Suntory Time
Janvier 2005
Le CD du jour Amon Tobin - Supermodified
Jeudi 27 janvier 2005 à 23 h 10

Bon, j'allais vous causer du dernier Chemical Brothers, mais comme tout le monde va vous saouler avec ça pendant 15 jours au moins, je me suis dit que c'était pas une super bonne idée. Je vais donc vous parler - tadaaaaa - comme c'est original, d'un certain Amon Tobin. Vous savez, le gars qui devient subitement à la mode depuis qu'il fait la BO de Splinter Cell Chaos Theory, même s'il a déjà une chiée d'albums derrière lui, dont facile trois putains de chefs-d'oeuvres. Je ne parlerai pas du dernier en date, Out from out where, super dense et super sombre, et un peu radical, mais du précédent, l'avant-avant dernier si l'on compte Splinter Cell, à savoir Supermodified. Un album qui représente en quelques sorte une bonne liaison entre ses compos précédentes, très musicales, bourrées de samples et de textures, et un univers un peu plus abstrait, bien représenté dans Out from out where. Je ne sais pas encore à quoi ressemble la BO de SC, on verra donc si son évolution suit une logique, ou si ce DJ, brésilien d'origine, a une nouvelle fois tourné casaque.
Je vais donc vous parler de Supermodified, sorti en 2000 (5 ans déjà) sur l'inévitable label Ninja Tune fondé par les Coldcut, et dont Tobin est l'un des fers de lance, avec des gens aussi prestitieux que Kid Koala (à voir mixer en live au moins une fois dans sa vie pour réaliser que le scratch est un art), DJ Vadim, Funki Porcini, ou les Herbaliser, dont je reparlerai une autre fois (là encore, concert une fois dans sa vie obligatoire).
Comme ses petits copains DJ Shadow ou Bonobo, Amon Tobin parvient à créer une musique basée sur les samples qui vous fait complètement oublier leur existence. Comme un soundtrack classieux et langoureux, parfois déstructuré et violent, à un album de rap sans paroles. Ce que l'on a appelé à un moment "l'abstract hip hop", même si Tobin va tout de suite beaucoup plus loin, beaucoup plus vite. Ses morceaux se tissent de rythmiques drum'n'basse, de textures électroniques torturées et dissonnantes - voir le morceau Precursor, carrément bruitiste, ou la locomotive Rhino Jockey, dont l'electro saturée ferait presque headbanger la tête comme sur un bon vieux riff de gratte.

Quand il manie les samples de manière plus directe, Tobin est tout aussi doué que ses confrères, parvenant à donner une vraie dynamique à ses morceaux, des mélodies simples enrichies par d'excellentes compos super travaillées, comme dans les très beaux Slowly et Keepin' it Steel - The Anvil Track, où le père Amon Tobin (et non pas le père Amon Perez, qui ne peut pas dormir comme tout le monde le sait) nous brode un morceau smooth et presque chaloupé autour de sonorités metalliques. Il y a bien sûr le diabolique Four ton mantis et son rouleau compresseur sonore opressant, ou encore Natureland, conclusion effectivement printanière à un album dans l'ensemble plutôt sombre, en tout cas quelque peu froid dans ses tonalités. Un mec a dit un jour sur Nova que les albums d'Amon Tobin étaient aussi chiants dans la durée que ses concerts pouvaient être fabuleux, et c'est vrai que Supermodified, comme ses autres albums, souffre parfois du trop de densité qu'il donne à sa musique, comme un trop plein sonore qui rend en général assez difficile l'écoute d'une traite - en tout cas pour ma part. Tous les morceaux ne sont pas égaux, Marine Machines est un peu systématique et finalement pas très intéressant, Golfer vs Boxer carrément emmerdant parce que sans structure (et ce malgré son sample d'Ennio Morricone hyper bien placé), bref, tout n'est pas forcément à garder sur ce CD comme sur les autres, mais si je considère malgré tout Supermodified comme un putain de disque, c'est bien parce que le reste n'est pas juste "bien", c'est tout simplement génial.
Un peu difficile d'accès, peut-être, mais à mon avis si vous accrochez à cet album, il ne vous reste plus qu'à vous procurez d'urgence Permutation, l'autre chef-d'oeuvre absolu du monsieur, et puis Bricolage & ses premiers travaux sous le nom de Cujo. Restera Out from out where, déjà un peu plus hard, mais extrêmement puissant dans son genre, qui mériterait presque, comme Permutation, une autre chronique (ah ce début/hommage à Tomita...). Ah mais oui mais non.
Le site officiel de monsieur Tobin, Amon
10 commentaires, dernier de Prodigy.
Le CD du jour : Nouvelle Vague
Dimanche 23 janvier 2005 à 17 h 16

