur ce putain d'album !

Bizarreride... fait partie, avec d'autres albums comme le Muse sic... de Public Enemy ou le premier album de Gravediggaz d'un petit "top" personnel d'albums de rap que j'emmènerai clairement sur une île déserte si le choix m'en était laissé. Ce serait même un album que je recommanderais à ceux qui n'aiment pas du tout le rap, pas pour les convaincre, non (je me mettrai pas au death parce qu'on m'a fait écouter les meilleurs groupes du genre, on a des affinités ou non, c'est pas négociable), mais pour leur montrer peut-être qu'il y a autre chose dans le rap que Stomy Bugsy et Tragedie, que la merde qu'on diffuse à la radio et que les robinets de chiasse qu'à ouvert Skyrock sur le genre depuis une bonne décennie n'ont rien en commun avec ce qu'on pourrait appeller le hip-hop. Sans vouloir faire le coup du "les médias nous mentent, il faut aimer l'underground", surtout que certains trucs diffusés à la radio sont probablement très valables - je généralise à mort - disons que Pharcyde peut aider à montrer aux sceptiques que le rap ne s'arrête pas à trois mecs de banlieues super véners de pas avoir les dernières Nike et qui gueulent leur rage contre un système dont ils veulent profiter comme tout le monde, en gros hypocrites assumés qu'ils sont pour la plupart.
Dans le même ordre d'idée, et si vous souhaitez vous ouvrir au rap/hip-hop "en douceur", je recommanderais des groupes comme Digable Planets, The Herbaliser, Dreamwarriors, Blackalicious, les Fugees (les deux albums), A Tribe Called Quest, Arrested Development (vous arrêtez pas au single ultra connu, le premier album est excellent) Dilated People, Deltron 3030, et de passer ensuite tranquillement à des trucs moins immédiatement accessibles comme les Beastie Boys, Public Enemy, Gravediggaz, Cannibal Ox, en passant par l'abstract/musical type XEcutioners, DJ Shadow, QBert, RJD2, Kid Koala, et tous ces groupes que j'ai découvert au fil du temps grâce aux potes, au net, aux compils, etc... Après ça, si vraiment vous n'aimez pas le hip-hop et le rap, au moins vous pourrez dire que vous avez essayé !
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