Il y a trois musiciens qui ont réellement compté dans ma vie :
E (du groupe Eels),
Bob Dylan et
Polly Jean Harvey.
S'il fallait que je n'en retienne que 3, ce serait ceux-là.
J'avais simplement envie de vous parler de P.J..
Elle est née en Angleterre, je ne sais plus où exactement. Le paysage y est vaste, les landes imposantes, bordées par la mer. La campagne anglaise, celle qui n'a pas totalement oublié ses superstitions, encore proche de la nature. Cadre propice à des activités solitaires, surtout pour une petite fille timide. Elle se plonge dans la littérature et dans la collection de disques de son père. Son écrivain préféré est aujourd'hui William Burroughs mais à l'époque, elle lisait principalement les contes d’Andersen et des frères Grimm. La Bible aussi. Côté musique, elle aime principalement
Bob Dylan (comme quoi...) et
Captain Beefheart. Ses parents la pousse à apprendre à jouer du saxophone, son premier instrument. Elle apprendra ensuite la guitare acoustique.
La musique a été, de son propre aveu, un échappatoire face à ses tourments d'adolescentes.
Elle commencera à approcher le monde de la musique en 1987. Elle intègre
Automatic Dlamini en temps que choriste, un groupe composé de Ichiro Tatsuhara, de Ben Groenevelt, de John Parish et de Jeremy Hogg. Sa toute première composition enregistrée professionnellement sera
Heaven, en 1989. Cela lui permet enfin de se décider : Polly se lance peu après, elle forme son propre groupe. Le batteur Rob Ellis et le bassiste Steven Vaughan la suivent dans le groupe qui s'appellera sobrement PJ Harvey.
A l'époque, on écoutait principalement de la pop soignée, tirant un peu sur le folk. La musique de PJ est elle un rock
old school cru, violent, puissant. On dirait du blues, du punk, du grunge. Mais c'en est pas. Elle sort son premier single en 91 :
Dress. Ça parle des déboires d’une jeune fille aux prises avec sa robe de soirée. Marrant pour une fille qui chante en veste en cuir, jeans et Doc Martens.
Le succès est immédiat, malgré la brutalité musicale. La seconde chanson du single,
Dry fait également son effet.
P.J. Harvey est donc lancée, elle sort la même année son album
Dry. C'est fini pour les présentations.

Son style est là, et il restera là. Aucun effet sur le son ou la voix. De la sauvagerie aux formes du blues. C'est le premier album que j'ai écouté d'elle, jamais je me remettrai de ce moment là.
Oh My Lover,
Plants And Rags,
Water,
Dress,
Victory…
Je sais qu'à l'heure du web, vous pouvez les écouter une à une tout en lisant d'autres choses. Mais ce serait négliger l'intensité, la puissance de ces chansons.
D'autres albums, elle en sortira.
Rid Of Me. Toujours autant de blues, toujours autant de sexualité.
I’m gonna twist your head off, see
’Till you say don’t you wish you never, never met her
Une tournée, son groupe se dissout, elle sort d'autres albums.
4-Track Demos, duo avec Björk, rencontre avec le producteur de NiN...
Je passe rapidement pour arriver à
To Bring You My Love. Je me souviens encore où je l'ai découvert. C'est chez un disquaire, Total Heaven pour les bordelais, ça a été l'un de mes plus gros chocs de ma vie...
La production et le mixage sont signés Flood.

Ce disque est éprouvant à l'écoute tant l’atmosphère des différents morceaux varie, et tant le mixage flirte avec les extrêmes. C'est d'une violence et d'une intensité rare.
To Bring You My Love,
Working For The Man,
Down By The Water,
I Think I’m A Mother,
Telco sont particulièrement oppressants. To Bring You My Love est le disque de PJ Harvey le plus émouvant, le plus riche, le plus abouti. Des titres comme
C'mon Billy et
Send His Love To Me montrent toute l'étendue de P.J. Harvey.
Et putain, j'arrive pas à me remettre de
The Dancer.
Il résume tout l'album. La voix montre ce fanatisme amoureux mais aussi une profonde tristesse, éclatant lors du pont en cris orgasmiques. Le rythme, les métaphores utilisées dans le texte, la guitare & l'orgue...
L'amour, l'espoir, la peine, l'amertume.
Extraits :
He came dressed in black with a cross bearing my name
He came bathed in light and the splendor and glory
I can’t believe what the lord has finally sent me
He said laugh a while, i can make your heart feel
He said fly with me, touch the face of the true god
And then cry with joy at the depth of my love
Cause i’ve cried days. i’ve cried nights
For the lord just to send me up some sign
Is he near ? Is he far ?
Bring peace to my black and empty heart
My love will stay till the river bed runs dry
And my love lasts long as the sunshine blue sky
Là où ses premiers albums étaient principalement sexuels, celui-ci est plutôt sensuel. Mais comment pourrai-je le résumer en seul mot ?
Je vais m'arrêter là, sinon vous ne lirez jamais. Et si vous voulez l'écouter, ça en fera déjà pas mal.
Elle en a fait d'autres aussi, notamment un avec Nick Cave. Un autre avec John Parish. Elle sortira Is This Desire?, Stories from the City, Stories from the Sea, Uh Huh Her, The Peel Sessions 1991-2004 (du live) et enfin White Chalk en 2007.
Vous aurez certainement l'envie de fouiller par vous-même parmi sa discographie.
Vous connaissiez certainement déjà cette artiste, mais j'espère l'avoir faîte découvrir à certains.
Et puis, j'avais envie de le faire.