Musique et musique
Samedi 20 novembre 2004 à 18 h 23
Prenez un texte et prenez un lecteur. Ici, cas extrêmes : mettez un académicien devant 'A, B, C' et mettez un enfant de 4 ans devant 'La recheche du temps perdu' de Proust. On s'accordera que les textes ne correspondent pas aux lecteurs. L'académicien ne comprendra que trop facilement le texte qui lui est présenté (A, B, C, les trois premières lettres de l'alphabet) et il n'en apprendra rien qu'il ne savait déjà. L'enfant, lui, butera sur le premier mot de Proust sans même comprendre devant quelle difficulté il a été mis.
'A, B, C' est un texte qui contient des données hyper simples, basiques, courtes et au sens limité : voyez comme on a du mal à appeler cela un "texte".
'La recherche du temps perdu' est un texte qui contient beaucoup de données, très variées, complexes et au sens multiples : ici il s'agit bien d'un texte. Les mots se renvoient les uns aux autres, les phrases se font écho et le sens prend forme sur la trame du texte.
La qualité, ou la richesse d'un texte, repose donc bien sur les données qui le composent, et un lecteur ayant déjà eu affaire à un type de texte riche n'aura que peu d'intérêt pour un type de texte pauvre s'il ne peut en tirer quoi que ce soit qu'il ne connaisse déjà.
Si on devait soumettre une lecture susceptible de soulever l'intérêt (pas nécessairement Proust) à un lecteur ; qui choisirait le texte 'A, B, C' ? Personne. Personne, sauf ceux qui n'ont pas les moyens, les outils nécessaires, pour décrypter un type de texte plus compliqué, ici un enfant en bas âge.
Jusqu'ici tout le monde s'accorde aisément avec ce raisonnement. Maintenant appliquons-le à la musique.
Prenez une musique et prenez un auditeur. Ici, cas extrêmes : mettez un chef d'ocherstre devant de la techno et mettez un beauf devant le Requiem de Mozart. On s'accordera que les musiques ne correspondent pas aux auditeurs. Le chef d'ocherstre ne comprendra que trop facilement la musique qui lui est présentée (la techno n'étant qu'une succession d'un même thème répété avec une mélodie composée de trois notes) et il n'en apprendra rien qu'il ne savait déjà. Le beauf, lui, butera sur la première note de Mozart sans même comprendre devant quelle difficulté il a été mis.
La techno est une musique qui contient des données hyper simples, basiques, courtes et au sens limité : voyez comme on a du mal à appeler cela une "musique".
Le Requiem de Mozart est une musique qui contient beaucoup de données, très variées, complexes et au sens multiples : ici il s'agit bien de musique. Les notes sont combinées les unes aux autres, les choeurs et les instruments se font écho et le sens prend forme à travers l'harmonie ou la mélodie.
La qualité, ou la richesse d'une musique, repose donc bien sur les données qui la composent, et un auditeur ayant déjà eu affaire à un type de musique riche n'aura que peu d'intérêt pour un type de musique pauvre s'il ne peut en tirer quoi que ce soit qu'il ne connaisse déjà.
Si on devait soumettre une musique susceptible de soulever l'intérêt (pas nécessairement Mozart) à un auditeur ; qui choisirait la techno ? Personne. Personne, sauf ceux qui n'ont pas les moyens, les outils nécessaires, pour décrypter un type de musique plus compliqué, ici un beauf.
Jusqu'ici beaucoup moins de monde s'accorde avec ce raisonnement. Pourtant la symétrie est presque parfaite. Maintenant voyons pourquoi certains ont été vexés.
Si on ne peut effectivement comparer dans la même mesure un texte et une musique c'est que tous deux appartiennent à des domaines différents et que, surtout, tous deux font appel à des émotions différentes. On s'attache plus facilement à une musique qu'à un texte. Mais qu'est-ce qui régit une émotion ? Qu'est-ce qui fait qu'on s'attache plus à une chose qu'à une autre ? L'attente, l'accoutumance, et plus généralement, l'intérêt qu'on porte à cette chose, suivant le plaisir, la curiosité et le désir qu'elle suscite. Il y a moins d'émotions quand on croise tous les jours le même inconnu dans le bus que lorsqu'on revoit un vieil ami au bout de plusieurs années. C'est celui-ci qu'on attend patiemment dans le hall de la gare, c'est à celui-ci qu'on a envie de poser plein de questions, de savoir comment il va, c'est avec celui-ci qu'on va passer de bons moments. Pour la musique c'est pareil. Il y a un acquis : ce que l'on connaît de la musique, son histoire, son évolution, ses formes. Il y a une attente : ce qu'on attend de la musique. Cette exigence naît de ce qu'on sait de ce dont elle est capable, de jusqu'où elle peut nous amener. Mais pour cela encore faut-il avoir quelques connaissances, une certaine formation en la matière afin de l'appréhender sans mépris ni ignorance. Et après seulement on est disposé à l'apprécier avec plus ou moins d'enthousiasme, comme on reçoit un ami avec plus ou moins de ravissement.
Le plaisir que procure la musique est donc le point essentiel qui influence l'intérêt qu'on a pour celle-ci. Hors ce plaisir est variable et il est plus ou moins exigeant selon que notre champ de connaissance est plus ou moins étendu.
Faut-il conclure qu'il ne faudrait qu'écouter que du Mozart ? Non, bien-sûr. Il faut juste accepter que la techno, et la plupart des musiques du genre, c'est de la merde.
