Rob, colmateur de fuite de gaz
Mardi 13 novembre 2007 à 23 h 47
Ca va être sanglant, parce que ce bon vieux Rob en a vraiment assez de sa vie de colmateur de fuite de gaz. Depuis dix ans, il colmate des fuites de gaz dans des appartements et des maisons. C'est un métier qui fournit quelques avantages :
- les clientes sont parfois avenantes. Les films pornographiques ne s'inspirent pas de rien : les réparateurs en tout genre, c'est vrai, Rob en est le témoin, sont la coqueluche de ces dames. La seule différence avec le film pornographique en général, c'est que "ces dames", c'est une expression qui concerne surtout, dans le milieu du colmatage de la fuite de gaz, les femmes affaissées et laides, de cinquante ans, dont le mari est mort d'une occlusion intestinale. Mais Rob, il s'en balance : cela fait longtemps qu'il a tiré un trait sur les filles des magazines. Mais passons.
- on respire souvent l'odeur du gaz, et Rob aime ça, l'odeur du gaz : ce petit parfum dangereux mais à la fois un peu agréable, terrifiant et sympathique : attention, ça sent presque bon, mais si ça continue, tout va sauter ! Rob est très sensible aux odeurs, à celles des femmes et du gaz en particulier.
- on se déplace de maison en appartement, on visite les domiciles de beaucoup de gens. Rob aimait surtout ça au début. Maintenant, il en a un peu assez : les intérieurs miteux, les tableaux en laine, là, il a oublié comment ça s'appelait, mais il n'aime plus.
- on manipule des outils d'apparence complexe mais d'usage en fait très simple : Rob a souvent l'impression de maîtriser un savoir pratique et théorique que les autres ne possèdent pas, et il se sent puissant.
- si on se débrouille mal, on peut faire sauter une maison, voire un quartier entier.
C'est cette dernière option que Rob préfère maintenant. Voyez vous, si Rob colmate à tour de bras, c'est, vous dira n'importe quel psychanalyste incompétent, pour combler un vide, pour remplir des trous. Ne rentrons pas dans les détails ; mais Rob, au fond, est un grand frustré. Lorsqu'il colmate, il ressent habituellement une jouissance extrême, une impression de plénitude totale. Mais voilà : Rob, ces derniers temps, s'est, tout seul, rendu compte d'un problème, d'un décalage, et il n'arrive absolument pas à l'assumer : alors qu'il faisait l'amour à sa femme, il a soudain pris conscience que tout ce à quoi il pensait, c'était à des trous, dans des conduites de gaz, qu'il remplissait de mastic.
Depuis cette nuit, Rob s'est rendu compte que sa vie était un échec complet. S'il avait choisi cette femme, se disait-il, c'était parce qu'elle était très maigre et fine, et que ses membres, oui, il en était sûr, ressemblaient à de fins tuyaux. Son visage était un tuyau, et sa bouche un trou à combler. Bref, Rob, pour tout dire, a commencé à sérieusement se remettre en question. Un observateur extérieur aurait dit que Rob perdait complètement la tête.
C'est pourquoi aujourd'hui Rob a décidé de ne plus colmater aucune fuite. Il est maintenant dans le sous-sol d'un grand immeuble, où il est censé boucher un trou d'ampleur quatre sur l'échelle de la fuite (échelle Watergate, l'a-t-il baptisée, car Rob aime rire, même au travail), qui comporte cinq graduations. C'est une grosse dame laide qui l'a appelé, amené dans le sous sol, et qui lui a fait une gâterie en échange d'un colmatage gratuit. Jusque là, la routine. Seulement Rob ne va pas colmater cette fuite.
Rob prend un outil qu'il n'utilise presque jamais : le pied de biche, et frappe l'ouverture d'ampleur quatre. Il agrandit le trou. L'odeur de gaz se fait de plus en plus forte. Il adore ça. Finalement, le tuyau cède complètement, et de son extrêmité ouverte jaillit, avec un sifflement intense, un flot de gaz impressionnant, même pour Rob. Il a fermé, auparavant, la porte du sous-sol, et est donc confiné dans la petite pièce sombre. Très vite, il a des vertiges. Très vite, il s'évanouit.
Lorsque le minuteur, relié à des explosifs artisanaux enroulés tout autour du corps moelleux de Rob, arrive à la fin du compte à rebours, et qu'une explosion gigantesque est sur le point de se déclencher, faisant s'effondrer un immeuble de cinq étages et tous ses occupants (environ dix familles et une grosse dame un brin salace) dans un mélange de gravats et de fragments humains, Rob est en train de rêver qu'il fait l'amour à sa femme.
- les clientes sont parfois avenantes. Les films pornographiques ne s'inspirent pas de rien : les réparateurs en tout genre, c'est vrai, Rob en est le témoin, sont la coqueluche de ces dames. La seule différence avec le film pornographique en général, c'est que "ces dames", c'est une expression qui concerne surtout, dans le milieu du colmatage de la fuite de gaz, les femmes affaissées et laides, de cinquante ans, dont le mari est mort d'une occlusion intestinale. Mais Rob, il s'en balance : cela fait longtemps qu'il a tiré un trait sur les filles des magazines. Mais passons.
- on respire souvent l'odeur du gaz, et Rob aime ça, l'odeur du gaz : ce petit parfum dangereux mais à la fois un peu agréable, terrifiant et sympathique : attention, ça sent presque bon, mais si ça continue, tout va sauter ! Rob est très sensible aux odeurs, à celles des femmes et du gaz en particulier.
