Vendredi 28 avril 2006 à 21 h 14
et c'est
là
C'est ce que l'on appelle une update opportuniste.
Vendredi 11 février 2005 à 11 h 48
Le train est une fabuleuse invention, enfin, je trouve.
De par la joie que j'éprouve à défier les distances et les kilomètres les pieds posés sur de la soyeuse moquette et le dos agréablement cambré dans un siège confortable, je ne pouvais imaginer que ce moyen de transport deviendrait le théâtre d'une tragédie que mes nuits ne semblent avoir aucun désir de me faire oublier et que je me dois de coucher par écrit, le style un peu confus du fait du traumatisme encore prégnant.
Ce jour là, une fois assis à ma place, je dévisageais subrepticement mon camarade de rangée, juste pour savoir ce à coté de quoi j'allais passer quelques heures.
Première erreur : mon regard croisa le sien.
A cet instant, il me posa la question la plus improbable de la terre :
-C'est bien le train pour Agahon Ville ?
Si le but de la question était de me déstabiliser, ce fut réussi.
J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les personnes qui montaient dans un train, à la place indiquée sur leur billet, à l'heure indiquée sur le billet, au quai indiquée par la centaine de panneaux de la gare et qui, une fois installés, leur affaires rangées demandaient autour d'eux, le regard un peu perdu si c'était le bon train. (Ce n'est certainement pas pire que ce couple qui avant de prendre l'Eurostar, c'est-à-dire, après avoir passé une bonne douane des familles, montrés leurs passeports, s'être fait contrôlés leurs bagages et que leurs billets aient été vérifiés me demandèrent si c'était bien le train pour Londres)
Deuxième erreur, un peu plus compréhensible celle là : Je répondais par l'affirmative.
Pour moi, ce n'est pas forcement un début convenable pour engager une conversation, pour lui si. Il entreprit ensuite tout un travail de sape en ce qui concernait cette pauvre Sncf qui selon lui était tout le temps en retard, ce qu'elle confirma en faisant partir le train 15 sec après l'heure indiquée.
S'en suivit une longue, longue conversation, enfin, un long monologue entrecoupée de petites questions polies auxquelles les réponses que je pouvais fournir n'intéressaient nullement mon interlocuteur.
Je cherchais le salut dans le regard de tous les autres voyageurs mais tous refusaient de le croiser, comme si j'étais un pestiféré, ils savaient que j'étais tombé dans une spirale infernale de laquelle j'allais devoir me sortir seul et qu'il était hors de question pour eux que je les entraîne avec moi ou qu'ils me soient d'une quelconque utilité.
J'encaissais et continuais à essayer de faire semblant de m'intéresser à ce que me disait mon interlocuteur malgré les cris stridents d'un mome à qui sa maman semblait manquer beaucoup mais qui me vrillait les tympans avec pour conséquence immédiate de me les briser menues. (Après une injonction destinée à le calmer d'une véhémence si molle qu'on aurait pu faire un nœud avec, j'appris qu'il s'appelait Octave)
A un moment plus calme que les autres, j'essayais de mettre des écouteurs dans mes oreilles et de m'enfermer dans un univers musical qui aurait normalement découragé n'importe qui.
Pas lui.
Après une minute de musique, tandis que je me décontractais et battait négligemment du pied, ses lèvres esquissèrent manifestement en ma direction des mots : il me parlait.
Ce qu'il me dit, je m'en souviens plus, j'en garde juste un goût d'inutile et un sentiment d'infini. Je réitérai plusieurs fois l'isolement musical mais à chaque fois, il déjoua mes pièges.
Soudain, mon téléphone sonna, je me surpris à lui demander du regard si je pouvais décrocher puis je me repris.
Une fois la conversation (trop vite) terminée, il m'apostropha (comme dans mes pires cauchemars j'aurais pu le deviner)
-Wow, elle gère ta sonnerie, c'est quoi comme modèle ?
Sur ces considérations et après que je lui ai montré mon téléphone, il sortit un concombre d'un emballage en aluminium et m'ignora totalement tandis qu'il le mangeait goulûment.
J'en restais comme deux ronds de flancs et tentais une introspection salvatrice qui aurait du me permettre de savoir si j'étais en enfer ou pas mais il la perturba en re-engageant la conversation sur un sujet à la con dont personne, pas même une employée de la poste durant sa pause déjeuner, n'aurait eu que faire.
J'avais beaucoup de mal à me concentrer sur ce qu'il me disait, d'autant que j'essayais juste d'afficher une mine intéressée et que ça mobilisait pas mal mon contrôle des muscles faciaux, puisque le petit Octave depuis le siège de derrière et surélevé par le biais de je ne sais quels genoux pervers avait entreprit de baver généreusement sur mes cheveux.
Plus tard, alors que je sentais mon cerveau chauffer à une température qu'à vu de nez je trouvais louche, Octave courrait à perdre haleine dans le couloir sans aucun but particulier. J'en ai un peu honte maintenant mais ma jambe empiéta légèrement sur sa trajectoire (je souffre beaucoup du manque de place en train, je suis un homme d'espace moi, je me sens à l'étroit dans un champ et je souffre de claustrophobie dés que je passe une porte) et Octave tomba avec toute la générosité qui caractérise les gamelles de gosse en poussant un petit cri que je trouvais charmant. La personne en charge de veiller qu'il ne tire pas le signal d'urgence et qu'il ne s'insère pas de trucs dans les narines se mit à le plaindre tout en le serrant fort contre elle, je me sentais alors l'âme d'un grand conspirateur à l'impunité imperturbable et j'imagine que je découvrais un rictus machiavélique dont tout psy se serrait inquiété.
Malgré cet intermède, rien n'empêchait mon camarade de déblatérer sans s'arrêter. Il ouvrait à ce moment le 56ème dossier du voyage : Culture générale et nouvelles technologies. Il était visiblement un pro de l'internet. Il voulait potentiellement se lancer dans la création de site Internet qui selon lui à l'heure actuelle n'étaient pas assez clairs et interactifs, je tentais au départ de lui dire qu'on y trouvait de tout, que certains étaient super bien foutus et d'autres sentaient un peu le pâté et que le marché débordait déjà d'entreprises compétentes ou non, je tentais une comparaison avec les plombiers mais le sentait perdu dés que j'abordais des trucs techniques comme la colonne d'eau ou les pompes à caca. Je passais alors stratégiquement au mode " Acquiescement systématique " et mettait mon sens critique en veille, laissant passer quelques énormités qui me firent dresser quelques poils pubiens.
-J'aime pas les voyages en train me confia t-il après un silence qui fut peut être gênant pour lui mais salvateur pour moi.
Que peut on répondre à cela ? Rien me direz vous. On peut juste se contenter de hocher tristement la tête, paraître compatissant à la limite ou lever les bras au ciel et demander à dieu, le visage couvert de larmes pourquoi être assis pendant plusieurs heures dans un wagon peut paraître de temps en temps un peu chiant (si l'on est démonstratif).
Mais non.
Moi, j'ai osé dire que c'était pas si terrible que ça, qu'il suffisait de d'occuper tout seul.
Mais il semblait ne pas être d'accord, c'est-à-dire qu'en plus d'empiéter sur mon espace vital et me forcer à l'écouter, il s'ennuyait encore.
Toute ma souffrance n'avait donc aucun but.
L'accoudoir central devint un enjeu majeur, silencieux.
Au départ, je squattais ce dernier avec mon bras et quelques fois, je le sentais vouloir poser son coude à cet emplacement. Moi, je suis pas chien habituellement mais lui, là, je voulais pas lui faire de cadeau. Mon bras devint alors inamovible, fermement posé sans qu'aucune possibilité de transiger ne soit envisageable pour tout bras mou qui aurait voulu partager l'espace du mien. A un moment, ma vigilance se relâcha et ma main gauche vint soulager la façade Est de mon nez qui me démangeait, il en profita bien évidemment pour prendre possession de l'accoudoir. Son regard était vide, fixant le dossier devant lui beaucoup trop innocemment.
Je ruminais une vengeance terrible et sanglante puis décidait que c'était pas si grave.
Jusqu'à ce je jette un papier que je trouvais dans ma poche et le mette dans la poubelle de son coté, ce qui le fit se décaler un peu et libérer le sacro saint accoudoir.
Victoire !
Une fois le bras en place, je trouvais dans le dossier en face un sujet d'attention extraordinaire.
L'accoudoir changea encore quelques fois de propriétaire sans qu'une seule fois il n'entre dans la " conversation ".
Quelques palabres d'une platitude comparable à celle de l'encéphalogramme d'une tortue marine décapitée plus tard, il se leva pour aller vers les toilettes. Je le suivais.
Je bloquais la porte des toilettes juste avant qu'il ne la ferme, me jetais dans la petite cabine exiguë et le plaquait sauvagement contre la cloison.
(Là comme ça, j'ai l'impression d'écrire une scène pour un roman à l'eau de rose gay mais ne vous y fiez pas, continuez je vous prie)
-Qu'est ce que tu veux à la fin, bordel ?
Il affecta un air indigné et paniqué.
-Mais enfin, de quoi tu parles ?
-Ne ment pas, salopard, tu as été trop loin pour que je laisse passer ça. Tu as été trop gourmand.
-Mais..je…
Je le regardais dans les yeux quelques secondes.