J'en ai déjà parlé ici, je vais prendre 5 minutes avant mon bol d'air dominical (le jour se couche, viiiiiite) pour vous parler de Nouvelle Vague, encore une découverte due au hasard - merci France Inter et son émission musicale en soirée qui passe tout au long de l'été des trucs super peu connus et très stimulants - et qui est clairement l'un des meilleurs disques de l'année dernière en ce qui me concerne. Ouais, y'a un côté un peu hype branchouille emmerdant avec ce disque, en même temps, si on écoutait de la musique pour se donner une contenance ou une image publique, ça se saurait (comment ?).
Nouvelle Vague, vous en avez probablement déjà entendu parler, c'est un collectif bricolé par deux frenchies, qui reprend des tubes, de préférence des années 80 - ça va de Depeche Mode à XTC, en passant par Joy Division, les Dead Kennedys, Cure, les Clash et les Specials - à la sauce bossa nova. L'intérêt du disque, outre des versions franchement smooth (attention je n'ai pas dit "lounge", que l'inventeur de ce terme à la con aille s'empaler sur des tessons de bouteille) de ces petits classiques revisités à la sauce chaloupée, est de faire intervenir diverses chanteuses aux tons de voix très différents, sensuels, un peu plus rauque, anonymes ou charnels.
Mention spéciale à la jolie Camille (a signé un album intitulé "Le Sac des Filles") et à son interprétation caliente de Too drunk to fuck des Dead Kennedys, franchement LE morceau aphrodisiaque par excellence, pétillant, chaud, une putain de petite bombe voluptueuse, lascive et quasiment lubrique quand la belle conclut - en français, puisqu'elle l'est - par un "trop bourrée pour baiser" de bon aloi. Mamma mia. Il n'y a pas qu'elle, heureusement, même si franchement ses morceaux sont parmis les plus marquants du disque, Too drunk to fuck, donc, mais aussi une splendide relecture du Guns of Brixton des Clash ou son superbe Making plans for Nigel, mélancolique et ethéré là où l'original était punk-popisant. Dans le même genre la reprise de A forest est parfaite, celle de Psyche de Killing Joke est superbe de menace et de poésie, tandis que l'album se conclut sur un Friday night saturday morning posé et calmant.
Du coton pour les oreilles, qui rappelle les douces soirées d'été, les fins de journées humides et reposantes, le farniente et l'évasion...
Vivement le suivant, bordel.
Le site officiel français
15 commentaires, dernier de Prodigy.
Le CD du jour : Bent - Programmed to love
Jeudi 20 janvier 2005 à 23 h 01

C'est complètement par hasard, en écoute dans une FNAC quelconque, que j'ai découvert l'album de Bent, un groupe que je ne connaissais absolument pas, formé des britons Simon Mills et Neil Tolliday, deux touches à tout qui accouchent d'une musique tour à tour festive, délirante, tristoune, toujours originale, bric à brac de samples qu'on croirait choppés dans une brocante, de vieux sons oldies d'ordinateurs en passant par - oui - Nana Mouskouri. Le résultat est un album comme nul autre, impossible à quantifier ou à catégoriser.
Est-ce du trip hop ? Oui, si l'on écoute des morceaux comme Private Road, I love my man, ou encore Invisible Pedestrian, qu'on croirait sorti d'un album de Death in Vegas première période...
Est-ce de la pop ? Il faut croire, d'après A Ribbon For My Hair ou Irritating Noises, qui ne dépareillerait pas dans un Leonard Cohen
Est-ce de l'électro ? Bien sûr, cf. Beach Buggy, Exercise 1 et I Remember Johnny...
Bref, vous l'aurez compris, Bent est un gros mélange d'influences hyper difficile à classer, un de ces albums-éventails de sonorités et de mélodies, flirtant parfois avec la variétoche la plus sucrée, le trip-hop le plus froid, et pointillé de petites plages aériennes, sans paroles, sortes de transitions sonores entre ces morceaux totalement disparates. Une sorte de condensé de la musique moderne, entre kitsch assumé, boucles électroniques sautillantes faites de brics et de brocs, expérimentations ludiques, et balades un peu grises avec voix éthérées...
Difficile de dire si vous allez aimer Bent ou non, tant il semble qu'il y ait un peu de tout pour chacun dans cet album. Leur suivant, Everlasting Blink (je n'ai pas écouté le tout dernier dernier, Ariels), est un peu plus difficile d'accès, beaucoup plus ancré dans des sonorités "années 80" (ce qui n'est pas, personnellement, pour me déplaire, mais gênera les plus allergiques). En tout cas une jolie découverte que j'ai faite il y a longtemps, et que je cherche par tous les moyens à faire découvrir, avant que Bent ne devienne beaucoup trop underground et donc définitivement super hype.
5 commentaires, dernier de Phymosis.
Le CD du jour : Plaid - Spokes
Dimanche 16 janvier 2005 à 16 h 24

