Un peu comme l'était Rez en son temps, Killer 7 fait partie de ces jeux complètement décalés qui réussissent à vous scotcher devant votre écran sans que vous compreniez trop pourquoi. Est-ce l'esthétique du jeu? Est-ce son scénario, torturé et incompréhensible, et pourtant riche en allégories et en références aux cultures japonaises et américaines? Est-ce ses cinématiques complètement barrées mais fascinantes? Est-ce ce gameplay si simpliste et pourtant si distrayant? Un peu de tout ça...
What the fuck is happening?
C'est ce que vous vous exclamerez lors de votre première partie, tant les 15 premières minutes de Killer 7 sont parmi les plus décourageantes du jeu vidéo: on ne comprend rien, aussi bien au scénario qu'au gameplay, et on erre vainement dans des couloirs épurés en essayant de s'adapter à la maniabilité très spéciale, pour généralement finir par se faire tuer par les premiers ennemis que l'on croise. Puis, au bout d'une heure ou deux, on finit par piger: finalement, le gameplay de Killer 7 est en fait très classique, à mi-chemin entre un Resident Evil pour les énigmes, et un mélange Virtua Cop / Fps pour les combats. Le seul point vraiment déstabilisant, c'est le système de déplacement: on ne peut se déplacer que sur des rails prédéfinis par les développeurs, et pas mal de joueurs risquent de laisser tomber pour cette raison.
Pourtant, on finit, de manière surprenante, à s'habituer à ce système si contraignant: finalement, le gameplay ne change pas beaucoup du jeu d'action lambda (c'est dire si ces derniers sont linéaires)... A tel point qu'on se demande sincérement pourquoi les développeurs ont choisi une maniabilité aussi inhabituelle, un système de déplacement classique avec le stick gauche n'aurait quasiment rien changé au gameplay sans rebuter les joueurs les moins acharnés. Car, il faut bien l'avouer, Killer 7 est finalement assez fun à jouer: le rythme est soutenu, les combats sont étranges, statiques, mais jouissifs (ah, le démembrement de ses adversaires), les énigmes sont un peu connes mais changent les idées, les 7 (en fait 8, mais chut...) personnages jouables apportent un peu de variété... Un gameplay simpliste mais efficace, qui ne serait pourtant rien sans ce qui fait le génie de Killer 7: son univers totalement barré.
En plein délire
Il y tant de choses à dire sur le côté artistique de Killer 7, que je ne sais pas vraiment par où commencer. Le graphisme, d'abord: techniquement pauvre, Killer 7 impressionne pourtant par ses couleurs osées et son design épuré, d'inspiration japonaise et américaine à la fois. En particulier, nos 7 tueurs sont aussi charismatiques que tarés: sadiques, paranoïaques, violents... La bande-son du jeu est un peu à l'image de son aspect visuel: totalement dérangée, un peu comme cet air dissonnant qui vient nous briser les oreilles à chaque fois que l'on résout une énigme. Sorties de leur contexte, les musiques de Killer 7 sont insipides, mais, couplées avec les autres aspects du jeu, elles forment pourtant un tout d'une cohérence impressionnante. Les voix sont, bien sûr, d'une qualité irréprochable, comme on pouvait s'y attendre avec un jeu à la démarche aussi artistique.
Mais le scénario reste haut la main l'élément le plus étonnant du jeu: malgré les nombreux (et excellents) dialogues avec des fantômes des anciennes victimes ou connaissances du Killer 7, et les cinématiques, aussi bien mises en scène que variées dans leur style, il est probable qu'une fois les 10 heures de jeu bouclées, vous n'ayez strictement rien compris. Pas de panique, c'est normal: essayez d'abord de comprendre chaque chapitre comme une histoire indépendante des autres (ce qui est partiellement le cas), prenez une aspririne, et enfin, allez faire un tour sur Gamefaqs. Killer 7 regorge de références aux cultures japonaises et américaines, et parle aussi bien de poltique que de religion; aussi, il est probable que vous aurez à finir le jeu une deuxième fois pour bien tout comprendre. En bref, l'idéal pour les pratiquants assidus de l'élitisme branlette que nous sommes.
Culte?
Killer 7 est assurément l'un de mes jeux préférés du moment. Son gameplay simple, mais fluide et efficace, sert de support à un univers unique et à une esthétique marquante. Pour une fois, on a affaire à un jeu avec un scénario vraiment mature et intelligent (comprenez: qui va un peu plus loin qu'une débauche de gore et un peu de cul pour exciter les ados en chaleur). Son principal défaut est sa maniabilité atypique qui risque de décourager les joueurs les moins persistants pour finalement pas grand chose. On pourrait aussi parler des énigmes trop faciles, ou de la durée de vie plutôt faible (ce qui n'étonne pas vraiment pour un titre axé sur son scénario), mais cela reste très secondaire. Si vous cherchez quelque chose d'original et de distrayant, Killer 7 est fait pour vous.
+ Un univers dément
+ L'esthétique recherchée
+ Un gameplay simple mais fun
+ Enfin un peu d'originalité
- Maniabilité déroutante
- Enigmes pour kévins