'A, B, C' est un texte qui contient des données hyper simples, basiques, courtes et au sens limité : voyez comme on a du mal à appeler cela un "texte".
'La recherche du temps perdu' est un texte qui contient beaucoup de données, très variées, complexes et au sens multiples : ici il s'agit bien d'un texte. Les mots se renvoient les uns aux autres, les phrases se font écho et le sens prend forme sur la trame du texte.
La qualité, ou la richesse d'un texte, repose donc bien sur les données qui le composent, et un lecteur ayant déjà eu affaire à un type de texte riche n'aura que peu d'intérêt pour un type de texte pauvre s'il ne peut en tirer quoi que ce soit qu'il ne connaisse déjà.
Si on devait soumettre une lecture susceptible de soulever l'intérêt (pas nécessairement Proust) à un lecteur ; qui choisirait le texte 'A, B, C' ? Personne. Personne, sauf ceux qui n'ont pas les moyens, les outils nécessaires, pour décrypter un type de texte plus compliqué, ici un enfant en bas âge.
Jusqu'ici tout le monde s'accorde aisément avec ce raisonnement. Maintenant appliquons-le à la musique.
Prenez une musique et prenez un auditeur. Ici, cas extrêmes : mettez un chef d'ocherstre devant de la techno et mettez un beauf devant le Requiem de Mozart. On s'accordera que les musiques ne correspondent pas aux auditeurs. Le chef d'ocherstre ne comprendra que trop facilement la musique qui lui est présentée (la techno n'étant qu'une succession d'un même thème répété avec une mélodie composée de trois notes) et il n'en apprendra rien qu'il ne savait déjà. Le beauf, lui, butera sur la première note de Mozart sans même comprendre devant quelle difficulté il a été mis.
La techno est une musique qui contient des données hyper simples, basiques, courtes et au sens limité : voyez comme on a du mal à appeler cela une "musique".
Le Requiem de Mozart est une musique qui contient beaucoup de données, très variées, complexes et au sens multiples : ici il s'agit bien de musique. Les notes sont combinées les unes aux autres, les choeurs et les instruments se font écho et le sens prend forme à travers l'harmonie ou la mélodie.
La qualité, ou la richesse d'une musique, repose donc bien sur les données qui la composent, et un auditeur ayant déjà eu affaire à un type de musique riche n'aura que peu d'intérêt pour un type de musique pauvre s'il ne peut en tirer quoi que ce soit qu'il ne connaisse déjà.
Si on devait soumettre une musique susceptible de soulever l'intérêt (pas nécessairement Mozart) à un auditeur ; qui choisirait la techno ? Personne. Personne, sauf ceux qui n'ont pas les moyens, les outils nécessaires, pour décrypter un type de musique plus compliqué, ici un beauf.
Jusqu'ici beaucoup moins de monde s'accorde avec ce raisonnement. Pourtant la symétrie est presque parfaite. Maintenant voyons pourquoi certains ont été vexés.
Si on ne peut effectivement comparer dans la même mesure un texte et une musique c'est que tous deux appartiennent à des domaines différents et que, surtout, tous deux font appel à des émotions différentes. On s'attache plus facilement à une musique qu'à un texte. Mais qu'est-ce qui régit une émotion ? Qu'est-ce qui fait qu'on s'attache plus à une chose qu'à une autre ? L'attente, l'accoutumance, et plus généralement, l'intérêt qu'on porte à cette chose, suivant le plaisir, la curiosité et le désir qu'elle suscite. Il y a moins d'émotions quand on croise tous les jours le même inconnu dans le bus que lorsqu'on revoit un vieil ami au bout de plusieurs années. C'est celui-ci qu'on attend patiemment dans le hall de la gare, c'est à celui-ci qu'on a envie de poser plein de questions, de savoir comment il va, c'est avec celui-ci qu'on va passer de bons moments. Pour la musique c'est pareil. Il y a un acquis : ce que l'on connaît de la musique, son histoire, son évolution, ses formes. Il y a une attente : ce qu'on attend de la musique. Cette exigence naît de ce qu'on sait de ce dont elle est capable, de jusqu'où elle peut nous amener. Mais pour cela encore faut-il avoir quelques connaissances, une certaine formation en la matière afin de l'appréhender sans mépris ni ignorance. Et après seulement on est disposé à l'apprécier avec plus ou moins d'enthousiasme, comme on reçoit un ami avec plus ou moins de ravissement.
Le plaisir que procure la musique est donc le point essentiel qui influence l'intérêt qu'on a pour celle-ci. Hors ce plaisir est variable et il est plus ou moins exigeant selon que notre champ de connaissance est plus ou moins étendu.
Faut-il conclure qu'il ne faudrait qu'écouter que du Mozart ? Non, bien-sûr. Il faut juste accepter que la techno, et la plupart des musiques du genre, c'est de la merde.
Une fausse démonstration pour une vraie conclusion qui résume très bien ton avis éclairé sur l'électro: "Il faut juste accepter que la techno, et la plupart des musiques du genre, c'est de la merde."
Et pour le reste voir le commentaire de Likid juste au dessus...
Monsieur, je ne vous salue pas. (et non, je ne perd pas mon temps à argumenter).
Ceux qui ne sont pas de son avis ne peuvent être que des sales hyppies fumeurs de joints !
Sinon je trouve ca particulierement drole et fin, gratz.
Avec deux grammes de coke, on atteint le paradis.
Joli texte...