Le rire des enfants
Jeudi 28 août 2008 à 16 h 22
José a une trentaine d'années et depuis quelques temps il s'inquiète sérieusement. Il a toujours habité dans la même ville, M..., sans jamais faire de vague, sans aucun problème majeur. Il travaille, il fait ses courses, il boit à la fin de la semaine, et il profite de la brume qui enveloppe son cerveau, les lendemains de boisson, pour mieux apprécier l'architecture et les jardins qui l'accompagnent tout au long de sa promenade dominicale, et qui se mêlent voluptueusement dans le coton qui bourre son crâne.
Seulement, depuis quelques temps, comme je vous le disais, José s'inquiète, sérieusement. Au départ il n'y faisait pas attention ; mais au fil du temps le phénomène a pris de l'ampleur. Peu à peu José s'est rendu compte que, depuis quelques temps, tous les enfants qu'il croise, sans exception, lui sourient de toutes leurs dents, lui exposant invariablement un chaos absolu d'émail, de caries en tous genres, de gencives vidées de leur occupant, de fractures insoutenables. L'univers buccal des enfants.
Pendant un moment, tout ceci a beaucoup amusé José. Mais voilà que depuis quelques jours, les enfants, en le croisant, se mettent carrément à rire. Hier par exemple, le cas typique ; José marchait dans la rue, les yeux entre deux eaux. Il regardait tour à tour en haut, puis en bas. Il traversait une rue déserte exceptés, à l'autre bout de la rue, une mère et son jeune fils, âgé de peut être huit ans, tout au plus, aurait dit José. Invariablement, ils se croisent. L'enfant éclate de rire, il rit, rit et rit encore, au point que sa mère commence à s'inquiéter ; José, intrigué, fixe l'enfant, qui se tord de rire encore et encore, qui convulse, rougit, noircit maintenant ; la mère ne sait plus quoi faire ; José reste complètement paralysé, plus il regarde cet enfant et l'intérieur catastrophique de sa bouche, plus il est persuadé qu'il ne rit pas mais le menace, il veut sa mort, pire encore, il veut l'attaquer, le mordre, l'infecter ! José est pris de panique, il tremble, la mère, elle, essaye de calmer son fils, elle lui hurle d'une voix entrecoupée de sanglots hystériques, d'arrêter, d'arrêter ! José, d'un effort surhumain, se ressaisit et part en courant. Il rentre chez lui en rasant les murs, évitant tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un enfant.
Pendant environ une semaine, José reste enfermé chez lui, complètement traumatisé par cette expérience. D'autant qu'il reçoit, tous les matins, par la poste, dans une enveloppe tout à fait anodine, sur laquelle est griffonée d'une main maladroite son adresse, pleine de fautes d'orthographe, des dessins grossiers toujours différents mais toujours emplis de sang, de batailles et de morts. Il commence à être persuadé qu'on le pourchasse, qu'on le cherche pour le dévorer ; qui est ce "on", il ne veut pas y penser, car toujours dans son esprit surgit cette face noire de l'enfant qui rit, les dents ravagées.
Le lundi suivant il décide d'appeler la police. On le harcèle, on lui fait des plaisanteries douteuses. Il n'ose plus sortir de chez lui. Il aimerait que cela cesse. Seulement, à l'autre bout du fil, après avoir composé le numéro de ses mains tremblantes et affaiblies, ce n'est pas la voix virile et rassurante qu'il aimerait entendre qui lui répond, mais une voix criarde d'enfant, qui, dès qu'il entend le premier mot que José prononce, se met à rire, puis à hurler, de plus en plus fort. José, terrifié, raccroche. Il passe ensuite de longues heures assis dans son fauteuil miteux, au milieu de son appartement qui s'encrasse depuis quelques temps, depuis, comme je vous l'ai dit, qu'il s'inquiète sérieusement. Il tente de réfléchir mais tout lui semble impossible, alors à quoi bon? Partout, au dehors, à travers ses vitres soigneusement fermées et calfeutrées, il lui semble entendre des rires d'enfant, des souffles presque agonisants de gamins prêts à cracher leurs entrailles, de rire.
Enfin, quelque chose gratte à sa porte. José hurle puis sa ceinture se resserre autour de son cou.