Il essaya de garder un air digne, se détacha de mon emprise d'un geste large et remit son pull en forme.
-Bon, excuse moi.
-J'espère ne pas avoir à te trouver sur mon chemin de nouveau, je serai moins magnanime.
Je bluffai bien entendu, j'aurai été incapable de lui faire le moindre mal ou même de le dénoncer.
De retour à ma place, après que mon camarade ait pris ses affaires et ait quitté le wagon, je me demandais encore et toujours pourquoi les droïdes prenaient un tel plaisir à faire chier les êtres humains.
Jeudi 10 février 2005 à 11 h 31
Mercredi 9 février 2005 à 11 h 27
La journée commença plutôt normalement pour Richard.
Tellement normalement qu'une fois arrivé au boulot, il voulu la commencer par un café.
Quoi de plus normal en effet.
Une fois son manteau posé et son ordinateur démarré, il se dirigea vers la machine à café, une machine tellement vieille et utilisée qu'elle aurait pu être classée électroménager historique par un comité qui n'aurait eu vraiment que ça à foutre. La pauvre machine faisait presque les Trois Huit, turbinant toute la journée pour fournir un café au goût immonde fortement chargé en caféine et en tartre.
Devant la machine, Philippe, un collègue de richard, semblait être en pleine introspection, le regard vide, une main en train de caresser les poils soigneusement entretenus qui squattaient le dessous de sa lèvre inférieure.
- hey, gros, ça roule aujourd'hui ? Lança Richard tandis qu'il attrapait l'anse de la cafetière.
- Il, euh, il n'y a plus de café.
Richard lui lança un regard incrédule.
- Mais enfin…
- Oui, ça fait 5 minutes que je suis en train de me demander ce qui a bien pu se passer.
- Bah, il suffit d'en refaire.
- Tu ne sembles pas bien comprendre : il n'y en a plus. Plus du tout, ni dans la cafetière, ni dans la réserve.
Nicolas, le stagiaire débarqua à ce moment là.
- Yo, les vieux, ça meule ?
- Pas trop, il n'y a plus de café.
- Boarf, c'est pas aussi grave que la faim dans le monde ou que la perte d'un Botticelli durant les incendies de Londres.
Richard émit un borborygme.
- Rappelle nous le jour qu'on est ?
- Lundi, pourquoi ?
- Tu n'es pas sans savoir que le lundi est l'une des plus grandes ignominies créées par l'homme avec les glaces aux légumes (Philippe acquiesça), une inéluctabilité sûrement distillée par un conglomérat de patrons pervers qui ont décidé que la souffrance conséquente à une semaine de travail n'était pas suffisante. Le seul moyen pour l'homme moderne de tenir le coup est d'ingérer plusieurs litres de café sans aucun égard pour toutes les conséquences nerveuses et dentaires et pour ainsi pouvoir garder la tête haute et l'œil alerte. En un mot, c'est indispensable.
- Ah.
- C'est sur que tu peux pas trop t'en rendre compte quand ta tache la plus importante est de photocopier un document sans mélanger les pages.
- Très drôle.
Philippe intervint.
- Arrêtez de vous chamailler, il faut que nous soyons ensemble dans cette épreuve, il nous faut trouver une solution au plus vite si nous ne voulons pas aller au devant de problème dont je peux à peine imaginer les conséquences, mais qui risquent d'être désastreuses à ne pas en douter.
-Mon cher Philippe, mis à part le fait que le verbe chamailler n'est plus utilisé depuis le 17ème siècle, je me dois d'être d'accord avec toi.
- Bien, résumons la situation : nous n'avons plus de café et il nous faut du café.
- Joli résumé ironisa Nicolas.
- Attends, je crois qu'on tient un truc ajouta Richard.
Le groupe tint un conciliabule silencieux, chacun espérant que l'autre allait trouver une solution.
Pendant ce temps là, dans un lieu obscur d'où toute lumière du jour était interdite, elle attendait. Elle savait qu'on viendrait bientôt faire appel à elle, que de misérables petits êtres à l'existence insipide débarqueraient en ces lieux pour quérir son aide. Dans un nuage de fumée opalescent, un sourire vint étirer des lèves en une parodie de sourire.
- Jean-claude de la compta est en train de vomir aux toilettes.
- Ah ouais ? demanda Richard
- Ouais, répondit Philippe, il a dilué de l'encre, de l'eau et du sucre dans un but assez obscur, néanmoins on suppose qu'il a essayé de recréer du café de synthèse.
- Oh le con.
Richard et Philippe marchaient lascivement dans les couloirs, ils enjambèrent sans un regard un homme allongé sur sol, en train de griffer la moquette de ses mains raides et secouées de spasmes.
- Christian de la direction commerciale ?
- Ouais, il semblerait, je reconnais ses gémissements, c'est à peu près les mêmes qu'il sert aux clients lorsqu'il essaye de tergiverser sur les délais.
- C'est moche cette histoire de café quand même.
- A qui le dis tu, j'ai encore le corps tout engourdi, et il est midi. J'ai l'impression de venir de sortir du lit. Je crois que nous avons négligé les effets du café jusqu'à maintenant.
- hum, oui.
- Tu m'écoutais là ?
- Nan, pas du tout, il me semblait avoir reniflé une odeur de café puis plus rien. C'était fugitif et fugace, une sorte de dame blanche de l'odorat.
- Je ne crois pas que nous puissions finir la journée dans ces conditions.
Le stagiaire déboula à cet instant.
- Il parait qu'ils en ont au troisième !
Richard et Philippe écrasèrent sans ménagement le stagiaire et se lancèrent dans une course folle vers les escaliers.
Sur leur chemin, ils rattrapèrent quelques personnes en cravate qui finirent leur course au bas des escaliers, Philippe décocha quelques coups de coudes bien placés tandis que Richard écrasait contre les murs grâce à des coups d'épaules musclés dans un plus pur mix entre un match de la WWF et un 100 mètres.
Ils arrivèrent a bout de souffle à proximité de la machine a café devant laquelle se tenait déjà une foule massive de gens agglutinés les uns dans les autres, poussant des râles gutturaux.
Derrière, une voix un peu plus humaine semblait vouloir porter au dessus du flot.
- Mais enfin, merde, arrêtez.
Richard fit un mawashigueri à une personne devant lui puis l'écarta en le jetant par-dessus son épaule, une fois à sa place, il pu un peu voir ce qui se tramait autour de la machine : un gars tenait devant lui un sachet de thé et le secouait comme un bola pour se défendre de la foule pressante.
-Mais c'est du thé vous voyez bien, bordel.
Son discours n'avait que peu de chances de porter ses fruits tant les gens en face de lui semblait dépossédés de toute raison. Les yeux cerclés de rouge portés sur la tasse du gars au thé semblaient indiquer que la foule croyait fermement à la présence de café dans cette tasse.
De l'eau chaude, du sucre, une tasse…Il en fallait peu.
Très peu.
Richard se détourna de ce spectacle et entraîna Philippe par le bras, la bouche plissée et hochant la tête.
- Il n'y a plus rien à faire pour eux.
Ils rencontrèrent en chemin Nicolas, le stagiaire.
- J'ai vu deux hommes se battrent en duel dans un couloir plus loin leur raconta t-il. Ils avaient trouvé un vieil emballage de nescafé en poudre, il en restait deux trois grains et aucun des deux ne voulait partager. Ils ont réglés ça à l'ancienne, avec des agrafeuses, c’était pas beau à voir.
- L'agrafeuse, une arme de catégorie 3 pour celui qui sait s'en servir.
- Il faudra que quelqu'un se dévoue pour décoller du mur les oreilles de ce pauvre Christian quand même.
Ils marchaient un peu pathétiquement dans un couloir dévasté quand Richard se frappa la tête un peu violemment de sa main.
- Merde, la rombière !!
- Oh mais oui, merde !!
- Hein, qui ça ? demanda Nicolas.
- C'est une vieille qui travaille au 6ème depuis des temps immémoriaux, c'est le genre de personne que l'on n'aime pas rencontrer dans l'ascenseur et même après réflexion, que l'on n'aime pas du tout. Elle est toute petite et sent toujours le tabac froid, enfin, c'est ce qu'on m'en a dit, moi je l'ai jamais vu, c'est une sorte de mythe ici. Elle est connu pour ne pas sortir de son bureau et subsister grâce a des paquets de cigarette et à…
- Sa machine à café !!
- Exactement dit Richard en regardant droit devant lui, sa machine à café…
Dans son antre, elle souriait toujours, le moment s'approchait, elle était prête, elle avait toujours été prête. Elle pivota sur son siège dans un cumulus de fumée de cigarette et fit face à l'entrée, confiante.
-C'est là ?
-A la vue des nombreux messages peu encourageant apposés à cette porte, je dirais que ouais.
Du lapidaire " Dégagez " au guilleret " Je vous déteste tous ", rien de ce qui était inscrit sur cette porte ne laissait présager qu'on était le bienvenu dés lors que l'on en franchissait l'huis.
Les trois hommes se regardèrent anxieusement, un peu cons.
-Vous sentez cette odeur de caféine ? dit enfin Richard.
- Pas seulement répondit Christian en plissant le nez.
- Quel est la marche à suivre ? On frappe ?
Nicolas frappa timidement deux petits coups.
La porte s'ouvrit lentement sur une obscurité à découper à la machette.