Bon, mes chroniques musicales ont beau n'attirer personne (c'est sûr que y'a moins de cul que sur blog de Napalm), je vais quand même persister, allez savoir, peut-être que dans 15 ans je me relirai moi-même en me jetant des cailloux pour avoir écrit ou écouté des trucs pareils.
Retour à l'electro (ou l'IDM ou la musique electronique ou la sous-techno ou la bleep techno enfin c'est vous qui voyez) avec Spokes, le.... gn (attendez que je vérifie) cinquième album de ce groupe anglais (6ème si on compte leur LP de remixes, 7 avec le Peel Sessions), composé de Ed Hanley et Andy Turner, anciens membres du "groupe techno culte Black Dog" (dixit plusieurs bios du groupe). Comme tout ce qui est anglais et electro un peu mainstream, Plaid est signé sur le label Warp, patrie d'Aphex Twin, Autechre, Squarepusher, LFO, Boards of Canada ou encore !!! et Anti-Pop Consortium pour les trucs un peu plus "hype" et qui marchent bien en ce moment - certains puristes regrettent d'ailleurs que Warp s'égare un peu en produisant autre chose que de la techno (hip-hop, pseudo rock branchouille), et c'est vrai que certains trucs récents sont ultra merdiques (Jimi Tenor & Jamie Liddel en tête), mais c'est une autre histoire.
Comme Boards of Canada, Plaid a une signature sonore reconnaissable entre mille. Leur style est très clairement défini, leurs compositions sont complexes, et surtout très mélodiques, ce qui rend leur musique accessible même à ceux qui sont assez novices en la matière, voire réfractaires à la musique électronique (par exemple la très belle compo Eyen, tirée de leur album précédent, Double Figure, générique d'une émission de France Inter - je crois que c'est Charivaris). Il y a beaucoup de travail dans la zike de Plaid, une vraie richesse sonore, mélodique, et beaucoup moins de systématisme que chez beaucoup de groupes electro qui se contente de faire traîner leurs sons sur 7 ou 8 minutes sans réelles variations de tempos ou d'harmonies. Leur style évolue, mais reste intrinsèquement le même, là où certains (Aphex ou Autechre, toujours eux) peuvent accoucher d'album radicaux, en rupture totale avec leurs précédents travaux. Lequel des deux comportement est le plus intéressant artistiquement, je vous laisse seul juge, moi perso j'aime les deux : les groupes qui surprennent, quitte à se foutre leurs fans à dos, et les groupes qui affinent. Plaid est de la seconde catégorie.

Plaid peut aussi faire dans le simple et le minimal (l'album Restproof Clockwork), mais Spokes se place clairement dans la catégorie "plus", une sorte d'album mature (non pas "de la maturité", je déteste ces conneries) avec une tonne de textures, de nuances, de subtilités, de couches sonores. C'est en tout cas leur moins épuré, ce qui n'a pas manqué d'agacer certains amateurs du groupes déçus par cet apparent "embourgoeisement" de la musique de Plaid, comme si les deux gars s'étaient laissé dépasser par leur production et leurs machines. C'est moins "bleep", mais sans doute destiné à mieux veillir que certaines de leurs compos précédentes, et surtout plus constant dans la qualité (il n'y a que deux morceaux que j'aime moins, un seul à quasi jeter).
En tout cas c'est un sacré album, qui non seulement se paye le luxe d'avoir un visuel magnifique (ça rappelle un peu les designs SF des annés 70, avec un lettrage à la Tomita, je sais pas si c'est voulu), mais surtout des compos ultra complexes, avec des sonorités à tomber, et ce dès le premier morceau. Sur un bon système, c'est royal, pas besoin de 5.1 ou de DTS pour vibrer sur de la zike, bordel. Comme tout album electro, Spokes demande un petit temps d'adaptation, surtout si vous êtes nouveau dans le genre, mais putain quel voyage... C'est sans doute à cela que ressemblent les sonorités du futur ? Un album indispensable, en tout cas, à mon avis à ranger aux côtés des futurs classiques du genre comme Tri Repetae et les Ambient Works d'Aphex Twin.
- Le site officiel de Plaid
- Le site officiel de l'album Spokes (extraits en ligne)
7 commentaires, dernier de piGfreeZer.
Le CD du jour : Pharcyde - Bizarreride II the Pharcyde
Jeudi 13 janvier 2005 à 00 h 03