Seulement, depuis quelques temps, comme je vous le disais, José s'inquiète, sérieusement. Au départ il n'y faisait pas attention ; mais au fil du temps le phénomène a pris de l'ampleur. Peu à peu José s'est rendu compte que, depuis quelques temps, tous les enfants qu'il croise, sans exception, lui sourient de toutes leurs dents, lui exposant invariablement un chaos absolu d'émail, de caries en tous genres, de gencives vidées de leur occupant, de fractures insoutenables. L'univers buccal des enfants.
Pendant un moment, tout ceci a beaucoup amusé José. Mais voilà que depuis quelques jours, les enfants, en le croisant, se mettent carrément à rire. Hier par exemple, le cas typique ; José marchait dans la rue, les yeux entre deux eaux. Il regardait tour à tour en haut, puis en bas. Il traversait une rue déserte exceptés, à l'autre bout de la rue, une mère et son jeune fils, âgé de peut être huit ans, tout au plus, aurait dit José. Invariablement, ils se croisent. L'enfant éclate de rire, il rit, rit et rit encore, au point que sa mère commence à s'inquiéter ; José, intrigué, fixe l'enfant, qui se tord de rire encore et encore, qui convulse, rougit, noircit maintenant ; la mère ne sait plus quoi faire ; José reste complètement paralysé, plus il regarde cet enfant et l'intérieur catastrophique de sa bouche, plus il est persuadé qu'il ne rit pas mais le menace, il veut sa mort, pire encore, il veut l'attaquer, le mordre, l'infecter ! José est pris de panique, il tremble, la mère, elle, essaye de calmer son fils, elle lui hurle d'une voix entrecoupée de sanglots hystériques, d'arrêter, d'arrêter ! José, d'un effort surhumain, se ressaisit et part en courant. Il rentre chez lui en rasant les murs, évitant tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un enfant.
Pendant environ une semaine, José reste enfermé chez lui, complètement traumatisé par cette expérience. D'autant qu'il reçoit, tous les matins, par la poste, dans une enveloppe tout à fait anodine, sur laquelle est griffonée d'une main maladroite son adresse, pleine de fautes d'orthographe, des dessins grossiers toujours différents mais toujours emplis de sang, de batailles et de morts. Il commence à être persuadé qu'on le pourchasse, qu'on le cherche pour le dévorer ; qui est ce "on", il ne veut pas y penser, car toujours dans son esprit surgit cette face noire de l'enfant qui rit, les dents ravagées.
Le lundi suivant il décide d'appeler la police. On le harcèle, on lui fait des plaisanteries douteuses. Il n'ose plus sortir de chez lui. Il aimerait que cela cesse. Seulement, à l'autre bout du fil, après avoir composé le numéro de ses mains tremblantes et affaiblies, ce n'est pas la voix virile et rassurante qu'il aimerait entendre qui lui répond, mais une voix criarde d'enfant, qui, dès qu'il entend le premier mot que José prononce, se met à rire, puis à hurler, de plus en plus fort. José, terrifié, raccroche. Il passe ensuite de longues heures assis dans son fauteuil miteux, au milieu de son appartement qui s'encrasse depuis quelques temps, depuis, comme je vous l'ai dit, qu'il s'inquiète sérieusement. Il tente de réfléchir mais tout lui semble impossible, alors à quoi bon? Partout, au dehors, à travers ses vitres soigneusement fermées et calfeutrées, il lui semble entendre des rires d'enfant, des souffles presque agonisants de gamins prêts à cracher leurs entrailles, de rire.
Enfin, quelque chose gratte à sa porte. José hurle puis sa ceinture se resserre autour de son cou.
FAP FAP FAP FAP FAP FAP
Bien écrit à part ça.
Nan parce que l'idée est sympa mais c'est traité trop rapidement pour qu'il y'a la moindre mimèsis.
J'aime beaucoup la tournure et l'image !
Non, vraiment. Je crois que je vais prendre la peine de lire tout le blog.
J'imagine que tu dois avoir un centre aéré ou une école prêt de chez toi. T'as eu cette idée comment ?
Je ne sais pas du tout (pour une fois) comment m'est venue cette idée, j'avais envie d'écrire un truc sans savoir quoi, je me suis mis devant mon ordi, et puis cette idée est venue de nulle part. Enfin, certainement pas, mais consciemment, j'en sais vraiment rien.
Merci pour vos commentaires, en tout cas, les gentils et les méchants.