Ils restèrent ainsi de longs instants sur le palier espérant que leurs yeux allaient s'habituer au noir, sans succès. Le nerf optique de Christian lui signifia qu'il n'était pas la peine d'insister, qu'il lâchait l'affaire et se tordit sur lui-même de gène.
-Entrez fit une voix cassée et sifflotante.
Oui oui, entrer, bonne idée ça.
-Mme Rombière ? fit Nicolas
Christian se passa une main sur le visage, il rentra prudemment dans la pièce, le sol était spongieux.
Au moment où la porte se refermait sur les trois compères, une petite veilleuse s'éveilla sur le bureau découvrant subitement un petit visage ridé qui dépassait à peine au dessus du bureau. Dans ce visage s'apparentant plus à un pruneau séché qu'à une figure probable se détachait très clairement deux petits yeux cruels aux pupilles dilatées qui se plissèrent tout en observant les invités. Elle avait le chignon antédiluvien, le poireau poilu taquin et son cou flasque oscillait au moindre mouvement de lèvres, pour tout vous avouer, elle foutait gravement la trouille, brouillant tous les repères visuels connus et laissant envisager ce à quoi ressembleront nos contemporains lorsque les progrès de le médecine nous permettront de vivre jusqu'à 250 ans. Son doigt provoqua un double Shpouik lorsqu'il fouilla son oreille démesurée, Christian eut un haut le cœur.
-Je sais ce qui vous amène dit elle au bout d'un moment. Elle eut un regard vers une cafetière moyenâgeuse qui trônait sur un meuble.
-Hum oui commença Richard, en effet nous…
D'une main décharnée dressée, la vieille intima le silence.
-Je vous attendais depuis longtemps déjà, les astres ainsi que pas mal de marc de café m'ont annoncés votre venue et l'objet de vos désirs. On pourrait croire que quelqu'un qui passe toutes ses journées dans la compta analytique n'est pas au fait de la sorcellerie ou de la divination et pourtant si, mais que voulez vous, les gens se conforme facilement à ce que leur yeux leur confient et encore plus à ce que leur oreilles ont surpris. Je suis victime d'une sale réputation vous savez.
-Oh, vous savez nous…
-Oui, je sais ce que vous allez me dire mais avant que vous ne vous épanchiez en considérations hypocrites et que vous ruiniez par là même toute l'entreprise visiblement périlleuse qu'a été de frapper à ma porte, j'aimerai vous présenter les conditions requises pour que vous puissiez puiser dans ma réserve de café. Car, oui, il y a des conditions.
Christian se gratta de manière un peu trop frénétique le nez.
-Non, mon cher ami, je ne vous demanderai aucune faveur sexuelle, ça fait bien longtemps que ma libido a arrêtée de mobiliser une partie de mes pensées, si vous saviez le gain de place que cela occasionne, vous vous émasculeriez dans la minute.
Christian se gratta derechef le nez, de manière encore plus insistante, avec cette fois ci une terreur non dissimulée dans le regard.
-Tout ce que je vous demande pour un paquet complet de café moulu haute qualité, fruit des plus grand crus, c’est…votre âme.
Nicolas étouffa un petit rire et regarda, hilare, ses deux collègues. Ces derniers n'avaient quant à eux, visiblement aucune envie de rire, comme au sortir d'une blague interminable dont tout le monde avait deviné la chute dés lors que le blagueur avait commencé par présenter les protagonistes par leur nationalité.
-Notre âme ? Articula péniblement Richard. Et ça consiste en quoi ?
-Ne faites pas l'idiot Richard, vous savez bien de quoi je parle. Je parle de cette chose en vous, à l'intérieur, qui se manifeste par chacun de vos actes, de vos pensées, de vos pulsions, de vos peurs, qui transcende la mort et survit à la pourriture de votre être. Ce qui vous permet de vous sentir excellemment bien à la caresse d'une brise légère ou gonflé de joie lorsque vous vous sentez aimés. Votre âme quoi.
-Pour du café donc ? demanda Richard.
-Exactement.
La vieille jaugea du regard les hommes en face d'elle, ses yeux se rétrécirent d'avantage jusqu'à être totalement invisibles et ses lèvres se pincèrent dans une impatience contenue.
-Et bien…euh...ce n'est certainement pas une décision à prendre à la légère.
-Effectivement dit elle tandis qu'elle portait à ses lèvres une tasse fumante qui ne se trouvait certainement pas sur le bureau quelques secondes avant.
Interminables secondes nécessaires à toute réflexion impliquant l'achat d'un truc trop cher pour ses moyens, la préparation d'un mensonge ou la sédition de son âme.
-Ok, ça marche pour moi dit Christian, presque au bord des larmes.
-C'est bon pour moi lâcha aussi Richard, à contre cœur.
-Je boirai du Thé murmura Nicolas.
Quelques minutes plus tard, au fin fond d'une cave du -2, les trois hommes attendaient fébrilement autour d'une machine à café posée sur des vieux cartons qu'elle finisse de distiller le liquide tant désiré.
-Ca sent quand même rudement bon dit Nicolas.
Les deux autres ne répondirent pas, tout occupés qu'ils étaient à observer les gouttes tomber dans le bocal. Quelques instants plus tard, ils purent serrer entre leur main une tasse de café, ils se laissèrent quelques instants pour savourer le contact chaud et doux de la céramique puis décidèrent qu'il en était assez des niaiseries sentimentales et burent chacun franchement une gorgée du liquide.
-Alors ? C'est bon hein ? fit un Nicolas tout guilleret de voir ses compagnons enfin au bout de leur manque.
Richard leva un visage défait de sa tasse.
-Aucun goût balbutia t'il, ce café n'a aucun goût.
Lundi 7 février 2005 à 11 h 45
Il avait peur de son frigo.
Enfin, pas vraiment de l'appareil en lui même mais de son contenu.
En homme d'intérieur plutôt, comment dire, tolérant il laissait à son appartement une liberté fabuleuse.
Tous les 3 mois, Michel (j'espère qu'à ce point tout le monde aura saisi que c'est le nom du protagoniste), Michel, donc, remettait un peu d'ordre dans le lieu histoire de bien rappeler à tout le monde que c'etait quand même lui le chef. L'opération nécessitait 3 jours complet, des litres de détergent et de café, quelques paquets de cigarettes et provoquait une foultitude de courbatures pour la semaine suivante.
Incroyable d'ailleurs le nombre de muscles qui travaillent dans une opération de ménage forcené.
Michel s'en contentait parfaitement, les rares femmes qu'il pouvait apporter dans son antre un peu moins.
La délicatesse féminine fait que ses représentantes s'offusquent d'un rien : du cafard domestique (très bien dressés, en groupe, ils peuvent extraire une bière du frigo ou se coucher à vos pieds la nuit pour vous tenir chaud aux petons) à la peau de banane décorative souvent posée là ou on l'a lancée (acte très inspiré de l'art moderne mais auquel peu sont réceptifs) ; Michel était un incompris en somme et devait affronter chaque jour les accusations à peine voilée de ses amis, les reproches cinglants de sa mère et les avertissements de ces taquins de la commission d'hygiène.
Malgré cela, il se plaisait chez lui et cela faisait bien longtemps que les remarques coulaient sur lui comme…un truc qui aurait coulé sur lui.
Il y avait juste un truc qui le gênait.
Oh, pas grand chose, mais un truc suffisamment bizarre pour que cela le tienne parfois éveillé des heures.
De son frigo, la nuit, émanait toute une pléiade de bruits à la limite de l'étrange. Bon, tout le monde sait que les frigos font des bruits à la limite de l'étrange, ils semblent de temps en temps sortir d'une torpeur somnolente comme si un des aliments à l'intérieur lui mettait un coup en gueulant " Putain, on crève de chaud ici", tout le monde connaît ce bruit, et tout ceux qui diraient le contraire confondraient avec un micro ondes. Ce bruit on s'y fait, on l'accepte et on n’écrit pas des nouvelles pour traiter de ce bruit.
Enfin pas moi en tout cas.
Les bruits que faisaient le frigo de Michel avaient tous les attributs pour glacer le sang, H.P Lovecraft aurait sûrement collé son oreille contre la porte et prit des notes avant de s'enfuir en hurlant dans les rues de la ville et d'écrire un truc qui aurait commencé par " Personne ne veux me croire, je ne suis pas fou, excusez moi une tentacule frappe à ma porte ". Les bruits, donc, remontaient chromatiquement du gentiment énervant au carrément angoissant : ça bougeait à l'intérieur de ce frigo, et ça ne faisait pas que ça, ça semblait se jeter contre les parois, déchirer des truc, faire couler des machins, bien que rien de vivant ne soit enfermé à l'intérieur.
Je tiens à le préciser même si il est très rare qu'on ait l'idée d'y mettre des trucs vivants.
Encore plus étrange, lorsque Michel se levait et se rendait à son frigo, plus aucun bruit n'en sortait.
Juste le petit ronron tranquille de la grande boite blanche qui semblait dire " Mais enfin, va te coucher, tout va bien ".
Michel se sentait malgré tout un peu coupable.
Le frigo n'était en fait qu'un lieu de transit pour des aliments qu'il comptait manger dans l'heure, les vrais résidents, eux, étaient là depuis quelques mois.
