Amour, joie, nihilisme. (le blog de Poulpos)
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Juillet 2008

Pourquoi attendre?

Dimanche 27 juillet 2008 à 11 h 52
Avant même d'arriver au bord de l'eau j'avais compris : tout s'était encore enfoncé de plusieurs centimètres durant la nuit. D'ici quelques jours l'eau commencerait à lécher les fondations des constructions les plus proches, les infiltrations devaient déjà être nombreuses et je prévoyais que certains bâtiments allaient s'effondrer d'ici peu. Je me suis agenouillé près de l'eau et je l'ai goûtée : elle était salée, évidemment, mais aussi métallique. J'ai levé les yeux sur l'horizon et tout était recouvert. Tout le monde avait fui mais pour aller où.

J'ai passé les jours suivants à errer dans les rues en compagnie des fantômes de mes semblables. Partout des objets anodins me rappelaient leurs vies, et la mienne. J'avais parcouru ces rues maintenant dévastées et rongées par l'humidité avec ceux et surtout celle que j'aimais. Tous avaient maintenant disparu et je devais me concentrer pour rattacher ce cadre vide et minéral à nos histoires d'hommes et de femmes. Cela me faisait souffrir mais en l'absence de tous c'était la seule chose qui me permettait de me sentir vivant.

Tous les matins j'allais au bord de l'eau constater sa montée inexorable. Maintenant certaines façades étaient au contact direct du liquide, j'avais l'impression que la montée s'accélérait. Parfois je montais sur les toits et je contemplais l'eau noire qui montait tout autour de moi, envahissant les rues, attaquant les bâtiments toujours plus jaunâtres et malades. Là haut je restais prostré pendant des heures et je pensais à elle, surtout à elle, à ce qu'elle m'avait fait, à ce que je lui avais fait, et nos deux vies mêlées devenaient un spectacle morbide et sans aucun sens, alors que tout autour de moi, de l'horizon au rivage, l'eau noire donnait à ma vie un futur en la précipitant toujours plus vite vers sa fin.

Toutes les nuits, j'entendais maintenant des immeubles s'effondrer dans l'eau. Je dormais sur le toit du bâtiment le plus central de la ville et je pouvais voir l'eau monter à vue d'oeil. Je n'avais pas le courage de choisir ma mort alors j'allais laisser décider quelqu'un ou quelque chose d'autre. Quand les premières vagues ont heurté, plus bas, la façade de l'édifice sur lequel je vivais depuis quelques jours, j'ai été presque soulagé. Leur battement régulier se rapprochait, plus vite, plus fort ; c'était comme un coeur qui s'emballe sans jamais s'arrêter.
4 commentaires, dernier de KaB.