- on se déplace de maison en appartement, on visite les domiciles de beaucoup de gens. Rob aimait surtout ça au début. Maintenant, il en a un peu assez : les intérieurs miteux, les tableaux en laine, là, il a oublié comment ça s'appelait, mais il n'aime plus.
- on manipule des outils d'apparence complexe mais d'usage en fait très simple : Rob a souvent l'impression de maîtriser un savoir pratique et théorique que les autres ne possèdent pas, et il se sent puissant.
- si on se débrouille mal, on peut faire sauter une maison, voire un quartier entier.
C'est cette dernière option que Rob préfère maintenant. Voyez vous, si Rob colmate à tour de bras, c'est, vous dira n'importe quel psychanalyste incompétent, pour combler un vide, pour remplir des trous. Ne rentrons pas dans les détails ; mais Rob, au fond, est un grand frustré. Lorsqu'il colmate, il ressent habituellement une jouissance extrême, une impression de plénitude totale. Mais voilà : Rob, ces derniers temps, s'est, tout seul, rendu compte d'un problème, d'un décalage, et il n'arrive absolument pas à l'assumer : alors qu'il faisait l'amour à sa femme, il a soudain pris conscience que tout ce à quoi il pensait, c'était à des trous, dans des conduites de gaz, qu'il remplissait de mastic.
Depuis cette nuit, Rob s'est rendu compte que sa vie était un échec complet. S'il avait choisi cette femme, se disait-il, c'était parce qu'elle était très maigre et fine, et que ses membres, oui, il en était sûr, ressemblaient à de fins tuyaux. Son visage était un tuyau, et sa bouche un trou à combler. Bref, Rob, pour tout dire, a commencé à sérieusement se remettre en question. Un observateur extérieur aurait dit que Rob perdait complètement la tête.
C'est pourquoi aujourd'hui Rob a décidé de ne plus colmater aucune fuite. Il est maintenant dans le sous-sol d'un grand immeuble, où il est censé boucher un trou d'ampleur quatre sur l'échelle de la fuite (échelle Watergate, l'a-t-il baptisée, car Rob aime rire, même au travail), qui comporte cinq graduations. C'est une grosse dame laide qui l'a appelé, amené dans le sous sol, et qui lui a fait une gâterie en échange d'un colmatage gratuit. Jusque là, la routine. Seulement Rob ne va pas colmater cette fuite.
Rob prend un outil qu'il n'utilise presque jamais : le pied de biche, et frappe l'ouverture d'ampleur quatre. Il agrandit le trou. L'odeur de gaz se fait de plus en plus forte. Il adore ça. Finalement, le tuyau cède complètement, et de son extrêmité ouverte jaillit, avec un sifflement intense, un flot de gaz impressionnant, même pour Rob. Il a fermé, auparavant, la porte du sous-sol, et est donc confiné dans la petite pièce sombre. Très vite, il a des vertiges. Très vite, il s'évanouit.
Lorsque le minuteur, relié à des explosifs artisanaux enroulés tout autour du corps moelleux de Rob, arrive à la fin du compte à rebours, et qu'une explosion gigantesque est sur le point de se déclencher, faisant s'effondrer un immeuble de cinq étages et tous ses occupants (environ dix familles et une grosse dame un brin salace) dans un mélange de gravats et de fragments humains, Rob est en train de rêver qu'il fait l'amour à sa femme.
Fais moi ca, autodestruction.
Eclair de flash.
Fais moi ca, illumination.
Eclair de flash.
Fais moi ca, catharsis.
Eclair de flash.
Et sinon ?
D'accord aussi pour le schéma redondant, c'est vrai, c'est ce que j'aime faire (même si ça faisait longtemps); effectivement il faudrait peut être que je teste d'autres trucs.
Merci pour les critiques un peu constructives, en tout cas.
J'ai découvert ton blog et tes récits ce midi au boulot et je peux t'assurer que ma productivité en a pris un coup.
En effet, je n'ai pas réussi à décrocher avant d'avoir lu toutes tes nouvelles.
Si la qualité d'écriture est parfois inégale (tout en restant d'un très bon niveau), ton style est captivant.
Bien sûr, on pourra te reprocher d'utiliser, même inconsciemment, les stéréotypes de la littérature d'anticipation et sortir à l'occasion une multitude de noms d'auteurs ayant déjà exploré les thèmes que tu abordes, mais tu fais montre d'un tel brio que je ne peux être qu'enthousisasmé par la découverte de ton travail !!!
J'attends avec impatience tes prochains écrits et t'encourage vivement à entamer, si ce n'est déjà fait, une oeuvre plus longue et plus construite.
Merci pour les bons moments que je passe, et passerai, à te lire!
Merci beaucoup, ce que tu me dis me fais très plaisir, et me remonte le moral après ces quelques critiques plutôt négatives (et plutôt méritées, je l'admets) dans les commentaires. Surtout qu'ici, comme tu le vois, je les ennuie déjà, ces petits coquins de lecteurs de nofrag ; ce sont des lecteurs difficiles (et c'est ce que j'aime - pas de chichis) et francs en général. On peut effectivement assez facilement lire mes références entre mes lignes, ce qui ne me gêne pas : je les assume, les admire, et comme on l'a dit précédemment dans quelques débats qui ont pris place dans les commentaires, il est impossible de partir de rien ; tout texte est un tissu de références à d'autres textes, à d'autres auteurs, qui constituent l'arrière plan culturel de celui qui écrit.
Pour ce qui est de l'oeuvre plus longue et plus construite, j'ai en tête plusieurs projets top-secrets plus ou moins avancés, mais je crains de ne pouvoir les mener à bien avant un petit bout de temps car ma vie est à la fois très remplie et très vide, et ce déséquilibre me laisse peu de temps.
On t'aime quand même :)
:)