Ceux la, il commençait à en être sur, développait une forme de vie et même d'intelligence.
La décomposition alliée à un environnement de vie particulier, un sentiment de vengeance communautaire, une incarnation de l'ire électroménagère, il n'en savait foutrement rien, mais certains des trucs qui occupaient son frigo commençaient à avoir sérieusement les nerfs.
Il fallait se décider à faire quelque chose.
Sûrement les jeter à la poubelle, endroit où ils trouveraient enfin le repos du comestible. Pour l'instant ils étaient comme des âmes tourmentées criant leur haine d'un monde où ils n'avaient plus leur place depuis que leur ingestion provoquait des troubles digestifs.
La poubelle.
Oui.
Au plus vite.
Hum..euh..demain.
Pour ce soir, il se sentait un peu fatigué.
Et mou.
Cette nuit là, le frigo était silencieux, c'est peut être ce qui lui permit de s'endormir assez rapidement.
Il se réveilla vers 3 heures du matin avec une petite fringale, une de ces faims nocturnes qui sont inexplicables mais tenaces. Une Salade piémontaise qu'il avait achetée la veille se rappela à son bon souvenir et vint le hanter.
N'y tenant plus, il se leva et se dirigea vers son frigo.
Il l'ouvrit.
Hum.
Sur le deuxième plateau, il y avait ce que l'on pouvait appeler un cadavre de Piémontaise.
La boite Fleury Michon (le correcteur orthographique me propose " nichon " mais je ne céderais pas) était éventrée de part en part comme si elle avait subit plusieurs tirs d'Uzi à bout portant, son contenu était éparpillé un peu partout comme des viscères, une patate tenait pathétiquement en équilibre sur l'une des tiges de la grille et luttait pour ne pas faire une chute vertigineuse, aidée par une sauce compatissante et semi solide, l'opercule en plastique, luisant et graisseux, était quand à lui plaqué contre le fond du frigo, triste décoration pour celui qui aurait eu l'idée d'égayer son fond de frigo (activité dont la perversité humaine s'est bien gardé de développer, mille mercis).
Michel fit vite son deuil de sa Piémontaise, des choses plus préoccupantes retenaient son attention.
Il était impossible que la salade ait décidé d'elle même d'imploser, à moins qu'elle ne soit dotée d'un dispositif d'auto destruction ce dont il doutait, elle était faite pour être goulûment mangée, à même la boite si possible et s'en tenait la plupart du temps à un rôle essentiellement passif, limite décoratif pour celui qui aime se targuer d'avoir de la piémontaise chez lui.
Quelque chose lui glaça le sang dés lors qu'il explora un peu plus l'appareil : les présumés coupables d'un tel acte de barbarie n'était plus là.
Pour lui, il ne faisait aucune doute que les autres locataires s'étaient vengés sur le nouvel arrivant, sûrement jaloux du fait que lui ne faisait que passer.
Il était probablement le seul sur cette terre a abriter des aliments xénophobes et agressifs.
Que ceux ci soient en mesure d'assassiner sauvagement une Piémontaise qui n'avait rien fait était déjà assez douloureux, mais constater que ceux ci étaient désormais en liberté dans l'appart était quelque part entre le consternant et l'horrible.
Il referma doucement la porte du frigo et jeta un regard autour de lui, la cuisine paraissait silencieuse.
Il en sortit délicatement et claqua le truc en bois avec une poignée (il est triste de constater que le mot porte ne compte pas de synonyme).
Il était maintenant dans son salon, d'une organisation plutôt quelconque pour un salon : canapé, armoire, table basse, télévision. Il voulu allumer la lumière mais l'interrupteur n'émit qu'un " clic " désolé sans provoquer la moindre illumination.
Bien, les aliments s'y connaissaient en électricité.
Il est étrange de constater à quel point tout peut paraître plus menaçant la nuit, même une tomate. Surtout quand on ne sait pas comment elle a pu atterrir sur une étagère. Le fait était là, une tomate se tenait juste à coté de sa vieille collection de Oui Oui, semblant le regarder avec un air menaçant.
Il se souvenait de cette tomate, c'était la seule survivante d'une salade qu'il avait eu l'idée de faire il y a de cela..hum...6 mois.
Il l'avait gardé avec l'espoir fou qu'il en aurait l'utilité un jour mais elle n'avait été à partir de ce moment qu'un truc rouge qu'on pousse pour aller prendre quelque chose caché derrière, puis qu'on ne pousse plus parce que c'est tout mou et un peu violacé et que le moindre contact provoque des maladies oubliées depuis le moyen age.
La tomate semblait le considérer avec une perversité toute légumière ou fruitière, c'est selon.
Elle sauta sur elle même et pivota de 30° sur la gauche dans un sphouik qui aurait pu être mignon si il n'avait pas été produit par une tomate en mouvement. Michel regarda dans la direction que semblait indiquer la solanée et vit à peine ce qui se jetait sur son visage à une vitesse impressionnante, une fois la chose collée sur son visage, il reconnut tout de suite qu'il avait à faire au camembert. Le fromage tournoyait sur sa figure comme une mèche de forage, semblant vouloir rentrer dans son crâne.
Michel décida qu'il s'interrogerait plus tard sur ce qui pouvait bien se faire mouvoir le camembert et tenta de l'extraire de son visage, surtout de son nez qui commençait à être envahi par un truc liquide à l'odeur incroyablement forte. Il tituba un peu partout dans le salon, les mains plaquées sur le bord en bois de la boite et parvint enfin à la détacher de sa tête, il la jeta à terre et sauta frénétiquement à pieds joints dessus dans un effort bien compréhensible pour lui éviter de réitérer sa tentative d'étouffement.
Il s'essuya bien vite le visage avec son bras et regarda la tomate, toujours sur l'étagère, cette dernière trépignait un peu, autant qu'une tomate peut avoir l'air de trépigner, Michel la soupçonnait d'être le chef de la bande, l'instigatrice de l'insurrection, elle supervisait l'attaque du haut de son étagère comme un général. Michel attrapa le balai qui traînait derrière le canapé et serra fort ses mains autour. Il avait l'intention d'écraser la tomate et de lui passer l'envie de s'attaquer à lui.
A l'extrémité droite de son champ de vision, il cru discerner quelque chose qui fonçait en sa direction, par réflexe, il se baissa et évita de peu un œuf qui s'écrasa contre le canapé, son fidèle canapé, l'œuf éclata et répandit un contenu verdâtre sur la housse qui se mit à fumer un peu puis à se dissoudre franchement.
La dernière fois qu'il avait vu ça, c'était dans le film alien, Il n'était donc pas forcement la peine de parcourir des milliers de kilomètres en compagnie de Sigourney Weaver pour rencontrer un liquide organique hautement acide.
Dans votre salon, personne ne vous entendra crier.
Michel se souvint qu'il avait 3 œufs dans son frigo et cela lui permit de mieux se préparer a l'assaut suivant. De derrière sa télé, le crâne d'un œuf, tel l'ogive d'une fusée télé-air-Michel se profila. L'œuf dans son entier suivit, sembla se préparer à effectuer un saut que n'importe quel fermier vous aurait assuré comme étant impossible et fit un bond fabuleux à travers le salon.
En direction de Michel, bien évidemment.
Ce dernier se décala un petit peu et frappa un grand coup dans l'œuf, par chance étant donné le peu de lumière et son adresse habituelle proche du pitoyable, il le toucha et le fit exploser.
Il se protégea la tête qui fut épargnée de la pluie de coquille, de jaune-vert et de blanc-vert qui s'en suivit.
Il se jeta tout de suite après contre sa télé et écrasa d'un coup de brosse de balai l'œuf qui se cachait derrière, prêt à entamer la salve suivante, tel un kamikaze.
Un sourire légèrement suffisant aux lèvres il jeta un regard de défi à la tomate.
Celle-ci lui rendit un son spongieux comme pour dire " oui, ok, tu viens d'écraser un camembert et trois œufs, fait pas trop ton malin. "
Michel se munit d'un coussin de canapé et le leva devant lui comme un bouclier, le balai dans l'autre main.
Il essayait de se souvenir ce que son frigo avait compté d'immondices ménagères.
Œuf, camembert, tomate et...hum..quoi déjà ?
La tomate, elle, attendait toujours.
Il manquait quelque chose.
Un nuage de petits machins volant se matérialisa devant lui, tel une nuée d'insectes semblant posséder une intelligence propre.
Arg se dit il tristement, le riz au curry.
Les grains de riz flottaient en vol stationnaire à hauteur de son visage, à 1m50 de lui.
Il donna un coup au nuage qui se désolidarisa pour se reconstituer après le passage du balai vengeur.
Ah.
Bon.
Tandis que d'autres interjections lui venaient en tête, le nuage passa à l'offensive. Des centaines de grains de riz attaquaient son visage avec insistance, il avait lâché le balai et essayait de se défendre en essayant de les chasser avec les mains mais cela n'avait pas beaucoup d'effet. Tout le monde a déjà essayé de se faire un moustique qui avait trouvé intéressante l'idée de voler autour de son visage. Certains, sûrement après un entraînement adéquat sont capables de l'écraser dans la minute qui suit mais la plupart des gens, un peu moins doués, en feront une affaire personnelle et essaieront de tuer le dit moustique quit à y passer des heures ou marcher sauvagement sur la table dressée devant l'air un peu étonné des convives. Imaginez maintenant que le dit moustique honnis soit accompagnés de plusieurs centaines de potes et vous vous approcherez un peu de la galère de Michel.