La vie réserve parfois de drôles de surprises, qu'on dit. C'est dans un taxi londonien que j'ai découvert Pharcyde, groupe de hip-hop (j'aime pas dire rap à cause des connotations imbéciles et des gros clichés réducteurs, en général proférés par des mecs qui n'en ont jamais écouté de leur vie) assez génial et unique en son genre, dont la chanson passait nonchalamment à la radio un soir de décembre 1992. Je m'en souviens comme si c'était hier, le morceau s'appellait Passing me by (avec un sample du Summer in the city de Quincy Jones), et, une fois le nom du groupe annoncé à la radio, je mémorisais pour essayer de trouver la perle. Pas facile - on a d'abord tenté le voyage à Brixton dans une boutique exclusivement hip-hop dont le patron, un grand black super baraque, hallucinait un peu de voir débarquer deux blancs-becs complètement décomplexés dans son échoppe (faut comprendre que Brixton, c'est un peu le quartier ghetto...), mais c'est finalement dans un Tower Records quelconque que j'ai trouvé cet album au nom bizarre... Bizarreride II the Pharcyde.
Comme beaucoup de groupes de rap (ayé, je l'ai dit!), Pharcyde est un groupe à l'histoire un peu compliquée, faite de splits, de réunions, de changement de membres - ils ont sorti un album y'a pas longtemps, alors qu'ils étaient censés ne plus exister, et ne sont plus que deux. Non, je vous vois venir, personne n'est mort assassiné à coups de .9mm, ils n'avaient pas de dents en or ou la chaîne de l'ancre du Titanic autour du cou, mis à part leur look typique de la mode de l'époque, les Pharcyde était un quartet de ptits gars from LA tout ce qu'il y a de plus classique. Pas de beotchs, de big limos et de gansta attitude, on est dans le rap west coast et pourtant le groupe sonne comme un groupe de New-York. N'ayons pas peur des mots : musicalement, c'est brillant, inventif, les mixes de J-Sw!ft et Fatlip sont riches, surtout sur cet album. Un peu Niggas with Attitude sur les bords, moins revendicatifs mais plus festifs que beaucoup de leurs confrères (ce qui ne veut pas dire pour autant qu'ils n'ont rien à dire), les Pharcyde pourraient se comparer à des groupes comme A Tribe called Quest, ou Digable Planets (en plus énervés). Comme tout disque, Bizarreride a son lot de tueries, des délires sur les "ta mère" dans Yo Mama (ça date de bien avant ceux d'Arthur et cie, d'ailleurs les "ta mère" viennent de la communauté noire US), le splendide Officer qui collerait la patate à un cul de jatte manchot, Passing me by bien sûr, le trippant (et flippant) Pack the pipe, ou encore my personal favorite, Otha fish. Enfin bref, y'a rien à jeter sur ce putain d'album !

