Moisson noire
Vendredi 7 mars 2008 à 17 h 44
Je sais le faire, me promener sur des routes inconnues, traverser parfois des foules d'enfants malades. Pour moi quand je dis enfants malades je pense au reste des autres et à moi-même : malades, mais pas assez malades, encore trop enfants pour vivre pleinement c'est à dire faire l'amour facilement. Je crois qu'il faut être très malade pour faire l'amour facilement, peut-être même faut-il être tout près de sa propre mort. On est enfant jusque là?
Mais ce n'est pas de ça que je voulais parler, c'est de mon métier : fabricant de noms d'opérations, militaires ou autres. Je reçois de temps à autre des courriers discrets, des e-mails de tel syndicat, telle organisation, tel gouvernement, telle milice... Dans ces courriers je trouve les détails des opérations que je dois baptiser. C'est très bien payé, tous ces gens manquant cruellement d'imagination dès qu'il s'agit d'autre chose que la mort des autres. Puisque ça vous intéresse voici un exemple : récemment, un général m'a envoyé le courrier suivant (typique) :
- Type d'opération : nettoyage ethnique
- Nombre de morts prévu : environ 170000
- Race : noire
- Population visée : vieillards : oui
enfants : oui
femmes : oui
- Période d'intervention : été
- Utilisation d'armes chimiques : si nécessaire
- Torture : oui
etc, etc...
Face à un tel courrier je suis la plupart du temps exalté. En général un déclic se produit rapidement et je baptise l'oeuvre à venir en quelques minutes à peine : ici, c'est en quelques secondes que je pense à "Moisson noire".
Mais parfois j'en arrive à croire que nommer la mort est pire que de l'infliger et je ne dors pas pendant quelques nuits. Le plus souvent, cependant, c'est la fierté et l'exaltation qui dominent, lorsque j'entends le nom que j'ai choisi se répercuter entre les murs sourds des média.
C'est alors, et seulement alors, que j'arrive à être assez malade pour aimer sans retenue : si perdu, tellement en dessous, qu'il ne peut me rester que ça, et toutes ces morts que ma langue articule à la mienne.
Mais ce n'est pas de ça que je voulais parler, c'est de mon métier : fabricant de noms d'opérations, militaires ou autres. Je reçois de temps à autre des courriers discrets, des e-mails de tel syndicat, telle organisation, tel gouvernement, telle milice... Dans ces courriers je trouve les détails des opérations que je dois baptiser. C'est très bien payé, tous ces gens manquant cruellement d'imagination dès qu'il s'agit d'autre chose que la mort des autres. Puisque ça vous intéresse voici un exemple : récemment, un général m'a envoyé le courrier suivant (typique) :
- Type d'opération : nettoyage ethnique
- Nombre de morts prévu : environ 170000
- Race : noire
- Population visée : vieillards : oui
enfants : oui
femmes : oui
- Période d'intervention : été
- Utilisation d'armes chimiques : si nécessaire
- Torture : oui
etc, etc...
Face à un tel courrier je suis la plupart du temps exalté. En général un déclic se produit rapidement et je baptise l'oeuvre à venir en quelques minutes à peine : ici, c'est en quelques secondes que je pense à "Moisson noire".
Mais parfois j'en arrive à croire que nommer la mort est pire que de l'infliger et je ne dors pas pendant quelques nuits. Le plus souvent, cependant, c'est la fierté et l'exaltation qui dominent, lorsque j'entends le nom que j'ai choisi se répercuter entre les murs sourds des média.
C'est alors, et seulement alors, que j'arrive à être assez malade pour aimer sans retenue : si perdu, tellement en dessous, qu'il ne peut me rester que ça, et toutes ces morts que ma langue articule à la mienne.
Mais j'aurai préféré sans le premier paragraphe. Les "enfants" me semblent vraiment hors-sujet.
Ou alors j'ai pas compris le lien.
"Hiver Chaud"