Amour, joie, nihilisme. (le blog de Poulpos)
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Chaos Campus

Jeudi 22 novembre 2007 à 00 h 26
C’est une période chaotique pour tous. Le campus universitaire est devenu un véritable champ de bataille, différents groupes s’étant constitués au fil des conflits qui agitent mollement la vie politique du monde. Les mains, d’abord nues, se sont munies d’armes blanches en tous genres, et des masses de jeunes gens traversent les pelouses labourées par la lutte, dans un sens, puis dans l’autre, selon le résultat de l’escarmouche du moment : retraite, attaque, contre-attaque. Ils laissent derrière eux quelques corps étendus, dont certains respirent à peine.

On a :
- Des factions d’extrême gauche à tendance militariste.
- Des factions d’extrême gauche.
- Des factions de gauche.
- Des observateurs pacifistes centristes désintéressés.
- Des observateurs neutres mais très intéressés.
- Des factions de droite.
- Des factions d’extrême droite.
- Des factions d’extrême droite à tendance militariste.

Cependant, les tendances militaristes des groupes extrêmes font que tout le monde est armé. Il faut évidemment ajouter à cette liste qui ne concerne que les fractions étudiantes, les forces publiques et privées, auxquelles a fait appel l’administration de la faculté.

Mais au fond, tout cela n’a pas d’importance, puisqu’en fait toute cette histoire ne concerne que quelques personnes. Piotr est un type que l’on pourrait placer dans les observateurs neutres mais très intéressés, il n’a pas encore pris part directement au conflit, même si ses convictions sont très à gauche. Il le trouve triste et décevant, le conflit. C’est un jeune homme plutôt solitaire, très à distance. Pour tout dire, il éprouve une certaine jouissance à observer ses pairs se frapper les uns les autres, jouissance mêlée comme il se doit de la frustration de n’avoir pas le courage de faire pareil. Pourtant, il y en a une paire, se dit-il, dont il écraserait bien la gueule. Il est assez vulgaire.

Depuis son arrivée à la faculté il y a de cela quelques années, il n’a rencontré personne, et surtout pas de filles. Il garde sa tristesse pour lui. Les deux femmes qu’il aurait pu aimer, Aurore et Adeline, deux soi-disant charmants prénoms, ont toujours été amoureuses de Claude, un homme à l’air brillant, à l’allure impeccable, aux dents brillantes. Au fil des ans ces affinités se sont confirmées et Piotr a pu observer, de loin, se former un véritable triangle amoureux – devenu maintenant un triangle politique, puisque ces trois là sont à l’origine du Réveil Universitaire, une faction de droite. Claude n’avait aucun scrupule à coucher tour à tour avec Aurore et Adeline, et, comme l’a récemment découvert Piotr, avec les deux à la fois.

C’est très banal. Mais les récents évènements font que Piotr pense de plus en plus à tuer ces trois personnes. Grand, maigre, et à l’air constamment perdu, il se mêle assez aisément aux divers groupes qui hantent le campus : personne ne le connaît vraiment, et il n’attire pas l’attention. Ce que tous ses camarades ignorent, c’est qu’aujourd’hui, Piotr a une arme à feu sur lui. Il l’a achetée quelques jours plus tôt, à un type louche qui vendait de la drogue à la sortie du campus. Il se trouve maintenant au milieu de la pelouse centrale, autour de lui se trouvent d’autres jeunes gens aux odeurs rances, qui n’ont pas dormi depuis plusieurs nuits, et qui vocifèrent des slogans improbables sous l’emprise de drogues diverses, dont un : « S’il reste des ruines, émiette les ! ». Piotr est lui aussi dans un état second. Face à ce premier groupe, de l’autre côté de la pelouse, une autre faction se prépare à l’assaut, dans les mêmes hurlements incohérents. Claude, Adeline, et Aurore, s’y trouvent, évidemment. Piotr le sait comme nous.

C’est un moment vague où la pluie tombe, la boue en clapote, une couverture grise drape la scène et étouffe tous les sons. Piotr a l’impression de percevoir vraiment.

Puis c’est l’assaut, qui le déclenche, on ne sait pas, mais c’est l’assaut, les barres de fer sont levées, Piotr, lui, brandit une pioche, et se rue avec ceux qui l’entoure sur ses adversaires, la mêlée se constitue, les coups pleuvent, les bruits sont nombreux : ahanements, craquements, rugissements, cris de filles blessées et rouges se mêlant aux râles rauques des garçons qui tombent, et parfois se relèvent couverts d’une boue brunâtre, la salive au coin des lèvres, les yeux plus ou moins fous mais plutôt plus, se tenant un bras, ou le laissant pendre selon son état de brisure, Piotr lui grâce à sa taille évolue sans subir énormément de coups, mais une soupape a sauté et il ne ressent plus rien à part la haine et le déferlement de cette chose qui le pousse à planter de toutes ses forces sa pioche dans tout ce qui bouge, amis ou ennemis, il ne sait plus, il frappe et frappe, puis tombe dans le noir.

Lorsqu’il se relève. Il n’y a plus autour de lui que des corps effondrés dans la boue. Des gémissements retentissent. Au loin, des sirènes hurlent : la police ne va pas tarder à arriver, après la bataille, comme toujours, pour nettoyer. Piotr regarde autour de lui. Il a l’esprit très clair et le sang très froid. Non loin de lui, Claude gît, une pioche plantée dans l’épaule. Il respire. Piotr s’avance vers lui, sort son pistolet, vise sa tête, tire. La détonation, détonne, évidemment.

Puis deux autres.
par Poulpos
Jeudi 22 novembre 2007 à 00 h 27
Prière de ne pas envoyer ce texte au FBI, ces cons risqueraient d'envoyer un scud sur ma baraque. Merci.
Jeudi 22 novembre 2007 à 00 h 58
Si c'est toi qui l'a écrit, j'aime beaucoup, vraiment.
par TheChat
Jeudi 22 novembre 2007 à 01 h 53
Sympathique, comme d'hab
par rgk
Jeudi 22 novembre 2007 à 02 h 23
J'aime aussi. Et ce genre de jalousie allant jusqu'à vouloir les voir mourir, tellement vrai... Ce qui est pas mal aussi, c'est cette vengeance sur une toile de fond différente.
par God.Ass
Jeudi 22 novembre 2007 à 03 h 52
Je sais que ça fait partie intégrante de ton style, les coupures. Ca pose bien l'action et on se sent vraiment spectateur. Mais sur ce texte ça ma paru un peu lourd. Vers la fin ça devient même fouilli entre virgules et points. imo,
Jeudi 22 novembre 2007 à 07 h 56
Vraiment bien, mais je trouve la fin un peu rapide. C'est normale ?
par Shinoda
Jeudi 22 novembre 2007 à 10 h 41
Oui, c'est Poulpos.

:)

L'avant dernier paragraphe, tu aurais pu mettre des points dans cette phrase longue de 5 lignes, si c'est fait expres pour renforcer le côté "temps réel", c'est plus désagreable qu'autre chose.
Enfin ce n'est que mon avis, je peux me tromper.
par booz
Jeudi 22 novembre 2007 à 12 h 42
en même temps c'est pas le genre de texte fait pour être extrêmement agréable...
par God.Ass
Jeudi 22 novembre 2007 à 14 h 26
De là à ce qu'il soit fait pour être chiant à lire...
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