Celui ci déambulait un peu erratiquement dans la pièce tel un homme ivre, le visage de plus en plus brûlant et douloureux.
Ses déambulations le menèrent dans la salle de bain, il se rendit tant bien que mal dans la douche et ouvrit l'eau après que sa main eu vainement tâté le mur pendant plusieurs secondes. Au contact de l'eau les grains de riz tombèrent au fond du bac, alourdis et mous. Certains gesticulaient tel des truites au fond d'un bateau de pêche.
Michel fit couler l'eau jusqu'à ce que tous les grains fussent entraînés dans les canalisations.
Trempé, fatigué, douloureux et passablement énervé, Michel sortit de sa salle de bain, saisit le balai, jeta un regard haineux à la tomate et, utilisant son arme comme un râteau fit tomber la tomate sur sa table basse.
Il aurait voulu sortir une phrase genre " hasta la vista Tomatoe " ou un machin qui en jette mais il se contenta d'écraser la tomate sous le tome 4 de l'encyclopédie des " trucs qui peuvent servir quand on joue au trivial pursuit ", usage dont le requin de commercial qui lui avait vendu la collection s'était bien gardé de lui vanter.
Il resta assis sur le bouquin le temps de fumer une cigarette en chantonnant " Ils ont la santé les fruits et les légumes frais " puis se leva d'un air décidé.
Il rangerait tout ce bordel demain matin.
Vendredi 4 février 2005 à 11 h 59
7h00 : Michel se lève, de mauvaise humeur, comme tous les matins. Il se peut que le soleil brille ou qu’il découvre que Laure Delatre ne fait plus de télé, c’est comme çà, il est de mauvaise humeur. Par habitude, l’usagé (l’usager tend à devenir usagé en effet après quelques trajets) est ronchon, passablement pessimiste avec une nette tendance à un fatalisme teinté de résignation, il en vient même à aimer les brocolis. Se venger sur son animal de compagnie ou sur le pain de mie n’y changeront rien, chaque réveil est une torture.
7h45 : L’usagé finit de se préparer en tout hâte pour ne pas être en retard. Il sait que son train sera en retard mais il se méfie, il n’est en effet pas rare que le RER arrive à l’heure quand on est soi même à la bourre. Effet pernicieux que chaque usagé a constaté au moins une fois, et rater son train, c’est avoir l’assurance qu’on va au devant de gros soucis.
Mais avant d’aller plus loin, quelques explications sont nécessaires :
Ceci est à l’attention de ceux qui n’habitent pas la capitale et n’ont pas le malheur d’utiliser le RER C, même si je suis sur que ce train n’a pas manqué de susciter quelques clones tristes à travers la France.
Le RER C est la preuve qu’une technologie dépassée, qui a fait ses preuves, qui n’a plus rien à prouver, qui mériterait un repos bien mérité peut subsister, toute moribonde qu’elle est. Fleuron de la technologie Française il y a quelques siècles, le RER C est un train, certes, duquel on s’attendrait volontiers à voir sortir de la fumée. Lent, bruyant, frileux, il semble attirer les problèmes techniques avec une régularité impressionnante. Des retards sont donc à dénombrer. De longues heures d’attente sur un quai lugubre dans l’ignorance la plus totale quant à son avenir proche. De fait, l’usagé devient, au fur et à mesure des semaines, taciturne et dépressif, l’œil vide de toute émotion et la main fébrile.
Signe qui ne trompe pas : je n’ai jamais vu un seul SDF faire la manche dans ce train, ces gens ne sont pas fous : un train aux horaires aléatoires remplis de gens peu à même de s’apitoyer sur le destin d’autrui, c’est pas vraiment une bonne affaire.
Attention, certains privilégiés qui ne le prennent que pour deux-trois stations en plein Paris vous diront certainement le contraire, ne les écoutez pas, ils ne savent pas, les pauvres, ils ne sont pas à l’attention de savoir que ça existe.
7h55 : L’usagé à fait sa part du job, il est à l’heure. Normalement, son train devrait arriver dans les 5 minutes.
8h20 : doune toune touuune… dwoing : « suite à un problème technique le train initialement prévu à 8h00 aura un retard indéterminé ». Il faut dire que les usagés commençaient un petit peu à s’en douter. Certains, et ils sont peu, ronchonnent, les autres se gardent bien de tout commentaire, de peur que le dieu des transports en communs ne les entendent et en prenne ombrage. Quelques uns téléphonent pour prévenir qu’ils auront du retard, d’une voix lasse et suivant une rengaine aussi millimétrée que celle d’une telemarketeur.
9h00 : Il fait froid, très froid.
9h01 : Ah, et il pleut aussi.
9h10 : doune toune touuune… dwoing : « les trains de 8h15, 8h30 et 8h45 sont annulés jusqu’à nouvel ordre. » Les usagés tendent l’oreille en quête d’une suite. Qui ne viendra pas, d’ailleurs.
9h30 : La tension commence à devenir palpable : les fumeurs tirent un peu plus forts sur leurs cigarettes, les grosses dames parlent plus fort, les regards se font acérés comme si chacun était responsable de la situation, les piles commencent à manquer dans les walkmans et il fait trop froid pour tenir un livre. Certains commencent à baver.
10h00 : doune toune touuune… dwoing : « un train va bientôt arriver » bruit de micro « normalement »
10h36 : Un homme avec une cravate s’écrit tout d’un coup que c’est un scandale et qu’il va se plaindre. Ce à quoi une grosse dame réponds qu’il a bien raison, ils entament sur le champ un pamphlet à l’encontre des fonctionnaires, des trains et de la pluie.
11h02 : Dans un bruissement de ferrailles comme un lâcher de clous rouillés sur de la tôle, un truc gris se profile poussivement à l’horizon, si on suit des yeux les rails sur lesquels il semble être posé, il se dirige vers la gare. On se jette dans les bras des uns et des autres, poussant des cris de joies comme si le pays venait de gagner la coupe du monde, le train s’arrête dans un tonnerre de sifflements et de lâchers de gaz, les vitres sont embuées et, à peine à quai, les portes s’ouvre en protestant énergiquement, à l’intérieur, des gens, comme il y en a plein, qui jettent à ceux qui sont sur le quai des regards vaguement interrogateurs. De l’intérieur, la voix du chauffeur crache dans les hauts parleurs «Terminus, tout le monde descend, ce train ne prends plus de voyageurs. »
11h30 : Les voyageurs nouvellement débarqués raconte aux autres ce qui se passe plus loin sur la ligne, au front « ici, vous êtes à l’abri, enfin au calme, là bas, c’est la folie, les gens se montent dessus pour attraper un train, ils ont chaud, ils crient, ils se disputent, c’est horrible j’vous dit » . De ci de là, des gens ont allumés des feux, créant des petits groupes qui essayent de se réchauffer en faisant le bilan des choix qu’ils ont à leur disposition. L’humeur est plutôt maussade, assis en tailleur, un homme raconte qu’il a vu une femme séparée de son enfant tandis que le train démarrait « ouais, un type a essayé de lui lancer par la fenêtre pendant que le train prenait de la vitesse mais..hum..bon, ça n’a pas vraiment réussi ».
12h13 : Les usagés ont faim, d’autant plus qu’ils sont énervés. Un d’entre eux se lève soudainement et crie quelque chose en montrant du doigt la gare à l’intérieur de laquelle se trouve le guichet. Visiblement, l’intervention de l’homme est remarquée puisque une grande partie du quai le suit lorsqu’il se rue dans la gare.
12h15 : Le guichet est pris d’assaut par une centaine d’usagés qui beuglent et crient à tout rompre, ils fracassent les distributeurs, cassent les sièges et urinent sur le sol sans que le guichetier ne puisse rien y faire.
12h17 : Les usagés s’attaquent à la vitre blindée qui sépare l’employé de la SNCF du monde extérieur.
12h20 : Le guichetier est amené sur le quai, ligoté. Une battue est organisée et rapporte deux balayeurs, un machiniste ainsi qu’un emploi jeune.
12h25 : Un bûcher nourrit de Carte Orange et d’horaires de train flambe majestueusement, on y place les victimes afin de les y faire cuire.
12h46 : Certains se révoltent un peu à l’idée de devoir manger de la viande humaine mais s’y résignent bien vite : c’est ça ou manger des Snickers.
13h32 : De nouveaux usagés ne cessent d’arriver, grossissant les troupes. Tous les hauts parleurs de la gare ont été démontés depuis que la voix leur a annoncé qu « un train n’allait peut être pas tarder à arriver, ce n’est qu’une question d’heures »
14h15 : Un débat sauvage divise les troupes : certains disent qu’en suivant les voies, on doit bien arriver quelque part, Mr cravate est très attaché à cette idée là, d’autant plus qu’il a une réunion à 16h00 de la plus haute importance. Certains arguent que le RER C emprunte des chemins qui sont plus longs que la simple distance entre deux gares, qu’ont ne peux pas mettre autant de temps pour faire 2 km sans forcement passer par des failles spatio-temporelles. Il est finalement décidé qu’un groupe partira en reconnaissance tandis qu’un autre restera à la gare. Il est très dur pour les usagés de se séparer mais il le faut bien. Les éclaireurs jurent qu’ils vont trouver du secours, qu’ils vont revenir avec des RER à ne plus savoir quoi en faire. Les adieux sont bien tristes, sous les sourires, il y a cette certitude qu’on ne les reverra jamais.
