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Sylvie

Mercredi 2 février 2005 à 11 h 42
-Sylvie, pouvez vous m'apporter le dossier avec les prospects du mois de Novembre ?
Il adorait ça.
Il ne cessait de s'émerveiller de ce miracle sans cesse renouvelé, le fait de pouvoir donner des ordres comme ça, juste en appuyant sur un bouton, ça le mettait en joie, et même des fois ça provoquait en lui de petites érections.
Nous avons affaire à un homme de pouvoir, à ne pas en douter.
Il avait imposé l'implantation de ce petit interphone il y avait de cela 2 semaines et ne s'en lassait pas. Quand il lui arrivait de penser à la manière archaïque qu'il avait avant de communiquer avec sa secrétaire, un téléphone, oh oh, et pourquoi pas du morse en lançant ses chaussures contre le mur (ce qui pose problème pour toutes les conversations de plus de deux lettres)(et pour faire les sons longs aussi)(à tout bien y réfléchir sa métaphore lui paraissait bien foireuse)
Sylvie rentra doucement dans le bureau, un dossier à la main, c'était une femme assez quelconque qui s'habillait avec un goût désespérément conventionnel ; sans qu'aucune fantaisie ne vienne égayer la triste sarabande de robe plissées et de bas en laine, Sylvie habitait un monde dans lequel les strings, les décolletés ou les talons n'existait pas, son style était mollement lisse à l'inverse de son visage qui commençait à accuser le poids d'une lourde nonchalance, limite exaspérante.
Elle arborait son air de celle qui rentre dans le bureau car on le lui a demandé mais qui n'aimerait pas déranger non plus, elle se sentit visiblement rassurée de ne pas surprendre son patron en train de faire le poirier ou de se tripoter l'intérieur du nez et posa le dossier sur l'imposante table exempte, d'ailleurs, du moindre papier.
On aurait sûrement pu y attabler un couple et une tripotée de gamins braillards qui auraient trouvés là le parfait terrain de jeu pour étaler de la purée sur une surface suffisante pour recomposer l'équivalent d'une chapelle Sixtine patatière.
Le patron s'enfonça dans son fauteuil en et d'un merci signifia que Sylvie pouvait peut être retourner là d'où elle venait ; de son bureau plus précisément, et non pas de sa Picardie natale ajouta t-il in petto et avec un rien de suffisance.

Quelques minutes plus tard, il utilisa de nouveau le bouton magique.
-Sylvie, pourriez vous m'apporter un café s'il vous plait.
-Oui, monsieur Robelli.

La porte s'ouvrit dix secondes plus tard sur Sylvie et un café visiblement au dessus des 100 degrés.
Mr Robelli arqua un sourcil dans un style que Spock n'aurait pas renié et regarda d'un air inquisiteur le café que Sylvie déposa voluptueusement sur la table. Il ne posa pas de questions car cela aurait été initier une conversation, ce à quoi il se refusait, il sentait que cela dériverait obligatoirement sur les problèmes de dos de sa secrétaire ou sur l'échec scolaire de l'un de ces ignares de gamins.
Néanmoins, il s'interrogea vivement sur la rapidité de préparation du café et en conclut que Sylvie avait sûrement un thermos quelque part sous son bureau.
Ainsi qu'une tasse.
Une cuillère.
Et…hum…du sucre.
Bon, tout cela était bien étrange mais pas de quoi s'interroger des heures durant.

-Sylvie, à propos des notes de frais que je vous ai demandé d'intégrer tout à l'heure, vous pourriez faire cela avant jeudi ?
-Mais c'est fait Mr Robelli, je les ai fait parvenir à la comptabilité il y a un quart d'heure.
-Nous parlons bien des notes concernant mon voyage a Berlin avec les 14 dîners, les 3 voitures de locations, les notes d'hôtel que j'avais oublié là bas ainsi que les...euh…dépenses diverses qu'il faut justifier ?
-Exactement.
-Les notes que je vous ai transmises il y a une demi heure ?
-Parfaitement.

Ca, c'était fort.
Le système de note de frais de cette société était lamentable avec des tonnes de procédures lourdes et compliquées, rivalisant de fait avec les célèbres procédures imbitables de la vie comme programmer son magnétoscope ou soutirer son numéro de téléphone à une femme. De plus, il n'avait pas les justificatifs pour ces nuits d'hôtel ce qui sous-tendait à ne point en douter des coups de fil à passer pour les récupérer et un bataillon d'emmerdement avec des allemands peu à même de coopérer du fait d'une adaptabilité aussi souple qu'une barre de titane.
Et elle, là, elle torche ça en un quart d'heure.
Suspicieux de nature et incrédule de fait, il téléphona à la comptabilité et tomba sur une dame qui lui confirma qu'ils avaient bien tout reçu, que ça paraissait en règle et qu'elle avait des problèmes de dos ces derniers temps, ça devait sûrement être du au…
Sa secrétaire commençait un peu à l'effrayer.

