Non !
Mercredi 16 mai 2007 à 01 h 11
De cet homme dont on a oublié depuis longtemps le nom, il ne reste qu'un mot. Celui qu'il répétait à longueur de journée : "Non !"
Il avait connu les combats acharnés des jeunes soldats, puis les massacres ignobles et sans buts des armées qui battaient en retraite, et enfin la guerre civile, la sale. On disait de lui qu'il était fou. Il avait toutes les raisons de l'être. Ses supérieurs lui avaient ordonné d'exécuter des familles entières. Et lui, il s'était exécuté. Et jamais cette expression n'avait eu autant de sens pour lui. Depuis qu'il avait tué il n'était plus capable de parler, et il ne se sentait plus le droit d'exister. Il avait perdu sa dignité d'homme en tirant sur ces innocents et il était mort à chaque fois qu'il avait tué.
Il ne cessait de répéter ce "non" qu'il aurait du répondre à l'ordre qu'on lui avait donné. Il ne cessait de répéter ce mot, qui seul le maintenait en vie car il signifiait le rejet des actes qu'il avait commis. Il ne pouvait accepter son passé.
Et puis au fil du temps, le non qu'il répétait fut mal interprété. Certain crurent qu'il voulait seulement qu'on lui rappelle son nom. Mais il se souvenait très bien de son nom. Il ne voulait surtout pas l'entendre car c'était devenu celui d'un assassin. D'autres pensèrent qu'il cherchait des noms, ceux de ses victimes, ceux de ses chefs, ou peut être simplement qu'il demandait leurs noms aux passants qui s'intéressaient un tant soit peu à lui.
Mais en fait ce n'était rien de cela. Il niait son passé pour avoir un futur.
Et depuis longtemps ce "non" de négation qu'il répétait était aussi une réponse à une question. Il la lisait dans les yeux de chaque personne qui daignait le regarder alors qu'il errait dans les rues, traînant avec lui son désespoir et essayant de le semer aussi vainement que si c'était un boulet de forçat.
Ce questionnement du regard, il y répondait sans cesse, mais cela provoquait à nouveau cette interrogation dans le regard du badaud suivant, cette attitude étonnée, ces yeux grands ouverts et ce petit écart qu'on fait lorsqu'on se demande : "Mais qu'est-ce qu'il a, il est fou ou quoi ?"
-"Non !" Répondait-il sans cesse.
Mais plus il le répétait moins on le croyait.
Il avait connu les combats acharnés des jeunes soldats, puis les massacres ignobles et sans buts des armées qui battaient en retraite, et enfin la guerre civile, la sale. On disait de lui qu'il était fou. Il avait toutes les raisons de l'être. Ses supérieurs lui avaient ordonné d'exécuter des familles entières. Et lui, il s'était exécuté. Et jamais cette expression n'avait eu autant de sens pour lui. Depuis qu'il avait tué il n'était plus capable de parler, et il ne se sentait plus le droit d'exister. Il avait perdu sa dignité d'homme en tirant sur ces innocents et il était mort à chaque fois qu'il avait tué.
Il ne cessait de répéter ce "non" qu'il aurait du répondre à l'ordre qu'on lui avait donné. Il ne cessait de répéter ce mot, qui seul le maintenait en vie car il signifiait le rejet des actes qu'il avait commis. Il ne pouvait accepter son passé.
Et puis au fil du temps, le non qu'il répétait fut mal interprété. Certain crurent qu'il voulait seulement qu'on lui rappelle son nom. Mais il se souvenait très bien de son nom. Il ne voulait surtout pas l'entendre car c'était devenu celui d'un assassin. D'autres pensèrent qu'il cherchait des noms, ceux de ses victimes, ceux de ses chefs, ou peut être simplement qu'il demandait leurs noms aux passants qui s'intéressaient un tant soit peu à lui.
Mais en fait ce n'était rien de cela. Il niait son passé pour avoir un futur.
Et depuis longtemps ce "non" de négation qu'il répétait était aussi une réponse à une question. Il la lisait dans les yeux de chaque personne qui daignait le regarder alors qu'il errait dans les rues, traînant avec lui son désespoir et essayant de le semer aussi vainement que si c'était un boulet de forçat.
Ce questionnement du regard, il y répondait sans cesse, mais cela provoquait à nouveau cette interrogation dans le regard du badaud suivant, cette attitude étonnée, ces yeux grands ouverts et ce petit écart qu'on fait lorsqu'on se demande : "Mais qu'est-ce qu'il a, il est fou ou quoi ?"
-"Non !" Répondait-il sans cesse.
Mais plus il le répétait moins on le croyait.
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