16h38 : Pas de nouvelles depuis 2 heures, l’espoir s’amenuise en même temps que les ressources, on commence à envisager des sacrifices. Déjà, ce lycéen qui à tenté une blague en clamant qu’il aller se jeter sous un RER pour en finir à été lapidé par la foule. On redevient morose, pas très communicatif.
17h00 : La nuit se lève tôt et vite sur la gare, des bruits étranges viennent des rails, des fois il arrive d’être frôlé par quelque bestiole rampante. Un loup hurle au loin. Autour des feux de camp, les gens ont peur.
18h07 : Il est temps de rentrer maintenant, rentrer chez soi, non ? N’est ce pas la procédure ? Des questions commencent à se poser, et si, et si. Oui, et si un RER arrivait, là, nous serions déjà sur place demain et n’aurions pas à revivre ce cauchemar ? En effet, renchérissent quelques vieux usagés, il arrive que quelques trains passent la nuit pour transporter les usagés errants et fatigués, les trains de la bénédiction, le train du salut qui vous emmène en des contrées dans lesquels on aimerait bien se rendre. Et puis, ce serait bête de rentrer, la queue entre les jambes, si proches du but, tout ce combat pour rien ? non !
7h00 : La nuit a été rude, inconfortable et surtout, n’a vu apparaître aucun RER. Partout des gens se réveillent sans avoir trop conscience de l’endroit ou ils sont. Ca gémit d’un peu partout, ça se frotte les yeux, ça s’étire. Mais malgré cela, les gens ont confiance, reprennent le sourire. Un soleil éblouissant les conforte dans cette attitude optimiste.
7h15 : Certains se rendent compte que les hauts parleur ont été remplacés pendant la nuit.
7h30 : Il se met à pleuvoir.
Jeudi 3 février 2005 à 11 h 38
Le capitaine Mac O'Brian etait confortablement installé dans son fauteuil en pleine salle de commandement du vaisseau " le Youplaboum IV ", devant lui, en demi cercle et lui tournant le dos, une douzaine d'officiers naviguants tripotaient tout un tas de boutons, baissaient des leviers et surveillaient des graphiques aux courbes harmonieuses. Des diodes clignotaient d'un ostentatoire contentement dans un ballet qui aurait provoqué l'admiration de l'équipe de danse synchronisée de lucioles Moldaves au JO inter-insectoïdales de 2156.
En face de lui, un écran, de la taille approximative de celui d'un cinéma, reproduisait ce qui faisait face au vaisseau : une immensité d'un noir de jais mouchetée d'une myriade d'étoiles.
C'est beau mais relativement chiant.
Tout le monde avait l'air serein et semblait avoir de quoi s'occuper mais le commandant avait un souci en tête : il s'emmerdait profondément.
- Jean-Phi, on arrive quand à Galack-les-platanes ?
- Euh, d'après mes dernières estimations, dans 2 jours et 40 minutes capitaine, si il n'y a pas trop de circulation.
Le capitaine ne pu s'empêcher de pousser un long soupir.
Vivement Galack-les-platanes, planète de débauche et de luxure, célèbre pour ses putes à trois seins et ses open bars nudistes, objectif final du " Youplaboum IV " .
Les missions pour Galack étaient, de fait, toujours acceptées dans la bonne humeur et l'anticipation générale, provoquant même de menus échauffourées entre capitaines rivaux, rixes qui se réglaient malgré tout à la danse, l'un disait " fils, t'as aucune chance ", et l'autre lui répondait qu'il voyait pas trop où il voulait en venir alors il se bituraient pour oublier.
Quelques temps plus tard, alors qu'O'Brian commençait à sérieusement songer à s'entailler les veines pour en finir, l'officier en charge du radar lança :
-Capitaine, vaisseau d'origine extra-terrestre droit devant !
Ce que l'officier des communications relaya par :
-Capitaine, communication en provenance du vaisseau détectée !
-Communication acceptée.
Sur l'écran, apparu le visage d'un extra terrestre, aussi troublant que cela puisse vous paraître, Ô lecteur prompt à douter.
Prenons comme postulat que l'homme ait découvert qu'il n'était pas seul dans l'univers et qu'il ne s'est pas mit dans les 10 premières minutes sur la gueule avec les peuples rencontrés (ce que, je ne sais pas moi, des armes de destruction massives extra-terrestre auraient éventuellement évitées par exemple) et que tout ce beau monde arrive à vivre ensemble dans une relative et fragile intelligence.
Si vous doutez encore, dites vous tout simplement que cette histoire se passe dans un futur super éloigné et qu'il faudrait pas trop faire les marioles vu que vous serez sûrement morts à ce moment là (désolé de vous cassez le moral comme ça) (mais bon, vous l'avez cherché.)
Donc, bon, un extra-terrestre, sur un écran comme ça, ça ne surprend pas plus que ça l'équipage du " Youplaboum IV "
Celui là, pour résumer, avait une tête ressemblant à s'y méprendre à celle d'une tortue des Galápagos : un visage écailleux, des yeux tombant et une bouche dont la lèvre supérieure tombait indubitablement en son centre. Pas de nez à signaler, par la même occasion.
Ce peuple, les humains lui avait donné un nom, fruit d'une interaction active et d'une amitié interraciale profonde et durable : les tortues.
La tortue, donc, se mit à parler d'une voix traînante parsemée de petites bulles sonore, comme si la créature recrachait un peu de purée alors qu'elle discourait. (Si jamais elle était en train d'en manger pendant qu'elle parlait) (Ce qui n'aurait pas été très poli, vous en convenez)
-Bonjour, vous venez de pénétrer dans un espace privé, je ne voudrais pas être désobligeant mais il va falloir penser à trouver un autre chemin
Du moment où le visage était apparu sur l'écran, le capitaine n'avait pas desserré les mains des accoudoirs de son fauteuil. Il connaissait très bien son interlocuteur, c'était Shmup-el Esotim, une personne avec qui il avait eu quelques altercations auparavant et, hum, disons qu’ils ne s’étaient pas quittés en très bon terme.
Enfin, il ne l'avait pas fuit en très bon terme.
Il était sur que le Shmup-el Esotim bloquait son vaisseau exprès pour rien qu'à faire qu'à l'embêter.
-Mais enfin, dit enfin le capitaine, cette voie là, est elle libre. Elle n'appartient à personne.
-Non, plus maintenant, nous l'avons annexée.
-Ah ouais ?
-Ouais, exact, si vous voulez passer, va falloir nous passer dessus.
-Mais enfin, t'es chiant merde, si on veux aller à Galack, on est obligé de passer par Bêta du Jonc et ça nous rallonge d'une semaine.
-Ah ouais ?
-Bah oui, tu le sais très bien.
-Bon, quoi qu'il en soit, allez vous en, houste !
Ce sur quoi l'écran redevint de l'espace et des étoiles.
-Euh, vous le connaissez capitaine ? demanda le préposé au déca avec deux sucres.
-Si je le connais ? ah ça oui, c'est un personnage immonde qui n'hésite pas à lancer une dame de cœur 3 tours après avoir annoncé qu'il était en coupe d'annonce dans la première manche de mêlée.
- Il ne tue pas des enfants ou des trucs comme ça ?
-Nan, mais j'suis sur que si il en avait l'occasion, il y penserait.
-Et on pourrait pas, je sais pas moi, faire demi tour gentiment et trouver un autre chemin pour aller au plus vite sur Galack-du-platane afin de s'y faire couler un bon bain à l'extrait de mangue tandis qu'une masseuse hydrocéphale nous chanterait du Jeanne Mas ?
-Nan.
-Nan ?
-Nan.
Le capitaine se leva d'un bond et, tout en serrant le poing à hauteur de son visage dit :
-Bien, il va falloir faire comprendre à c't'espèce d'ovipare à la con de quel bois on se chauffe !
-Euh capitaine, dit le préposé au placard à oreillettes, vous n'en faites pas une histoire personnelle là ?
-Mais non, pas du tout…Préparez les torpilles !
-Lesquels ?
-Les torpilles à protons filoguidées
-Euh, filoguidées c'est avec un fil accroché dessus.
-Radiocommandées alors ?
-Presque.
-Par guidage..euh..laser ?
-Ouais, on a ça. Soute 4, engagez !
Tandis que tout le monde commençait à s'affairer autour de lui, le capitaine se rassit dans son fauteuil, le regard froid et l'air digne, un peu comme Albator sur le pont de son navire, la classe et la cicatrice en moins.
-Torpilles engagées !
-Cible verrouillée !
-Attente confirmation !
C'est avec un grand plaisir que le capitaine hurla : " Feu ! "
Les torpilles atteignirent leur but, fort heureusement d'ailleurs au prix qu'elles coûtaient, mais furent absorbées par un écran protecteur bleuté et translucide qui vibra légèrement lorsque les projectiles essayèrent de le transpercer.
-Ah tiens, ils ont des boucliers magnétiques, j'savais pas que ces appareils en été dotés.