-Sylvie, pourriez vous m'apporter le dossier FG4589 ?
Celui là, il en était sur, elle le trouverait pas, il l'avait oublié dans un restaurant à Tokyo il y avait de cela deux semaines, trop soul pour se rendre compte qu'il laissait aussi 200 euros de trop et que sa Rollex venait de partir avec le vendeur ambulant de fleurs.

Une vingtaine de secondes plus tard, Sylvie déposait sur la table le dossier en question, il y avait même des taches de saqué dessus.
La secrétaire ignora le regard rond que lui jeta son patron et regagna son bureau.

Plus tard, il ne pu pas retenir un hoquet de surprise lorsqu'on déposa sur son bureau la demi baguette à l'ancienne pas trop cuite qu'il avait demandé quelques secondes auparavant.
Ce qui, au final, est plutôt discret et élégant par rapport au cri d'épouvante qu'il poussa quand lui fut apporté le dernier album des L5, dédicacé par tous les membres, sentant un peu le chèvrefeuille.

Mr Robelli sentit la nécessité impérieuse de se prouver qu'il n'était pas fou.
Cela dura une demi-heure, que Mr Robelli passa à commander tout ce qu'il lui passait par la tête : un matelas gonflable, des fraises tagada à la pomme, un exemplaire de la Joconde signé Matisse, un petit hélicoptère avec des pâles en chewing-gum, un oreiller en plomb, le rasoir de Pascal Obispo, une citrouille carré et un moustique atteint de surcharge pondérale.
Tout atterrit sur son bureau en un temps record.
Il régnait un grand silence dans son bureau, excepté le moustique qui bzz-bbztait pitoyablement en essayant de soulever un corps difforme que de minuscules ailes n'arrivait pas à faire décoller, en dépit d'efforts somme toute considérables.
Il l'écrasa sous le tome 4 des " Choses utiles à savoir quand on est un patron " pour avoir la paix et réfléchit intensément.

-Sylvie vous pourriez venir dans mon bureau ?

Impassible, la secrétaire pénétra dans la pièce quelques instant après.
Mr Robelli la regarda fixement avec un air que tout pervers analphabète et gérontophile aurait trouvé de bon aloi.

-Je suis désolé, Sylvie, mais vous l'avez bien cherché.
A ses mots, il sorti de sous son bureau un pistolet, se leva et tira sur la jambe de la secrétaire. Celle ci, chût à terre tandis que sa guibole commencer à tacher la moquette d'un flot de sang carmin.

-Aïe, Monsieur Robelli.
-Oui, je sais.

Il fit mine de se plonger dans la lecture d'un bouquin de Gérard Miller intitulé " Moi, contre les méchants, apologie d'une démagogie panurgiste " et ajouta d'une voix lasse :

-Et pendant que vous y êtes, vous seriez bien aimable de m'amener un canapé cuir couleur jaune de Damas, y'en a au Monsieur Cuir de la zone industrielle.

Il essaya ensuite d'avoir l'air détaché tandis que Gégé entamait une diatribe contre les pédophiles, ces gens ô combien détestables qu'il n'aimait pas.

Sylvie se traîna sur les quelques mètres qui la séparait de la porte, laissant une trace sanglante sur son passage, elle réussit à ouvrir la porte en tendant le bras et à la refermer sans faire le moindre bruit par l'entremise d'une manœuvre fumeuse et assez difficilement retranscriptible par écrit.
-Salope, souffla Mr Robelli.
Une minute plus tard, alors qu'il commençait à reprendre espoir, la porte s'ouvrit sur un canapé cuir.
Sylvie besognait derrière, le visage calme, sans qu'aucune émotion particulière n'en anime les traits, après trente secondes d'effort, le canapé se retrouva au milieu du bureau.
Jaune.
Peut être de Damas, de son univers impitoyable, ou de plus loin, ou d'autre part.
M'enfin le canapé était là.

Quelque chose se brisa à cet instant là en Mr Robelli.
Il sauta par dessus son bureau, prit la première chose qu'il pu saisir de sa boite à stylo et pointa Sylvie d'un doigt fébrile et vengeur.