Bizarreride... fait partie, avec d'autres albums comme le Muse sic... de Public Enemy ou le premier album de Gravediggaz d'un petit "top" personnel d'albums de rap que j'emmènerai clairement sur une île déserte si le choix m'en était laissé. Ce serait même un album que je recommanderais à ceux qui n'aiment pas du tout le rap, pas pour les convaincre, non (je me mettrai pas au death parce qu'on m'a fait écouter les meilleurs groupes du genre, on a des affinités ou non, c'est pas négociable), mais pour leur montrer peut-être qu'il y a autre chose dans le rap que Stomy Bugsy et Tragedie, que la merde qu'on diffuse à la radio et que les robinets de chiasse qu'à ouvert Skyrock sur le genre depuis une bonne décennie n'ont rien en commun avec ce qu'on pourrait appeller le hip-hop. Sans vouloir faire le coup du "les médias nous mentent, il faut aimer l'underground", surtout que certains trucs diffusés à la radio sont probablement très valables - je généralise à mort - disons que Pharcyde peut aider à montrer aux sceptiques que le rap ne s'arrête pas à trois mecs de banlieues super véners de pas avoir les dernières Nike et qui gueulent leur rage contre un système dont ils veulent profiter comme tout le monde, en gros hypocrites assumés qu'ils sont pour la plupart.
Dans le même ordre d'idée, et si vous souhaitez vous ouvrir au rap/hip-hop "en douceur", je recommanderais des groupes comme Digable Planets, The Herbaliser, Dreamwarriors, Blackalicious, les Fugees (les deux albums), A Tribe Called Quest, Arrested Development (vous arrêtez pas au single ultra connu, le premier album est excellent) Dilated People, Deltron 3030, et de passer ensuite tranquillement à des trucs moins immédiatement accessibles comme les Beastie Boys, Public Enemy, Gravediggaz, Cannibal Ox, en passant par l'abstract/musical type XEcutioners, DJ Shadow, QBert, RJD2, Kid Koala, et tous ces groupes que j'ai découvert au fil du temps grâce aux potes, au net, aux compils, etc... Après ça, si vraiment vous n'aimez pas le hip-hop et le rap, au moins vous pourrez dire que vous avez essayé !
Le CD du jour : mcluksy - The Difference Between Me & You Is That Im Not on Fire
Mercredi 12 janvier 2005 à 00 h 08

Bon, assez rigolé, on passe aux choses sérieuses. Fini les albums de gonzesses, l'éléctro de tapette, place au wok and woll, le vrai. Le bon qui pue la sueur, les doigts de pieds, la clope froide, le transistor grillé, la chaleur métallique des lampes d'ampli. Trois gars, une basse, une batterie, une gratte, et un gars qui beugle des paroles sans queues ni têtes dans le genre :
kkkitchens what were you thinking
if racial tension is a benchmark
then how much for this sink in a riot?
i'll buy it with the water main,
but you're a mock, a molar
a molecular fault in a parallel world
a mysterious font by the end of the north road
just across from the spar
Ouais, ça veut rien dire.
Alors mclusky c'est ma grande découverte rock de l'année dernière. Ouais chui ptet con, ça existait depuis des lustres, mais je vous merde. D'une part ça fait du bien, quand on se tape que du néo-métal de merde et du rock d'ado dans les radios et les boîtes, d'écouter un truc un peu couillu, gras, de la bonne basse bien compressée, des grattes hurlantes bien saturées. Ouais, je sais, le son crado revient à la mode (voir les Whites Stripes et cie), mais mclusky a un gros avantage : l'énergie. A trois, ces gars dégagent autant que du 100.000 volts, ça urge, en 2 minutes/2 minutes 30 les morceaux sont pliés, à l'exception de quelques poussés un peu chiantes, à vrai dire, parce que mclusky est bon que dans le ramassé. Pour tout dire, j'avais pas entendu aussi efficace, aussi brillant au niveau des mélodies, et aussi survolté depuis les Pixies. Ouais, c'est du lourd, et je compare pas les deux groupes (faut pas déconner), mais c'est pour vous dire.
Le titre de l'alboume est aussi con que long (j'adore), tout n'est pas super égal (She will only bring you happiness sonne vachement "radio campus USA"), mais y'a de tout dans cet album. Du rock véner (kkitchens), du Pixies, du Offspring (icarus smicarus), du keupon crado, du bruit de salle de répète, du rugueux aux accents black/death (You should be ashamed, Seamus, la grosse tuerie de l'album amha), des balades complètement connes.
Non, vraiment, ça fait du bien. Et pour une fois, puisque c'est légal et offert sur le site officiel, je peux même vous faire écouter !
Without msg I am nothing - tirée de The Difference...
To Hell with good intentions - tirée de l'album mclusky do Dallas...
Bon, ce qui est con dans tout ça, c'est qu'hier ils sont splitté, mais apparemment Falco (Andy Falkous le leader/gratteux/chanteur) parle d'une grosse compil finale de faces B d'inédits et de live, donc tout est pas mort. Enfin, le groupe, si, ils vont faire des trucs, mais séparément. Chiotte.
3 commentaires, dernier de Netsabes.
Le CD du jour : Arovane - Icol Diston
Mardi 11 janvier 2005 à 00 h 08