-Et si, lui spécifia l'intendant, pour un Neuro de plus, c'est livré en série en ce moment, avec la climatisation et les lasers anti-brouillard.
-Ah tiens ? C’est intéressant.
-Oui.
-Bien, dans ce cas…
(Le réalisateur audacieux se permettra un zoom sur le regard de l'acteur qui, quant à lui, s'efforcera de prendre un air déterminé et sans pitié) (Oubliez donc l'idée de prendre Gérard Klein dans le rôle du capitaine)
-…préparez vous à tirer Les Missiles Sub-Atomique !
L'équipage se mit en branle.
-Missiles engagés de 16 ans !
-Ciblé vérrouil..
-Attendez ! les interrompit le capitaine, officier Malone, vous croyez que je vous ai pas entendu ? Vous sortez, allez, hop.
L'incriminé s'exécuta.
-Reprenez.
-Missiles engagés, donc !
-Cible verrouillées !
-Attente confirmation !
Le capitaine ne pu s'empêcher de pointer du doigt le vaisseau ennemi et de crier: " Feu ! "
-Hum, euh, capitaine ?
-Oui, quoi ?
-Leur bouclier atomique à profusion laser concentrique à tout absorbé !
-" leur bouclier atomique à profusion laser concentrique ", ça existe ça ?
-Visiblement, ouais.
-Merde, il nous reste quoi ?
-Des missiles lacrymogènes.
-Quoi ? Dans l'espace ?
-Oui.
-Laissez tomber, on passe au plan B. Nous allons forcer le passage, foncez leur donc dessus ! On va la jouer à la dégonfle.
Il appuya sur une touche du tableau de communication interne.
-Allo, la salle des machines ?
-Nan, là, c'est le salon de thé, vous tombez mal, on fait un bridge là.
-Scotie, arrêtez donc de faire l'andouille et poussez moi ces bon dieu de moteurs à fond.
De très loin, en bas, parvint un son qui monta en crescendo comme un ascenseur qu'on entendrait arriver à son étage.
Il re-appuya sur la même touche.
-Scotie, j'suis sur que vous allez me dire que si on pousse plus les moteurs, ils vont exploser ?
-Nan nan, là, ça va c'est bonnard.
Il faut dire aussi que ce vaisseau était vraiment tout moisi : les moteurs s'emballaient à la moindre manœuvre, même pour faire un créneau, ils chauffaient et explosaient invariablement, bloquant le vaisseau des jours durant le tant que Scotie retrouve sa clé de 12 ; rien que le fait d'utiliser le micro ondes de la salle de repos du 4ème faisait éjecter les lits de la passerelle ouest de leur occupant tout en jouant une adaptation tsigane de la lettre à élise. Le " Youplaboum IV " était peut être le seul vaisseau de l'univers à avoir une documentation d'usage plus épaisse que la documentation d'utilisation.
-Bon, bah, faites alors.
-Bobba fet ?
-Scotie, vous me ferez penser à vous donner un blâme, plus tard.
Le vaisseau Extra-terrestre semblait se rapprocher, ce qui n'était en fait qu'une illusion d'optique puisque c'était le " Youplaboum IV " qui s'approchait.
Hein que c'était une illusion hein.
-Euh, capitaine, ils avancent vers nous. La tortue se meut.
-Ah, vous êtes sur ?
-Plutôt.
-Hum.
-Qu'est ce qu'on fait ?
-On garde le cap.
-Vous êtes sur ?
-Plutôt.
La ceinture de la tension se serra d'un cran autour de la taille de la peur.
Plus aucun bruit dans la salle de commandement.
Tous avaient le regard fixé sur l'écran et sur ce vaisseau qui s'approchait d'eux.
Au loin, un micro-ondes signalait désespérément que le donuts à l'intérieur de lui était plus que chaud.
Bip bip bip
Bip
" Il va flancher ce salaud, j'en mettrais ma rate à couper "
De là, on pouvait commencer à lire les inscriptions sur les flancs du navire extra-terrestre.
Bip bip s’évertuait le micro-ondes.
Bip bip
Un des officiers jeta un regard paniqué au capitaine, le front luisant d'une sueur d'angoisse pure diluée à sa terreur.
Le capitaine détourna le regard et fixa le vaisseau.
Bip bip.
Dans l'espace, on n’entend aucun bruit, sinon, je vous aurais fait une chouette explosion.
Mercredi 2 février 2005 à 11 h 42
-Sylvie, pouvez vous m'apporter le dossier avec les prospects du mois de Novembre ?
Il adorait ça.
Il ne cessait de s'émerveiller de ce miracle sans cesse renouvelé, le fait de pouvoir donner des ordres comme ça, juste en appuyant sur un bouton, ça le mettait en joie, et même des fois ça provoquait en lui de petites érections.
Nous avons affaire à un homme de pouvoir, à ne pas en douter.
Il avait imposé l'implantation de ce petit interphone il y avait de cela 2 semaines et ne s'en lassait pas. Quand il lui arrivait de penser à la manière archaïque qu'il avait avant de communiquer avec sa secrétaire, un téléphone, oh oh, et pourquoi pas du morse en lançant ses chaussures contre le mur (ce qui pose problème pour toutes les conversations de plus de deux lettres)(et pour faire les sons longs aussi)(à tout bien y réfléchir sa métaphore lui paraissait bien foireuse)
Sylvie rentra doucement dans le bureau, un dossier à la main, c'était une femme assez quelconque qui s'habillait avec un goût désespérément conventionnel ; sans qu'aucune fantaisie ne vienne égayer la triste sarabande de robe plissées et de bas en laine, Sylvie habitait un monde dans lequel les strings, les décolletés ou les talons n'existait pas, son style était mollement lisse à l'inverse de son visage qui commençait à accuser le poids d'une lourde nonchalance, limite exaspérante.
Elle arborait son air de celle qui rentre dans le bureau car on le lui a demandé mais qui n'aimerait pas déranger non plus, elle se sentit visiblement rassurée de ne pas surprendre son patron en train de faire le poirier ou de se tripoter l'intérieur du nez et posa le dossier sur l'imposante table exempte, d'ailleurs, du moindre papier.
On aurait sûrement pu y attabler un couple et une tripotée de gamins braillards qui auraient trouvés là le parfait terrain de jeu pour étaler de la purée sur une surface suffisante pour recomposer l'équivalent d'une chapelle Sixtine patatière.
Le patron s'enfonça dans son fauteuil en et d'un merci signifia que Sylvie pouvait peut être retourner là d'où elle venait ; de son bureau plus précisément, et non pas de sa Picardie natale ajouta t-il in petto et avec un rien de suffisance.
Quelques minutes plus tard, il utilisa de nouveau le bouton magique.
-Sylvie, pourriez vous m'apporter un café s'il vous plait.
-Oui, monsieur Robelli.
La porte s'ouvrit dix secondes plus tard sur Sylvie et un café visiblement au dessus des 100 degrés.
Mr Robelli arqua un sourcil dans un style que Spock n'aurait pas renié et regarda d'un air inquisiteur le café que Sylvie déposa voluptueusement sur la table. Il ne posa pas de questions car cela aurait été initier une conversation, ce à quoi il se refusait, il sentait que cela dériverait obligatoirement sur les problèmes de dos de sa secrétaire ou sur l'échec scolaire de l'un de ces ignares de gamins.
Néanmoins, il s'interrogea vivement sur la rapidité de préparation du café et en conclut que Sylvie avait sûrement un thermos quelque part sous son bureau.
Ainsi qu'une tasse.
Une cuillère.
Et…hum…du sucre.
Bon, tout cela était bien étrange mais pas de quoi s'interroger des heures durant.
-Sylvie, à propos des notes de frais que je vous ai demandé d'intégrer tout à l'heure, vous pourriez faire cela avant jeudi ?
-Mais c'est fait Mr Robelli, je les ai fait parvenir à la comptabilité il y a un quart d'heure.
-Nous parlons bien des notes concernant mon voyage a Berlin avec les 14 dîners, les 3 voitures de locations, les notes d'hôtel que j'avais oublié là bas ainsi que les...euh…dépenses diverses qu'il faut justifier ?
-Exactement.
-Les notes que je vous ai transmises il y a une demi heure ?
-Parfaitement.
Ca, c'était fort.
Le système de note de frais de cette société était lamentable avec des tonnes de procédures lourdes et compliquées, rivalisant de fait avec les célèbres procédures imbitables de la vie comme programmer son magnétoscope ou soutirer son numéro de téléphone à une femme. De plus, il n'avait pas les justificatifs pour ces nuits d'hôtel ce qui sous-tendait à ne point en douter des coups de fil à passer pour les récupérer et un bataillon d'emmerdement avec des allemands peu à même de coopérer du fait d'une adaptabilité aussi souple qu'une barre de titane.
Et elle, là, elle torche ça en un quart d'heure.
Suspicieux de nature et incrédule de fait, il téléphona à la comptabilité et tomba sur une dame qui lui confirma qu'ils avaient bien tout reçu, que ça paraissait en règle et qu'elle avait des problèmes de dos ces derniers temps, ça devait sûrement être du au…
Sa secrétaire commençait un peu à l'effrayer.
-Sylvie, pourriez vous m'apporter le dossier FG4589 ?
Celui là, il en était sur, elle le trouverait pas, il l'avait oublié dans un restaurant à Tokyo il y avait de cela deux semaines, trop soul pour se rendre compte qu'il laissait aussi 200 euros de trop et que sa Rollex venait de partir avec le vendeur ambulant de fleurs.