-Vous !…Oui, vous !
-Oui ? Monsieur Robelli.
-Vous commencez sérieusement à me casser les couilles !

Les yeux exorbités, une veine dilatée sur la tempe, les mains s'ouvrant et se fermant spasmodiquement, Mr Robelli avait tout de l'homme à qui il ne faut pas demander si ça va sous peine de recevoir en retour et pour toute réponse un objet contondant en pleine face.
D'un pas lent, il s'approcha de Sylvie chez qui la torpeur émotionnelle approchait le coma profond et abattit ce qu'il tenait dans la main, un stylo quatre couleur ouvert sur la position vert sur Sylvie, plus précisément sur son œil.

Il recommença plusieurs fois l'opération, en frappant à chaque fois un peu plus fort tout en criant des choses inintelligibles, un observateur extérieur aurait peut être pu y déceler les mots " secrétaires ", " grognasse " euh… " arrosoir " et toujours, en leitmotiv, revenant tous les 3-4 mots : " tiens, voilà du boudin ".
Lorsque Sylvie ne fut plus qu'une masse un peu encombrante de viande, Mr Robelli se calma un peu, donna un coup de pied dans le corps pour s'assurer qu'il ne ripostait plus, bien qu’il n’ait pas beaucoup tenté de se defendre quand il en avait encore la possibilité, prit sa mallette, enfila son manteau et sortit de son bureau.

Il faudrait dés demain embaucher une nouvelle secrétaire, pas trop compétente cette fois ci, se dit il pendant qu'il descendait les marches.
Arrivé à l'accueil, il interpella la standardiste.

-Dites, vous pourrez prévenir l'entretien que, dans mon bureau, il faudrait penser à enlever le canapé et la secrétaire qui traînent au milieu de la pièce ?
-Un canapé Jaune de Damas et une secrétaire borgne ?
-Euh, oui.
-Ca a été fait il y a bien 5 minutes Mr Robelli.

(more to come)
par SeB
Mercredi 2 février 2005 à 12 h 14
> (more to come)

J' attends la suite :)
long
par Junile
Mercredi 2 février 2005 à 12 h 23
C'était long mais pas mal
par remouk
Mercredi 2 février 2005 à 12 h 41
Ouais, un peu long mais bien sympa.
La suite !
sylvie
par Gloozy
Mercredi 2 février 2005 à 12 h 43
avec un prénom pareil, il pouvait lui arriver que des bricoles.
Le coup du bic 4 couleurs ouvert sur la position vert apporte une vraie dimension humaine à toute cette histoire. Bravo.
Hihi
Mercredi 2 février 2005 à 12 h 48
Oui hihi.

Bien joué =)
Je tiens à preciser....
Mercredi 2 février 2005 à 12 h 53
....qu'il n'y aura pas de suite à proprement parler.
Juste d'autres nouvelles. (oui, c'est pour ça que c'est "long", ce sont des nouvelles ).
par Ideesse
Mercredi 2 février 2005 à 13 h 36
Excellent , t'as du talent , bonhomme .
par Gwendal
Mercredi 2 février 2005 à 13 h 38
Cette nouvelle est de toi ? Si oui, bravo
par Ceacy
Mercredi 2 février 2005 à 13 h 47
Félicitations ... un bon moment de lecture, dans ce monde de canapés jaunes.
Mercredi 2 février 2005 à 15 h 09
Vi c'est de moi, j' en ai quelques unes sous le coude que je vais disperser dans les jours à venir.
Mercredi 2 février 2005 à 16 h 34
J'ai bien aimé, encore, encore !
Mercredi 2 février 2005 à 20 h 47
Il y a moyen de faire plus court et encore plus efficace mais c'est très réjouissant. Quelques irrégularités en terme de style - des expressions qui font un peu tâche au détour de quelques phrases- mais à mon avis c'est un premier jet, non? Ou tout comme?

Très sympa, va y, envoie le reste.
Jeudi 3 février 2005 à 01 h 42
Ouais Colonel à raison, y'a quelques irrégularités dans l'emploi de certaines expressions, mais largement ratrapé par le piquant de petits détails débiles (haha le 4 couleurs sur le vert), et plus encore par le coté raifraichissant du thème completement barré.

Bon bin bis quoi.

D'ailleurs c'est toi qui a rédigé la prose sur la page de ton groupe? Je me suis bien marré.
héhé
Jeudi 3 février 2005 à 09 h 45
Aussi oui :)
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