Allez hop, après Shannon Wright, le post qui n'a intéressé personne, je continue dans mon exploration musicale avec Arovane, et l'album Icol Diston, sorti en 2002 , qui devrait intéresser encore moins de monde. Après le rock romantico-énervé, petite plongée dans la musique électronique, la vraie, je parle pas de house, de techno ou de dance music, mais bien d'electro, n'en déplaisent à ceux qui appellent ça IDM (intelligent dance music, vous parlez d'une appellation à la con), electronica ou que sais-je encore. Moi je dis electro, et je vous merde. Electro, parce que c'est de la musique électronique, tout simplement, minimaliste, atmosphérique, sans beat, sans boums boums, c'est travaillé, c'est riche, plein de strates et de couches subtiles. Certains trouvent ce genre de musique froid et artificiel, je trouve ça prenant et totalement neutre, ce qui permet d'y injecter ses humeurs du moment, mélancoliques ou joyeuses, sad as fuck ou happy happy joy.
Arovane c'est un petit gars doué venu d'Allemagne. Ouais, ils ont un don pour ces musiques là, normal ils les ont pratiquement inventées, avec Kraftwerk, Neu et toute la clique. Son travail tout en nuance fait penser aux premiers albums d'Autechre, le duo anglais bien barré un peu paumé dans leurs délires expérimentaux aujourd'hui, et qui fleurent avec le bruitisme pur un peu chiant (dans le genre grosse baffe je vous conseille quand même de choper leur clip Gantz_graf sur le web, sur la mule ou autre, il traîne en .avi). En fait, Arovane c'est du Autechre qui aurait bien tourné, aurait su garder sa touche ambient et sa science des sons, sans les trips expérimentaux minimalistos agressifs de leurs derniers LPs. A découvrir pour ceux qui aiment la musique électronique et ceux qui voudraient se dégourdir un peu les esgourdes au pays des bips et des scritchs.
Et si vous êtes sages, mais seulement si vous êtes sages, un jour je vous parlerai de Boards of Canada.
3 commentaires, dernier de Prodigy.
Le CD du jour : Shannon Wright
Dimanche 9 janvier 2005 à 15 h 23

Puisque j'ai un blog autant l'utiliser à des fins utiles, et essayer de faire découvrir des trucs un peu plus personnels.
Donc Shannon Wright, l'une de mes nombreuses découvertes musicales de cette année, qui fut assez fertile dans le domaine (merci les potes, les forums, et le evil mp3 qui rend stérile et néonazi). On la compare souvent à PJ Harvey, ce qui est bien sûr con et réducteur, mais vous connaissez les médias il faut des étiquettes et des comparaisons pour pas perdre le pauvre crétin qui te lit. Alors c'est comme PJ Harvey, mais plutôt période Dry ou Rid of me, on est loin de ses derniers albums, super travaillés.
C'est sec, âpre, c'est rageur, un peu noisy, un peu bad déprime énergique, un joli sens de la mélodie efficace, une gratte un batterie une voix et plein de choses à dire, et débarassé du côté songwriteuse énervée et torture hype, ça prend aux tripes pour peu que l'on soit d'humeur. Franchement maussade, l'humeur, c'est pas du Lorie, les mecs.
Tracks lui avait consacré un reportage il y a quelques mois, apparemment Shannon avait arrêté de faire de la zike pendant quelques temps pour se réfugier dans la vie "normale", mais elle est revenue à ses premières amours récemment, et ça c'est bath. Elle a fait partie du groupe Crowsdell, et elle a même fait un album avec Yann Tiersen. Y'avait d'ailleurs un extrait de concert dans Tracks, c'est vrai qu'elle a la hargne la chtiote, elle a dû en chier un bon coup, mais du coup sa merde se transcende en des morceaux bien rugueux. Ah, ça a plus de couilles que Benjamin Biolay ou du Carla Bruni, ça c'est sûr.
Voilà, donc elle s'appelle Shannon Wright, je conseille fortement son album Over the sun. Comme si vous en aviez quelque chose à foutre de mes conseils, mais je me dis que si 1 ou 2 personnes peuvent découvrir, ça serait pas si mal...