Une vingtaine de secondes plus tard, Sylvie déposait sur la table le dossier en question, il y avait même des taches de saqué dessus.
La secrétaire ignora le regard rond que lui jeta son patron et regagna son bureau.
Plus tard, il ne pu pas retenir un hoquet de surprise lorsqu'on déposa sur son bureau la demi baguette à l'ancienne pas trop cuite qu'il avait demandé quelques secondes auparavant.
Ce qui, au final, est plutôt discret et élégant par rapport au cri d'épouvante qu'il poussa quand lui fut apporté le dernier album des L5, dédicacé par tous les membres, sentant un peu le chèvrefeuille.
Mr Robelli sentit la nécessité impérieuse de se prouver qu'il n'était pas fou.
Cela dura une demi-heure, que Mr Robelli passa à commander tout ce qu'il lui passait par la tête : un matelas gonflable, des fraises tagada à la pomme, un exemplaire de la Joconde signé Matisse, un petit hélicoptère avec des pâles en chewing-gum, un oreiller en plomb, le rasoir de Pascal Obispo, une citrouille carré et un moustique atteint de surcharge pondérale.
Tout atterrit sur son bureau en un temps record.
Il régnait un grand silence dans son bureau, excepté le moustique qui bzz-bbztait pitoyablement en essayant de soulever un corps difforme que de minuscules ailes n'arrivait pas à faire décoller, en dépit d'efforts somme toute considérables.
Il l'écrasa sous le tome 4 des " Choses utiles à savoir quand on est un patron " pour avoir la paix et réfléchit intensément.
-Sylvie vous pourriez venir dans mon bureau ?
Impassible, la secrétaire pénétra dans la pièce quelques instant après.
Mr Robelli la regarda fixement avec un air que tout pervers analphabète et gérontophile aurait trouvé de bon aloi.
-Je suis désolé, Sylvie, mais vous l'avez bien cherché.
A ses mots, il sorti de sous son bureau un pistolet, se leva et tira sur la jambe de la secrétaire. Celle ci, chût à terre tandis que sa guibole commencer à tacher la moquette d'un flot de sang carmin.
-Aïe, Monsieur Robelli.
-Oui, je sais.
Il fit mine de se plonger dans la lecture d'un bouquin de Gérard Miller intitulé " Moi, contre les méchants, apologie d'une démagogie panurgiste " et ajouta d'une voix lasse :
-Et pendant que vous y êtes, vous seriez bien aimable de m'amener un canapé cuir couleur jaune de Damas, y'en a au Monsieur Cuir de la zone industrielle.
Il essaya ensuite d'avoir l'air détaché tandis que Gégé entamait une diatribe contre les pédophiles, ces gens ô combien détestables qu'il n'aimait pas.
Sylvie se traîna sur les quelques mètres qui la séparait de la porte, laissant une trace sanglante sur son passage, elle réussit à ouvrir la porte en tendant le bras et à la refermer sans faire le moindre bruit par l'entremise d'une manœuvre fumeuse et assez difficilement retranscriptible par écrit.
-Salope, souffla Mr Robelli.
Une minute plus tard, alors qu'il commençait à reprendre espoir, la porte s'ouvrit sur un canapé cuir.
Sylvie besognait derrière, le visage calme, sans qu'aucune émotion particulière n'en anime les traits, après trente secondes d'effort, le canapé se retrouva au milieu du bureau.
Jaune.
Peut être de Damas, de son univers impitoyable, ou de plus loin, ou d'autre part.
M'enfin le canapé était là.
Quelque chose se brisa à cet instant là en Mr Robelli.
Il sauta par dessus son bureau, prit la première chose qu'il pu saisir de sa boite à stylo et pointa Sylvie d'un doigt fébrile et vengeur.
-Vous !…Oui, vous !
-Oui ? Monsieur Robelli.
-Vous commencez sérieusement à me casser les couilles !
Les yeux exorbités, une veine dilatée sur la tempe, les mains s'ouvrant et se fermant spasmodiquement, Mr Robelli avait tout de l'homme à qui il ne faut pas demander si ça va sous peine de recevoir en retour et pour toute réponse un objet contondant en pleine face.
D'un pas lent, il s'approcha de Sylvie chez qui la torpeur émotionnelle approchait le coma profond et abattit ce qu'il tenait dans la main, un stylo quatre couleur ouvert sur la position vert sur Sylvie, plus précisément sur son œil.
Il recommença plusieurs fois l'opération, en frappant à chaque fois un peu plus fort tout en criant des choses inintelligibles, un observateur extérieur aurait peut être pu y déceler les mots " secrétaires ", " grognasse " euh… " arrosoir " et toujours, en leitmotiv, revenant tous les 3-4 mots : " tiens, voilà du boudin ".
Lorsque Sylvie ne fut plus qu'une masse un peu encombrante de viande, Mr Robelli se calma un peu, donna un coup de pied dans le corps pour s'assurer qu'il ne ripostait plus, bien qu’il n’ait pas beaucoup tenté de se defendre quand il en avait encore la possibilité, prit sa mallette, enfila son manteau et sortit de son bureau.
Il faudrait dés demain embaucher une nouvelle secrétaire, pas trop compétente cette fois ci, se dit il pendant qu'il descendait les marches.
Arrivé à l'accueil, il interpella la standardiste.
-Dites, vous pourrez prévenir l'entretien que, dans mon bureau, il faudrait penser à enlever le canapé et la secrétaire qui traînent au milieu de la pièce ?
-Un canapé Jaune de Damas et une secrétaire borgne ?
-Euh, oui.
-Ca a été fait il y a bien 5 minutes Mr Robelli.
(more to come)
Mercredi 2 février 2005 à 11 h 40
Mon blog vient de revetir son armure de combat mais si jamais quelqu'un pouvait me dire comment changer la couleur des "archives" a gauche là, qui restent desesperement transparentes car ton sur ton, ça m'arrangerait.
Pas que ce soit indispensable, loin s'en faut mais là, ça me chagrine.
Vendredi 24 décembre 2004 à 12 h 17
Devant mon absence de post sur ce blog (oh je dois pas être le seul) et la tristesse que j'en concois, j'ai décidé d'y laisser ici quelques critiques litteraires, ça comblera et si certains peuvent decouvrir des bouquins ici, j' en serai le plus heureux des hommes. (Enfin, pas le plus heureux mais ça me mettra en joie l'espace de quelques instants)
Donc.
Wilt est assistant professeur en culture generale dans un etablissement technique depuis 10 ans, il tente d'y enseigner quelques rudiments de litterature anglaise à des classes aux noms aussi poetiques et evocateurs que "viande 1" ou "platrier 2", veritable conglomerats humains de ce qui se fait de pire en barbarie moderne et adolescente. Au bout de tant d'années sans aucune promotion et après avoir vu defiler autant d'incultes aussi avide d'apprendre que le galet est heureux de se voir lancé à la mer, il est devenu assez apathique, las et sans aucune envie de faire quoi que ce soit pour que cela change.
Il est marié à la grosse Eva, une femme oisive qui passe son temps se faire influencer par tout ce qui ressemble à de la hype (meditation transcendantale, liberation de la femme (ca se passe dans les années 60) ou trampoline) et à critiquer Wilt sur son absence de virilité et son ambition tellement molle qu'on pourrait en faire un noeud avec. Wilt, magnifique personnage blasé et debonnaire, affecte une indifference manifeste et rêve, tout en promenant le chien, de la tuer.
L'histoire, ainsi que sa vie, prend un virage sérré qui fait crisser les freins de la normalité lorsque, trainé par sa femme dans une soirée orgiaque de bourgeois banlieusard en mal de sexe et de drogues il se retrouve nu, le sexe coincé dans une poupée gonflable devant tous les invités. (je vous laisse le soin de decouvrir comment il en arrive a cette situation).
Eva, honteuse et en colère, laisse Wilt ici et ne retournera pas au foyer.
La deconvenue atteint son summum lorsque Wilt decourvrira le lendemain, une fois chez lui, la poupée gonflable dans un colis envoyé par eva et ses nouveaux amis bourgeois aux moeurs dissolues. Une moquerie qui lui laissera un gout amer dans la bouche et des desirs de vengeance encore plus puissant à l'encontre de sa femme.(au sujet de laquelle, pendant tout le bouquin, il ne ressentira rien qui ne ressemble, de près ou de loin, à de l'amour).
Sachez que la suite du bouquin part totalement en couille : Wilt sera accusé du meutre de sa femme, des fouilles seront organisées pour retrouver la poupée gonflable, Eva sera nue, couverte de lierres et la police fera rappatriller toutes les boites de paté au porc produit ces derniers jours.
Wilt prend petit à petit plus d'assurance et son personnage de loser à la verve acérée fait de lui, au fur et à mesure, un grand personnage comique. Eva est tout simplement ridicule et naive, tour à tour touchante et grotesque.
C'est drole, très, ça ne se prend pas au serieux, pas un seul instant, et c'est en poche ffs !
La prochaine fois je parlerai soit de la foret des mythagos que j'ai lu grâce à Netsabes ou des petits dieux en tant que "oeuvre pratchienne majeure".
Et je corrigerai les fautes aussi.